La mère qui avait noyé son bébé fait appel



FranceLa femme qui avait assassiné son bébé en l’abandonnant à la marée montante sur une plage du nord de la France a fait appel de sa condamnation à vingt ans de prison.

L’affaire sera vraisemblablement rejugée à la cour d’assises de Douai (Nord). Le verdict avait été jugé «effrayant» pour une femme «malade» par Me Roy-Nansion qui disait «envisager de faire appel», à l’issue du procès de cinq jours. L’avocat du père de la petite Adélaïde avait lui-même dit sa surprise d’envoyer cette femme 20 ans en prison «alors que nous savons qu’il s’agit d’une grande malade mentale».

Il y a une semaine, l’accusée avait été condamnée à 20 ans de prison pour assassinat par la présidente de la cour d’assises de Saint-Omer (nord), Claire Le Bonnois, affirmant que la cour avait retenu l’altération du discernement.

Dix-huit ans de prison ferme avaient été requis par l’avocat général Luc Frémiot, qui avait fustigé «une planification froide» de son crime par l’accusée. Elle encourait la réclusion criminelle à perpétuité.

La Cour d’assises avait également ordonné «un suivi psycho-judiciaire avec injonction de soins», a ajouté Claire Le Bonnois.

Pas d’existence légale

Selon ses aveux, l’accusée s’était rendue le 19 novembre 2013 depuis la région parisienne où elle vivait à Berck, cité balnéaire du nord de la France, dans le but de noyer Adélaïde. Durant sa courte vie, la fillette n’aura pas eu d’existence légale, faute d’avoir été inscrite à l’état civil. Aux enquêteurs, elle évoquera la sorcellerie pour expliquer son crime.

La mère avait abandonné sa fille assoupie sur la plage à la marée montante. Le corps de la fillette avait été retrouvé au petit matin, le lendemain, par des pêcheurs de crevettes.

Trois psychiatres ont conclu que cette femme présentait une «pathologie psychiatrique de type paranoïa délirante», mais d’autres ont contesté cette thèse, parlant simplement d’«un trouble psychique».

Altération du discernement

«Pourquoi Adélaïde est-elle morte? Parce que sa mère est folle», a assuré l’avocate de la défense dans sa dernière plaidoirie, Me Fabienne Roy-Nansion, donnant sa conclusion à une semaine de procès hantée par une question: «Pourquoi a-t-elle tué sa fille?».

Les «meilleurs experts de France» ont conclu à une «altération du discernement», mais «on voudrait soutenir que cette femme est un monstre froid qui a tout organisé, une machine de guerre, une machine à tuer», a souligné Mme Roy-Nansion.

«A un cheveu près, cette femme dépendait définitivement de la médecine et non de la justice», a-t-elle encore insisté, avant de s’adresser aux jurés: «Vous devez tenir compte de cette pathologie mentale, cette femme n’a pas sciemment tué un enfant».

Masque de l’indifférence

Pour l’avocat général, qui estime qu’il faut arrêter avec «ce tout psychiatrique», au contraire, cette femme est pleinement responsable de ses actes. «La vie ce n’est pas ça, on est dans l’humain, dans les sentiments», a-t-il dit.

«Le sujet, c’est cette petite dont on a si peu parlé, parce que cette femme a pris toute la place en raison de sa personnalité», a-t-il dit en s’adressant à l’accusée.

Mais «ce n’est pas parce que vous êtes belle et que vous avez un QI de 135 qu’on ne peut pas vous poser des questions qui font mal», a-t-il ajouté. «Vous aviez le masque de l’indifférence et de l’ironie et je ne peux pas le supporter», a-t-il poursuivi.

Pour M. Frémiot, «pire que de la préméditation, c’est de la planification froide».

Pas le choix

Dès le premier jour, l’infanticide d’origine sénégalaise avait dit à la Cour n’avoir «pas d’autre explication que la sorcellerie» à son geste criminel. «J’étais pressée par quelque chose, j’étais poussée, j’étais incitée… Je n’avais pas le choix, je n’avais le choix de rien, la date était fixée, c’était ce jour-là et pas un autre», avait affirmé l’accusée au début de son procès.

Mais pour certains psychiatres, ces explications mystiques étaient une façon pour l’accusée de ne pas admettre sa maladie. «Ca arrange tout le monde que ce soient des malades qui fassent ça», mais l’assassinat d’Adelaïde est «un infanticide comme un autre», avait plaidé jeudi Me Jean-Christophe Boyer, avocat de l’association L’enfant Bleu.

Personnalité déroutante et contradictoire, l’accusée avait glacé la salle d’audience mardi en parlant de son forfait. «Quand je rentre à Paris, j’ai l’attitude de quelqu’un qui est allé faire une course…», avait-elle déclaré.

L’accusée n’a pas voulu prendre la parole vendredi avant que le jury ne se retire pour délibérer. (ats/afp/nxp)

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