La soumission ou le lynchage : en arrière toute !!!



Le régime est résolument décidé à se prolonger, il se prépare pour renouveler son assemblée nationale en gratifiant ses meilleurs serviteurs de quotas de sièges pour avoir permis le passage en force de ses lois antisociales comme la loi de finances de 2017, le plébiscite de la Constitution concoctée dans la petite cuisine du sérail avec les mêmes ingrédients à une différence près des précédentes : l’officialisation du rangement de la langue amazigh dans les cartons officiels.

Le changement et la transition dans l’ordre promis par Abdelaziz Bouteflika en 2011 ne verront finalement pas le jour. En tout cas pas de son vivant, car le changement n’est pas sa tasse de thé. Le changement semble être incompatible avec ce régime, la transition démocratique ne peut se faire malheureusement dans ce pays sans casse politico-sociale. Visiblement la tragédie nationale des années 1990 n’a pas suffi à ce régime pour tirer les leçons du risque volcanique qui couve dans ce pays. Quatre mandats auraient largement suffi pour Bouteflika pour asseoir les assises de la démocratie en organisant la transition dans l’ordre et permettre au pays de vivre loin du risque de déstabilisation et d’éclatement à la Libye où chaque faction se réclamerait de son identité et de son territoire. Peine perdue !

Au lieu d’associer la communauté nationale dans la recherche de solutions économiques et politiques durables en organisant de vraies consultations avec tous les partenaires sociaux, tous les acteurs politiques et associatifs représentatifs de toutes les franges de la société, le pouvoir a préféré vider les caisses de l’État pour acheter la paix sociale en organisant une dépolitisation de la société à tous les niveaux : des salaires et primes de rendements pour calmer la grogne des enseignants de l’éducation nationale, d’ailleurs les hostilités entre les enseignants et le gouvernement n’ont jamais été aussi en point mort que depuis le règne de Bouteflika ; des gratifications pour les tampons relais, les salariés politiques, ceux qui ne font rien et ne travaillent jamais mais se permettent des voitures de luxe et une fréquentation quasi quotidienne des établissements de luxe des salaires non mérités pour les députés et sénateurs dont le rôle est juste de lever leur main pour approuver les oukases qui viennent d’en haut. Bref le pouvoir a tout fait pour que les Algériens se désintéressent de la chose politique et se concentrent sur le gain facile et la rente.

La secousse des révoltes est passée, la peur de connaître le sort tragique des dictatures arabes renversées étant conjurée, le régime algérien s’en sort plus que jamais indemne et renforcé. Celui qui ose le contrarier et lui être de travers ne serait-ce que par le langage seraient lynché et réduit au silence. Les faucons d’Alger n’ont plus du temps à perdre. Après avoir réussi à mater toute tentative de révolte en faisant miroiter aux Algériens l’épouvantail de la déstabilisation, le risque du retour à la guerre civile, et bricolé sa façade démocratique avec ses réformes sommaires cautionnées par ses tentacules partisanes, à savoir les partis de l’Alliance présidentielle et Louiza Hanoune, l’inconditionnel soutien de Bouteflika, le pouvoir en place dégaine contre celui ou celle qui risque de remettre en cause sa légitimité.

Il y a quelques jours, Mohammed Talmat est laissé impitoyablement mourir dans sa geôle pour avoir osé critiquer les méthodes malsaines et musclées du régime contre ses propres citoyens ; pendant l’été dernier une transaction commerciale entre l’homme d’affaires Issad Rabrab et le groupe El Khabar a été politiquement annulée par les juges pour à la fois organiser la mort à l’étouffée de ce journal acéré et empêcher l’opposition d’avoir un canal d’expression ; tout récemment un citoyen de plein droit, en l’occurrence Rachid Nekkaz, est expulsé manu militari pour avoir entamé un travail de sensibilisation de la population pour réclamer des comptes à ses dirigeants sur les biens possédés en France, et en ligne de mire se trouvent indéniablement les villas de l’actuel Ministre de l’Energie et celle de Amar Saadani. Il est de droit d’un citoyen algérien de réclamer la restitution de ces biens mal acquis et d’organiser des rassemblements devants ces villégiatures en dénonçant auprès des autorités aussi bien algériennes que françaises le laisser-faire et la couverture de cette corruption.

Il y quelques jours, Mounia Meslem, la Ministre de solidarité, de la famille et de la condition féminine, sans gêne et avoir médité une seconde la teneur de ses propos, soumise, fidèle et loyale à son employeur, demande aux femmes mariées algériennes de renoncer à leur salaire pour renflouer les caisses vides de l’État, celles qui ont servi de mangeoire à tous les dirigeants. Cette proposition indigne d’une Ministre en charge de la condition féminine, n’a malheureusement pas soulevé de tollé au sein de la classe politique algérienne ni auprès des concernées. Et pourtant en méditant de près cette proposition insultante et infamante à l’égard de nos concitoyennes salariées algériennes, on se compte que par delà le fait c’est une proposition attentatoire à la dignité des femmes en ce sens qu’elles sont assimilées à des esclaves privées de droit à la rémunération qui est normalement la récompense d’un effort consenti par tout citoyen libre, elle est discriminatoire dans la mesure où elle vise uniquement les femmes, et confiscatoire car il n’y aucune raison légitime et légale de toucher à un salaire de quelqu’un dûment mérité.

Au nom de quoi de faire la morale aux Algériennes de renoncer à leur salaire ? Y a-t-il vraiment une raison valable qui justifierait le renoncement d’un citoyen à son salaire dans un pays géré par une mafia ? Si patriotisme il y a, nous ne ferons pas plutôt mieux de vendre les villas de Amar Saadani, Chakib Khelil et Abdeslam Bouchouareb et autres villas de luxe acquises par toutes sortes de braquages en bandes organisées par les dirigeants des richesses nationales ? Compte tenu du coût estimé de la villa de Bouchouareb à deux millions d’euros, la récupération de ces biens aura suffi pour éviter aux Algériens les mesures d’austérité de la loi de finances 2017.

Le patriotisme ne doit pas être à la charge des femmes seulement, car les femmes algériennes savent très bien ce que c’est le patriotisme et elles ont déjà bien assumé le rôle quand il a fallu, elles étaient dans les maquis, dans l’action en cachant les maquisards poursuivis par l’armée coloniale, elles étaient veuves et orphelines, violées par l’armée coloniale. Donc, inutile de rappeler les Algériennes sur leur devoir national, car elles n’ont de leçon à recevoir de personne, encore moins de ce régime confiscatoire dans tous les sens du terme. Elles savent être présentes et ont su le faire dans toutes les épreuves traversée par leur pays et contrepartie elles n’ont bénéficié de rien de cette indépendance chèrement et corporellement payée, car se faire abuser violemment de son corps auprès des siens par une armée foncièrement coloniale, était le lourd tribut jamais payé par les hommes. Et de qui vient la proposition ? C’est d’une femme ministre de la condition féminine ! « Tikhessi di damen-is it yenghan » (La brebis est victime de son sang) pour reprendre Lounès Matoub

Bien plus, cette proposition indéniablement humiliante pour les femmes algériennes nous rappelle 55 ans après l’indépendance le Code de l’indigénat, un système inhumain et foncièrement raciste, un condensé de la pensée essentiellement exclusive et déshumanisante du colonialisme français. Rappelons que ce code avait institué deux types de Français à l’intérieur d’une seule entité, de l’Etat-nation, ce qui a été une vraie monstruosité juridique qui ne pouvait trouver sa place que dans un tel système bourré de contradictions. Il y avait d’un coté les français qui sont des sujets de droit commun, celui de la Métropole, et de l’autre coté les Algériens qui sont soumis au Code de l’indigénat. Le but était de faire deux types de français, les uns sujets de droit et les autres, les Algériens, des objets de droit. Et c’est exactement ce que nous vivons sous le régime d’indépendance. Il y a d’une part des algériens pleinement et pratiquement citoyens, car ils jouissent de plein droit des biens de leur pays et avait accès sans limite aux richesses nationales, droit civique, c’est –à dire à l’éligibilité illimitée et sans condition, et d’autre part des algériens qui sont réduits à l’exercice de la fonction biologiques, des citoyens théoriques pour paraphraser Camus.

Aujourd’hui, c’est encore un appel pour une solution finale, une extermination des Kabyles qui est fait par un islamiste radical, un anti-Kabyle primaire, haineux et raciste, en l’occurrence Ahmed Chouchane, dans l’impunité absolue et sans être inquiété par les autorités en place, parce que des jeunes kabyles ont osé exprimé leur ras-le bol contre la vie chère et l’austérité imposée par la loi de finance de 2017. Où va l’Algérie ?

Omar Tarmelit

Source : lematindz.net

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