La rentrée sociale risque d’être houleuse



Comme chaque année les problèmes récurrents de la rentrée sociale seront à la page cette fois-ci marquée par une forte baisse du pouvoir d’achat du travailleur épuisé par le budget alloué aux vacances d’été, celui de la rentrée scolaire ainsi que celui l’aïd. Ajoutez à cela, l’action du front social pour préserver les petits acquis se trouvant dans le code du travail auxquels s’attaquent les multinationales sous prétexte de politique d’austérité au moment où les travailleurs demandent une politique équitable des droits de retraite avec les autres caisses telles que celle de la caisse de retraite des hauts cadres d’état ou la pension de retraite est comptabilisé à 100% et non 80%.

Nous ne pouvons l’accepter et cela est tout à fait injuste que des cadres algériens aient des taux de retraite différents, quel que soient leurs statuts alors que leur rémunération largement supérieure à celle du simple travailleur leur permet de continuer à mieux vivre. Le taux d’une pension de retraite doit le même tout secteur confondu.

Donc, il est plus préjudiciable d’ajuster la pension de retraite à 100% pour tous les travailleurs sans distinction.

Nous entendons depuis des années les déclarations sur de multitudes réformes à tel point que même les concernés du secteur s’y perdent. Toutes les déclarations de réforme en Algérie ne sont devenues que virtuelles. Il suffit de s’approcher du citoyen lambda pour lui demander où en sont par exemples les réformes dans l’éducation. Il vous répondra lesquels ? Celle du Baccalauréat ? Celles des programmes de deuxième génération ? Celle de l’année scolaire en 36 semaines, celle de la lutte contre les heures supplémentaires ? Celle de la lutte contre la violence, celle de lutte contre la propagation de la drogue, celle des classes à 25 élèves ? Celle de la réforme de la réforme ou celle des départs en retraite dans l’éducation ?…

Je pense qu’il est temps d’arrêter les déclarations de populisme de responsables ainsi que celle de leurs détracteurs qui n’ont aucune donnée du secteur ni de projet d’avenir et de se mettre au travail en utilisant toutes les compétences du pays car l’heure est au mérite et non aux amis et familles pour sauver ce qui peut encore être sauvé.

D’abord regardons de près le problème de l’éducation non pas uniquement pour cette rentrée scolaire 2016-2017 ou près de 10 millions d’élèves doivent trouver place, où plus de 500 000 élèves sont dans la rue et doivent reprendre leurs études ou être formés. N’oublions pas qu’en 2030 il y aura 15 millions d’élèves.

Cette année encore 2016-2017, nous allons encore une fois comme d’habitude avoir une surcharge des classes, un retard dans la réception des établissements, des mauvaises cartes scolaires, un manque d’enseignants, des démissions de nouveaux enseignants non préparés à la pression de leurs élèves, un manque de surveillants et d’adjoints d’éducation…

Donc ces problèmes peuvent être résolus une fois pour toutes si à chaque année on n’avait pas remis en place les mêmes responsables qui continuent à gérer ce secteur malgré leur incompétence.

Donc, au lieu de précipiter la rentrée scolaire c’est d’abord de toucher du doigt les premiers problèmes de cette rentrée ainsi que des précédentes et de les limiter.

Pour les élèves qui reprennent les classes le 4 septembre a-t-on vraiment étudié leurs conditions de reprise :

– Est ce que toutes les classes sont réceptionnées à temps ?

– Est-ce que le nombre de professeurs est suffisant ou bien doit-on de nouveau avoir recours à la précarité de l’emploi on faisant appel à beaucoup plus de contractuels que l’année passée ? Ce que tout le monde dénonce.

– Est ce que le nombre de surveillants et adjoints d’éducation est beaucoup plus important que l’année passée pour pouvoir assurer l’encadrement des élèves et ainsi limiter la violence et la propagation des fléaux sociaux tel que la drogue.

– Le nombre d’élève par classe est-il établi ?

Le nombre d’élèves par classe doit être arrêté avant le 1er septembre 2016 sans aucune nouvelle inscription sinon d’ici le 1 er octobre nous aurons des classes qui commencent à 30 pour terminer à 50. Pour le ministère, il n’y a jamais de surcharge de classe car les statistiques sur lesquelles se basent la tutelle sont celle des cartes scolaires établies en juillet alors que la réalité est autre.

– L’enseignant a-t-il sa liste d’élèves et son emploi du temps pédagogiquement établi ?

Oui l’enseignant doit normalement en juillet à la signature du PV de sortie avoir son emploi de temps et ses classes et dès le 1er septembre avoir la liste définitive de ses élèves pour commencer et préparer ses cours ainsi que son travail.

– Comment continue-t-on à permettre à la plupart des chefs d’établissement d’ouvrir des classes dites d’excellences ?

Oui ce phénomène prend de plus en plus d’ampleur dans l’école publique algérienne qui s’est généralisé et dont profite non pas les enfants du secteur mais beaucoup plus les enfants des gens riches ou des hautes personnalités au vu des associations des parents d’élèves qui y profitent pour mettre les premiers leurs fils et se taire. A quand une école pour tous aux même conditions c’est ce qu’on appelle la démocratisation de l’école.

– Les inspections de rentrée scolaire jouent-elles leur rôle ?

Des inspections doivent se trouver sur les lieux de travail le 4 septembre pour vérifier la rentrée scolaire et dénoncer :

  • L’ouverture de classes d’excellences ouvertes non pas pour les enfants d’enseignants qui n’est qu’une excuse pour les chefs d’établissement mais pour les proches et ceux qui peuvent se permettre.

  • Les emplois de temps non pédagogique ainsi que la répartition équitables des divisions sur les enseignants.

  • Les cartes scolaires de wilayas

  • Les enseignants sont-ils en nombre suffisant ?

  • Le nombre de surveillants et adjoints d’éducation est –il conforme ?

  • La remise des listes définitives des élèves aux enseignants a-t-elle été effectuée.

  • Les livres scolaires sont-ils disponibles pour tous les élèves ?

  • Etre à l’écoute des enseignants pour cette rentrée et rapporté leurs doléances aussi bien des travailleur que des responsables d’établissement ainsi que leur problème avec les directions d’éducation.

  • Prévoir les congés de longue durée et préparer dès maintenant leur remplacement.

  • Remplacer les détachés dès maintenant.

-Quelle stratégie a-t-on préparé pour lutter contre le mal qui ronge l’éducation et qui sont les cours particuliers car si 60% des élèves ont eu leur Baccalauréat par les cours particuliers comme annoncé alors il est préférable de remplacer l’école publique par l’école des cours particuliers et atteindre ainsi 100% de réussite au baccalauréat.

Ce n’est qu’à partir de ces questions résolues qu’on pourra parler de rentrée scolaire et d’attaquer les maux de l’éducation un par un et petit à petit car ce n’est pas par une baguette magique qu’on peut réformer l’école algérienne très compliquée par le nombre d’ingérence intra et extra éducation. Aujourd’hui il est clair qu’aucun ministre ou gouvernement ne peut révolutionner l’éducation sans être confronté aux problèmes idéologiques de tous azimuts. L’école est aujourd’hui atteinte par le virus de la politique à l’intérieur comme à l’extérieur.

Donc cette rentrée scolaire sera surement marquée par beaucoup plus de protestation interne dû aux conditions pénibles habituelles de rentrée scolaire aggravée par la politique d’improvisation et du stress des enseignants marqués aussi bien par la baisse du pouvoir d’achat, que du problème de retraite, que du statut particulier, ce dernier ne voit pas toujours le jour et qui est parti comme prévu par la tutelle pour cinq ans au moins.

Les patrons, le gouvernement et l’UGTA, en annonçant la remise en cause des acquis sociaux pour cause de politique d’austérité, au moment où certains syndicats ont demandé la préservation des acquis et l’augmentation du taux de la pension de retraite à 100% après 25 ans de travail, viennent de défier tous les travailleurs algériens lesquels refusent de se plier aux dictats des multinationales ainsi que des hauts cadres d’états qui ne sont pas touchés par ces mesures.

Le front social est déjà annoncé pour cette rentrée où les travailleurs refusent toute politique d’austérité dont ils ne sont pas responsables car ils n’ont jamais profité de l’aubaine financière. Le bras de fer est annoncé et l’avantage est déjà donné aux travailleurs qui n’ont rien à perdre car ils n’arrivent toujours pas à finir leurs fins de mois sans dettes. Donc si les multinationales avec l’aide du gouvernement et de l’UGTA espèrent remettre en cause les acquis des travailleurs ils font mauvaise route car les travailleurs sont décidés. Seul le retrait du projet peut assurer une rentrée plus ou moins stable.

Les syndicats ont lancé depuis longtemps leur slogan : « ne touchez pas à nos acquis syndicaux et ne toucher pas à nos retraites ».

Hakem Bachir,

Professeur de mathématiques au lycée Colonel Lotfi d’Oran.

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