L’affaire des parts offshore fragilise David Cameron



Royaume-UniEn avouant avoir bénéficié de fonds offshore, le premier ministre comptait calmer les attaques. Elles se sont démultipliées.

Rarement David Cameron se sera retrouvé au sein d’une telle tempête. En avouant jeudi soir avoir détenu «des actions et des participations» dans le fonds d’investissement offshore monté par son père, le premier ministre britannique espérait enfin calmer les médias et ses opposants politiques. Sa tactique a eu l’effet inverse: les attaques se sont succédé vendredi. De hauts responsables du parti travailliste et du parti national écossais ont mis en avant «l’érosion significative de sa confiance» et «sa crédibilité en lambeaux». Des parlementaires de l’opposition ont demandé sa démission, une requête relayée par toute la presse nationale, et le lancement d’une enquête officielle. Même des élus et des donateurs du parti conservateurs ont critiqué son comportement.

Une cote au plus bas

Depuis la révélation lundi de l’implication de son père, décédé en 2010, dans les activités du cabinet d’avocats panaméens Mossack Fonseca, David Cameron n’a en effet cessé de mentir par omission aux journalistes, aux politiciens et aux citoyens britanniques lui demandant de clarifier sa situation financière. Une attente de quatre jours bien trop longue pour être honnête. Le responsable des finances au sein du parti travailliste John McDonnell a bien résumé l’opinion générale: «On a besoin de pouvoir faire confiance en son premier ministre. Le fait qu’il n’ait pas pu répondre à une seule question claire honnêtement et immédiatement a entamé la confiance que l’on a en lui.»

Selon un sondage réalisé mercredi et jeudi, et publié vendredi, le niveau de satisfaction des Britanniques à son égard s’est effondré, atteignant son plus bas niveau depuis juillet 2013. Il est pour la première fois moins bien perçu que le leader du parti travailliste Jeremy Corbyn.

Hypocrisie dénoncée

Plus encore que les parts offshore, vendues en 2010 avant son accession au poste de premier ministre, se défend David Cameron, les Britanniques déplorent une forme d’hypocrisie. Lorsque le fonds créé par son père a été déplacé du Panama et des Bahamas vers l’Irlande en 2012, un vaste scandale d’évasion fiscale touchait le pays. Le premier ministre avait alors sévèrement critiqué les arrangements fiscaux du comédien Jimmy Carr: «Des gens travaillent dur, paient leurs taxes, économisent pour aller voir un de ses spectacles. Il prend l’argent des ventes des billets et les place dans des programmes d’évasion fiscale. (…) Certains de ces programmes sont franchement moralement répréhensibles.»

L’année suivante, David Cameron avait même endossé le costume de meneur de la lutte contre les paradis fiscaux. «Depuis trop longtemps, une petite minorité a caché ses accords commerciaux derrière une toile compliquée de compagnies écrans», s’était-il indigné le 31 octobre 2013. «C’est pourquoi nous devons mettre la lumière sur qui possède quoi et sur l’endroit où l’argent va réellement.» Pour finalement réclamer de manière discrète à l’Union européenne de ne pas agir…

Au pire moment…

Les bookmakers ont parié pour la première fois sur son départ de la direction du parti conservateur, et donc de la tête du gouvernement, avant la fin de l’année. A deux mois et demi du référendum sur l’Europe, il est pourtant peu probable que le parti conservateur pousse prochainement son leader à la démission. Un tel geste mettrait le parti à feu et à sang, une option impensable à l’approche de ce vote majeur. Surtout qu’il est probable que les membres du parti éliraient à sa place le maire de Londres Boris Johnson, partisan d’une sortie de l’UE!

Quoi qu’il en soit, ce scandale pourrait sérieusement affecter l’issue du référendum. David Cameron étant la figure de proue du camp favorable au maintien au sein de l’UE, les partisans d’une sortie se frottent les mains. Alors que tous les sondages donnent désormais les deux camps au coude à coude, les Panama Papers pourraient bien pousser le Royaume-Uni hors de l’UE. (24 heures)

Source : www.24heures.ch / Tristan de Bourbon

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