« La Mise à pied » d’Ali Malek : un roman sobre pour dire un pays perdu



C’est une histoire presque en dehors du temps que raconte l’écrivain Ali Malek, dans son dernier roman, « La Mise à pied », qui vient de sortir, à Paris, aux éditions Non-Lieu.

C’est la chronique souvent amère d’une génération qui vit, dans bien des cas, à la marge d’une société qui perd progressivement ses valeurs. Mall le personnage principal est comptable dans une fabrique ; une petite erreur de calcul lui vaut une mise à pied d’une semaine. Subitement son entourage professionnel le regarde avec un mauvais œil puisque la paie ne va pas arriver en temps voulu pour tous ces travailleurs qui ont tant de peine à joindre les deux bouts. Mall a une mère qui l’aime beaucoup ; quand elle a dit des reproches à lui faire, elle ne lui cuisine pas ses plats préférés, c’est sa façon à elle de communiquer avec lui. Mall traîne avec lui un mal de vivre oppressant. Pour se sentir un peu mieux, il boit et consomme de la drogue. Mall habite à Malga un patelin perdu quelque part où des chiens viennent le soir semer la pagaille.

Au Croissant de lune, un établissement fréquenté par les jeunes et moins jeunes de la région, on consomme des bières sans modération ; ici on ne boit pas pour le plaisir, on boit pour tuer le temps et l’ennui qui l’accompagne. Rachi, Tata, Famille Nombreuse, Bouddah, Boussou, Timbre sont, entre autres, les individus que fréquente Mall. La disparition tragique de son compagnon de défonce, Rachi donne de la peine à Mall. Cette tristesse vient accentuer son malaise.

Depuis un moment, Mall ne pense qu’à une femme, une inconnue, d’une grande classe, rencontrée à Malga, avec son mari. Cette inconnue l’obsède, il veut la connaître, elle lui rappelle de bien curieuses choses enfouies dans les territoires apaisants de son enfance. Mall suit les moindres déplacements du couple dans la région. Mais cette passion soudaine d’une femme d’un autre monde va finir par le détruire.

« La Mise à pied » est une fable des temps actuels ; c’est une fiction qui raconte superbement les horizons bouchés d’une génération sans rêves. « Mall n’avait jamais eu peur dans sa vie. Dans un pays qui avait traversé une guerre civile, il avait été relativement épargné. Mais les guerres civiles ont ceci de différent avec les guerres tout court qu’elles ne prennent jamais fin. Elles se poursuivent alors que les combats ont cessé et que l’ennemi a été terrassé. Les soldats ne retournent jamais dans leurs casernes, ils restent déployés dans les villes et les villages à tout jamais, ils continuent pour l’éternité à tenir en joue un territoire qui avait failli leur être arraché », écrit lucidement Ali Malek.

Avec « La Mise à pied », Ali Malek continue ses nombreuses quêtes déjà entamées dans d’autres textes de bonne facture, tels « Bleu mon père, vert mon mari » (2002), « Les Chemins qui remontent » (2003) ou encore « Une Terre bénie de Dieu » (2006). « La Mise à pied » vaut le détour, c’est un roman sobre qui restitue admirablement la réalité poignante d’un pays perdu.

Youcef Zirem

La Mise à pied d’Ali Malek, éditions Non-Lieu, 142 pages, 11 euros. Le livre sera disponible en librairie dès la semaine prochaine.

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