La finitude (La haine de soi) de Iris ou comment « subir et faire subir »



Faut-il ou pas se fier aux mots d’Iris dans ce qu’il évoque dans son troisième roman « La finitude (La haine de soi) » publié en France aux éditions Edilivre ?

Mohand-Lyazid Chibout, de son vrai nom, a tout de même cherché son verbe dans le noir en l’épousant à la lumière du clair de lune, toute la reconnaissance est là, dans la tangibilité de ses mots et dans l’émotion que ces derniers évoquent. Quatre bonnes années étaient le temps qu’il avait consacré à sa plume pour se forger dans la continuité après « Traduire un silence » et « Amoureux-nés » parus également en France.

Au départ, l’idée paraissait triviale aux yeux de celui qui lit, mais se qualifie d’originale, peu à peu, quand la conscience se mêle et se lie amoureusement à Tilelli, ce personnage principal toujours au cœur de ses mots nourrissant espoir et véhiculant exemplarité, cette féminité au fin fond de la Kabylie que l’auteur considère comme atypique. Elle est l’exemple de toutes ces innocences victimes d’un abus luxurieux demeuré caché et demeurant enfoui à cause des us et coutumes interdisant une quelconque dénonciation, et ce, par peur de subir deux fois le mal. Le vivre, la honte en soi, est le seul refuge dans lequel elle s’identifie. Sa confidente mère déjà morte suite à une longue maladie, le père tombé dans la déprime, rentre souvent ivre, et voilà l’irréparable commis en abusant de sa fille. Le cauchemar s’invite et le calvaire s’installe dans ce jeu de miroir n’ayant jamais renvoyé une image intègre de celle ayant en tête des projets et un avenir au milieu de cette société moderne où personne ne connaît vraiment personne, où l’ignorance de l’autre est devenue une priorité en soi.

Pour échapper à ces tortures morales, elle s’est résignée à quitter le domicile familial en allant se reconstituer chez une dame sénile. Le temps a passé, et suite à une rencontre fortuite, un soir, dans les rues de Vgayet (Béjaïa), elle fila le parfait amour, associé à l’imaginaire, avec un journaliste, Massinissa, venu faire des reportages sur la Kabylie en alerte, cette région paradisiaque exposée aux supplices occasionnés par deux natures aux mêmes effets néfastes, d’une part le pouvoir anarchique et perfide, et de l’autre, le terrorisme aveugle et sans nom.

Silencieuse dans ses isolements forcés, chaleureuse et communicante aux côtés de Massinissa, son unique espoir sur lequel elle s’appuie, Tilelli est d’une docilité intelligente et humaine, celle qui a toujours fait appel au besoin de l’autre dans ses perditions morales. La Liberté qu’elle incarne, celle qu’elle véhicule elle-même dans son essence en se reconnaissant dans celui qui la soutient, ainsi se veut ce roman aux multiples connotations : sa mère, la patrie ; son père, le pouvoir envahisseur ; et le reste que le lecteur découvrira en s’assimilant à l’idée « qu’ignorer son passé, cela conduirait à la mort dans l’âme. »

De l’espoir né jouissif au désespoir collectif et itératif, le roman n’est ni plus ni moins que ce que dénote son titre, car à force d’espérer et de se projeter en cherchant l’idéal dans un monde qui sépare deux visions des choses, on tombe dans la désuétude et dans l’asservissement d’un bien au profit d’un mal ; le bien étant ce monde subalterne et masochiste qui subit en pleurant, et le mal, le sadique qui coupe des oignons en faisant pleurer.

Kahina T.

La finitude (La haine de soi), par Iris. Editions Edilivre, 372 pages, 25 euros.

La Finitude : crédit photo de couverture : Ghislain Font.

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