L’Algérie est plus grande que le clan Bouteflika



Maintenant que le stratagème du clan Bouteflika pour gagner la quatrième élection a été révélé par une simple photo, il tente de faire porter aux médias français la faute qui lui incombe et rejette son déshonneur sur le peuple algérien.

C’est le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika et non l’Algérie qui est en cause dans les récents scandales touchant la santé du président et les révélations des Panama papers. En s’enveloppant dans le drapeau du pays, l’actuel gouvernement tente de faire croire que les reproches qui lui sont faits visent plutôt le peuple Algérien. Rien n’est plus faux. La mine piteuse du président et les révélations des comptes dans des paradis fiscaux de membres influents du gouvernement montrent seulement le vrai visage du clan au pouvoir. Ce n’est pas l’image de l’Algérie, pays fier avec un peuple vaillant, qui circule sur les médias sociaux, mais celle d’un Président qui a usurpé le pouvoir et trahit la confiance mise en lui. Cette photo explique aussi pourquoi le président de la République est absent de toutes rencontres à l’étranger et qu’il a du désigné le président de l’Assemblée populaire nationale, Mohamed-Larbi Ould-Khelifa, pour le représenter à la cérémonie d’investiture du chef de l’Etat congolais.

En poussant le système électoral hors des ornières de la démocratie, ce gouvernement s’exposait à voir ses manigances dévoilées, ce qui vient d’arriver. La classe dirigeante algérienne vient de découvrir a ses dépend qu’il y a une bonne raison pour laquelle le principe de l’alternance au pouvoir est centrale en démocratie. Ne pas le respecter donne les résultats que l’on voit actuellement. Porté par son clan, au sens littéral du mot, Bouteflika a trop fait durer sa présence au palais d’El Mouradia. Sa dix-septième année au pouvoir ressemble plus à de l’usurpation de la fonction présidentielle qu’a une saine gestion des ressources de l’État. Rappelons que le navire algérien se dirige à toute vitesse actuellement au cœur d’une tempête parfaite. Où est son capitaine ? Le peuple a le droit de connaître la vérité, que ce soit au niveau du scandale des Panama Papers ou de la santé de Bouteflika.

Le secrétaire général par intérim du Rassemblement national démocratique (RND), Ahmed Ouyahia, a beau donner dans les théories du complot, il doit admettre une chose : la photo du Président Abdelaziz Bouteflika qui fait crier tant de monde n’est pas truquée. Le caractère dégradant de cette image n’est pas une manipulation, mais le fait de la situation elle-même. Le problème ne vient donc pas de ceux qui ont montré cette photo au monde, mais de ceux qui l’ont caché si longtemps. Contrairement aux médias algériens qui écoutent la voix de leur maître, ceux de France respectent la liberté de presse avant toute chose. Il n’y a qu’à voir comment ils tirent à boulet rouge sur François Hollande pour comprendre qu’ils n’ont rien fait de spécial avec Abdelaziz Bouteflika. Si le président de la France était dans cet état, il ferait aussi les premières pages des journaux français ! Montrer cette photo n’est que révéler la vérité et non une manigance. C’est de la cachée qui va à l’encontre du bien du peuple qui a le droit de savoir de quoi son président a l’air quand il rencontre un haut fonctionnaire étranger. Il faut même se demander lequel des deux pays, soit France ou l’Algérie, devrait être le plus insulté qu’il y ait eu une rencontre protocolaire avec un homme dans cet état.

Se désoler que cette image du président ait été rendue publique est mal comprendre ce que signifie la liberté de presse. C’est la liberté de montrer la vérité et c’est ce qui vient de se passer avec Bouteflika. Les Algériens ne devraient pas s’en prendre à ceux qui montrent ce qui se passe réellement à la tête du pays, mais a ceux qui en sont la cause. La manoeuvre coordonnée n’en est donc pas une de Paris, mais bien d’Alger qui voit soudainement ses stratagèmes s’effondrer dans le ridicule. Il tente de monopoliser les médias pour que le peuple défende son bourreau. Or, si les affaires internes du pays sont du ressort exclusif des Algériens, le respect des droits de la personne concerne l’humanité entière. En 2016, les dirigeants des nations de cette Terre n’ont plus le droit de tromper leur peuple impunément. Le non-respect du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, que le pays à ratifier en 1989 entraîne des conséquences. Les actions qui ne peuvent être arrêtées sont documentées pour plus tard, quand le pouvoir changera de main et que les comptes seront demandés à ceux qui ont violé la confiance mise en eux.

Cette dérive du gouvernement algérien actuel se voit partout. Un récent rapport sur les droits de l’Homme dans le monde du département d’État américain dénonce une corruption généralisée, une justice manquant d’indépendance et le non-respect des libertés individuel et collectif en Algérie. Ce rapport montre une justice qui n’est ni impartiale ni indépendante ou les liens familiaux ont une influence sur les décisions de cour. L’entrave à la liberté d’expression et de la presse ou encore la rétention d’informations se fait au plus haut niveau de l’État. Cela se voit continuellement. Malgré le fait que la loi sur la corruption prévoit des peines allant de deux à dix ans de prison pour les hauts fonctionnaires, aucun de ceux impliqués dans les deux grands scandales de l’autoroute Est-Ouest et de Sonatrach n’ont encore été condamnés. Le retour de Chakib Khelil, blanchi des poursuites judiciaires lancées par la cour d’Alger sur les affaires de corruption liées à Sonatrach, en est une autre preuve. Et que dire de l’actuel ministre de l’Industrie et des Mines, A. Bouchouareb, dont le compte offshore a été révélé par les Panama Papers ? Les hommes du Président placés à des postes-clé aux ministères et dans les institutions du pays sont intouchables.

Quand la secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), Louisa Hanoune, affirme que Bouteflika ne guérira pas et ne marchera plus, elle ne fait que constater l’évidence. Le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, a beau convoquer l’ambassadeur de France à Alger, Bernard Emie, pour protester contre ce qu’il concerne comme étant une campagne de presse hostile à l’Algérie et à ses institutions, aucune de ses interventions ne pourra donner meilleure allure au grabataire du pouvoir quand il est en public. C’est l’état de santé du président qui est le problème de fond de cette situation. Il est aussi l’éléphant dans le milieu de la pièce que le clan au pouvoir ne veut absolument pas voir puisqu’il montre son imposture. Human Rights Watch a demandé au gouvernement d’abolir la pénalisation de la satire. Il devrait le faire pour son propre bien puisque son comportement le rend passible de poursuite en ce qui concerne le poste de président de la République.

En conclusion, les images de Bouteflika qui ont été diffusées ne sont pas une humiliation pour la nation, mais pour son gouvernement. Ce que l’on voit du chef de l’État est en contradiction avec le discours du cercle présidentiel. Il demande le respect de la dignité du malade évitant complètement le fait que le grand problème dans ce dossier est qu’il est au pouvoir en toute négation de la Constitution. Maintenant que la supercherie est éventée, l’article 102 de la Constitution fraîchement amendée devrait être appliqué. Il demande au Parlement de déclarer l’état d’empêchement, lorsque le président de la République se trouve dans l’impossibilité d’exercer ses fonctions pour cause de maladie grave et durable. Il faudra d’importantes pressions populaires pour que le conseil constitutionnel, qui est actuellement à la botte du clan Bouteflika, se réunisse pour démarrer la procédure. Malgré le dévoilement de la supercherie du quatrième mandat, il semble donc que tout changement à la tête de l’Etat soit verrouillé en Algérie où il est impossible d’exiger l’application de l’article 102 de la nouvelle Constitution qui destituerait le président.

Michel Gourd

Lire l’article depuis sa source : lematindz.net

Laisser un commentaire