LA TRAHISON



Arezki n’est pas un buveur invétéré. Bien au contraire, il boit avec beaucoup de modération. Même les supplications de ses amis n’arrivent pas à le dissuader. Il boit une ou deux bières et sort du bar. Mais, aujourd’hui, quelle mouche a piqué Arezki ? Il rentre dans le bar comme un taureau enfermé depuis longtemps dans son étable, l’air furieux, pressé d’en découdre avec la bouteille. Il pousse un grand soupir et appelle le serveur d’une voix ou se mêlent l’impatience et la nervosité. Il lui commande une bouteille de vin de marque Abu Nuwas. Le serveur s’empresse de satisfaire sa commande.

Arezki commence à boire sans modération, ce qui n’est pas dans ses habitudes. Les citoyens étonnés ne purent s’empêcher de se poser des questions. Qu’est-ce qu’il a Arezki ? Pourquoi ce changement subit ? Il doit y avoir quelque chose qui cloche ? Comment a-t-il pu devenir un ivrogne alors que dans le passé, les gens le citaient souvent comme un parfait exemple de conduite et de comportement. Hélas ! Une histoire inattendue va bouleverser sa vie :

Arezki a choisi de se marier dans son village natal d’At Lejruh, car selon lui, les citadines sont frivoles et dévergondées. Il a choisi aussi de se marier avec une femme illettrée car à son avis, les femmes instruites revendiquent des libertés qui dépassent tout entendement. Donc, Arezki a convolé en justes noces avec Fetta, une femme illettrée de son village natal. Après la fête, il emmène sa femme à Alger, c’est là qu’il travaille comme agent d’administration. Chaque matin, il se rend au travail à 7h30, laissant sa femme seule dans leur logement. Il revient à 17 heures. Même le déjeuner, il le prend dans son lieu de travail. Quant Arezki ne travaille pas, il se promène avec sa femme dans la capitale. Il essaye de la gâter et de satisfaire toutes ses volontés afin qu’elle ne manque de rien et qu’elle soit heureuse. Les jours passent paisiblement et Arezki nageait dans la quiétude et le bonheur.

Un jour, de retour à la maison, le gardien de leur immeuble l’interpelle :

-Bonsoir Arezki ! Un jeune est venu te voir à la maison. Je ne le connais pas. C’est peut-être ton beau-frère.

Arezki est perplexe. Son beau-frère n’a pas l’habitude d’aller directement à la maison. Il passe d’abord par son bureau. Arezki monte les escaliers, absorbé dans ses pensées. Des questions sans réponses fusent dans son esprit. Quand il arrive dans sa maison, il embrasse sa femme et prend son diner en gardant son calme. Le lendemain, il se rend à son travail en se disant que le gardien s’est sûrement trompé d’étage et de personne. L’erreur est humaine, chaque individu en commet tous les jours. Mais, au retour de son travail, le gardien assure avoir vu la même personne se faufiler comme un voleur en direction du quatrième étage, son lieu de résidence.

Arezki est intrigué. Le doute commence à s’insinuer dans sa tête. Il doit élucider cette affaire au plus vite pour avoir l’esprit tranquille. Il rentre à la maison et s’efforce de garder son sang-froid et son sourire pour ne pas éveiller les soupçons. Le surlendemain, il fait semblant de partir au travail. Mais, en cours de route, il rebrousse chemin et se cache derrière un bâtiment situé en face de sa maison. Quelque temps après, il voit Fetta sur le balcon. Elle est en train de faire des signes de la main à un voisin. Ce dernier répond aussitôt à ses signes. Peu de temps après, il voit le jeune voisin sortir du bâtiment et se diriger directement vers sa maison.

Arezki attendit encore une dizaine de minutes environ. Il monte les escaliers et retient son souffle. Il écouta par le trou de la serrure et entendit les deux tourtereaux s’esclaffer de rire. Le gardien ne s’est pas trompé. Il prit la clef de sa poche et ouvrit la porte. Il était pétrifié à la vue de sa femme nue comme un ver, dans les bras de son amant, en train de faire l’amour…

Je vous laisse le soin mes amis lecteurs d’imaginer la fin de l’histoire ou encore mieux de lire l’intégralité de la nouvelle dans le livre en langue amazigh de Saïd Chemakh, intitulé : « Gar zik d tura. »

 

Une nouvelle de Saïd Chemakh, adaptée par Hammar Boussad.

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