La réalité et nos illusions



Il n’y a probablement que le sommeil qui puisse nous permettre de trouver sinon du bonheur, du moins la tranquillité d’esprit et l’oubli pour quelques heures du malaise multiforme dont on souffre en Algérie.

D’autant qu’en haut lieu, chacun s’emploie à tirer la couverture à soi dans une course sans merci pour le luxe du pouvoir, ses prébendes et ses privilèges et qu’en bas, chacun tire à sa façon la chasse d’eau pour inonder dans la crasse une actualité qui va de mal en pis! Hystérie et immobilisme sur fond du défaitisme semblent accaparer la routine du pays. Mais serait-ce encore possible de sauter ce verrou psychologique qui nous empêche d’avancer? Peut-on rattraper ce laps de lucidité qui nous instillera la certitude que la solution est en nous et non guère chez les autres ? Et puis, n’est-on pas, par-delà le blocage politique qui nous freine, dans la zone irréparable du « déjà trop tard » ? Enfin, à quand l’épilogue de cette fuite de nos cerveaux à l’étranger qui officialise cette hémorragie des forces vives de la nation? Je pense justement en écrivant cela à cet élan de solidarité sans commune mesure soulevé dans les réseaux sociaux locaux il y a quelques mois suite à l’appel aux dons d’un célèbre chanteur de rap du terroir afin de concéder une chance à la meilleure lauréate du baccalauréat 2016 de poursuivre ses études au Canada. L’initiative est, il est vrai, en elle-même généreuse, voire très louable mais remet à l’ordre du jour la question de l’utilité et de l’efficacité de notre système universitaire.

A quoi notre école nous servira-t-elle pardi si sa crème part profiter à d’autres nations ? Nos gérontocrates sont-ils prédisposés à tendre la perche à nos jeunes pour reprendre la relève? Pourquoi les laissent-ils partir, en les tuant « symboliquement » par leur indifférence ? A qui la faute de cette débandade généralisée, mon Dieu ?

A ce pouvoir fragile qui refuse des bourses d’excellence aux meilleurs étudiants par peur de non-retour des concernés, une fois habitués au confort de l’étranger, sans qu’il réforme l’école ni optimise la recherche scientifique au niveau national ? Ou à ces citoyens qui, résignés et désabusés qu’ils soient de la piètre performance de nos temples du savoir, la corruption, les passe-droits, la médiocrité, etc., croient dur comme fer que le salut ne vient que de l’ailleurs ? Le dilemme est atroce, décidément! De plus, notre université en bas de l’échelle du classement mondial est-elle en mesure de garantir une formation dans les normes à ces génies exceptionnels ? En a-t-elle les moyens, le budget et les cadres formateurs ? Pas sûr, hélas! Supposons maintenant que cette bachelière quitte le bercail, le cas de figure le plus probable, qui va garantir qu’elle allait revenir? Et si elle y reste, qui va nous assurer qu’elle trouvera dans notre régression universitaire tous azimuts la meilleure réponse à ses attentes? Foin de fuite en avant et d’atermoiements ! Il faut revenir à une politique optimiste plus favorable à l’excellence en ce domaine. Pourquoi ne crée-t-on pas à titre d’exemple une école nationale d’élite dotée de la logistique, du matériel, de ressources humaines et pédagogiques des plus compétitifs, tout en faisant recours à l’expertise étrangère? Le hic est que nos responsables ferment les vannes au perfectionnement de ces génies à l’étranger sans en proposer rien en échange. Quel gâchis !

Kamal Guerroua

Source : lematindz.net

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