La Chine prélève l’ADN des Ouïgours qui demandent un passeport



Sous pression Le mois du ramadan rime avec vexations dans la lointaine province du Xinjiang, où le jeûne des musulmans est combattu.

Vous voulez un passeport pour voyager à l’étranger? Vous souhaitez un laissez-passer pour Hongkong, Macao ou Taïwan? Attendez-vous à ce qu’on prélève vos empreintes digitales, qu’on prenne votre portrait «en trois dimensions» et qu’on vous soumette à une prise de sang pour… identifier votre ADN. Telle est, depuis le 1er juin, la procédure imposée à certains Ouïgours par la police du Xinjiang, province du nord-ouest de la Chine. Objectif: repérer les «islamistes» responsables selon Pékin des violences secouant périodiquement la région.

Autrefois, les Ouïgours étaient largement majoritaires au Xinjiang, province qui a remplacé en 1949 le très éphémère Etat indépendant du Turkestan oriental. Aujourd’hui, ces 10 millions de musulmans ne représentent plus que 45% de la population et se sentent envahis par les Han venus s’installer au cours des dernières décennies. Ceux-ci comptent pour 40% des résidents et bénéficient d’un traitement de faveur, estiment les Ouïgours, tandis qu’eux-mêmes essuient des brimades. Foulards islamiques et longues barbes sont mal vus par les autorités, qui multiplient les difficultés administratives pour les écoles en langue ouïgoure…

Interdiction de jeûner pendant le ramadan

Officiellement, le régime communiste dit ne pas pratiquer de discrimination religieuse au Xinjiang et assure que jamais dans l’histoire de cette région la pluralité n’y a été à ce point respectée. Mais en pratique, des administrations locales ont fait savoir sur leur site Internet officiel que «les membres du Parti, les cadres, les fonctionnaires, les étudiants et les mineurs ne peuvent pas jeûner (ndlr: durant le ramadan) et ne doivent pas participer à des activités dans les mosquées», selon le Wall Street Journal.

Dans un district de la capitale, Urumqi, des affiches précisent que l’interdiction vaut pour «les étudiants et les enseignants de toutes les écoles».

A Altay, ville du nord, des officiels ont convenu de contacter les parents pour tenter de les convaincre de ne pas jeûner, note le site China Ethnicities Religion. Par ailleurs, selon la BBC, tout le personnel hospitalier a reçu l’interdiction formelle de jeûner et s’est vu imposer la signature d’un engagement solennel à venir travailler. Cela peut encore se comprendre, mais même «les magasins d’alimentation et de boissons doivent rester ouverts afin que les masses puissent avoir accès à la nourriture», selon le site d’information indien DNA.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Andrés Allemand

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