La mariée aux pieds d’argile (2). Adapté par Hammar Boussad



Fafuc arrive à sa nouvelle demeure. Elle était très contente. Sa nouvelle famille n’était pas nombreuse. Son mari était jeune, beau et aimable. Ils vivaient en parfaite harmonie. Fafuc était heureuse et se plaisait dans cette maison. Elle ne pouvait espérer mieux. Comme son mari, elle ne rechignait pas à la besogne. Elle resplendissait d’amour et de bonheur avec son mari qu’elle chérissait.

Hélas ! Son bonheur sera de courte durée. Après une année de mariage, elle donne naissance à un garçon qui attise la jalousie maladive de Dehbia, sa « tanudt » qui n’avait enfanté que des filles.

Dehbia a juré de la renvoyer chez elle. Pour arriver à ses fins, elle hypothéqua ses bijoux en argent pour se payer les sorciers les plus efficaces. Ses sortilèges portèrent leurs fruits puisque son fils refuse obstinément de boire son lait et son mari devient repoussant. Elle ne peut plus l’approcher.

Le jeudi suivant, Fafuc est renvoyée chez elle sans pitié ni ménagements, emportant avec elle son maigre trousseau et dépossédée de son fils. Elle retourna à la maison en pleurant à chaudes larmes, brisée et désespérée. Les premiers temps, elle crût devenir folle. Mais, grâce à son courage et son absorption totale dans le travail, elle arriva à surmonter un peu ses souffrances.

Fafuc savait faire beaucoup de choses avec ses mains adroites et agiles. Elle savait filer la laine, tisser des tapis, des vêtements et des burnous, faire de la poterie. Elle se refugiait dans le silence pour oublier ses déboires. Quant elle parlait, c’était juste pour maudire avec rage Dehbia qui l’a séparée de son mari et son enfant.

Elle n’avait pas encore séché ses larmes quand Tassaedit n Taerurt vint demander sa main. Au début, la femme de son cousin Tamensurt ne voulait pas répondre favorablement à sa demande mais Fafuc qui écouta la conversation entre les deux femmes intervint pour donner son consentement.

Sans illusions, sans fête et sans joie, Fafuc retrouva sa nouvelle maison. Cette fois, elle jura de mettre son expérience à profit pour s’imposer. La chance n’est pas au rendez-vous. Son mari était plus âgé qu’elle. Il semblait malade ou fatigué. Il passait tout son temps à paitre un troupeau de moutons. Il était passif, absent, effacé. Il ne parlait pas et ne criait pas. Il marchait d’un pas grotesque et hébété. Quand son méchant père donnait un ordre, il s’empressait de lui obéir comme un automate, la peur au ventre. Le père de son mari, vif et coléreux, faisait la pluie et le beau temps. Il gérait comme bon lui semblait et personne ne pouvait obtempérer. Fafuc essayait de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Elle mangeait ce qu’on lui donnait et évitait de parler pour éviter les querelles…A suivre…

« Tislit n ughanim », extrait d’un roman de Racid Buxerrub.

Laisser un commentaire