L’Amérique s’apprête à prendre congé d’une icône



Etats-Unis Mohamed Ali sera enterré aujourd’hui dans sa ville natale de Louisville, dans le Kentucky. Il a combattu pour les plus grandes causes.

Il est né Cassius Marcellus Clay Jr le 17 janvier 1942 à Louisville, la ville du Kentucky où il sera enterré aujourd’hui. Il a fait une entrée fracassante dans l’histoire américaine deux jours après son combat victorieux contre Sonny Liston à Miami le 25 février 1964. Ce jour-là, avec Malcolm X à ses côtés, il avait annoncé son appartenance à la Nation de l’islam et sa décision d’abandonner Cassius Clay, son «nom d’esclave», au profit de Cassius X, avant qu’Elijah Mohamed, le leader de la Nation de l’islam, ne lui donne un nouveau nom. Celui-ci avait été annoncé le 6 mars 1964: Mohamed Ali.

La religion musulmane et le combat pour les droits civiques des Noirs aux Etats-Unis définissent ce père de 9 enfants, admiré aux Etats-Unis. Cet engagement était au cœur de sa rivalité brutale avec Joe Frazier, le boxeur de Philadelphie avec lequel il a livré le plus grand combat de tous les temps, le 1er octobre 1975 à Manille aux Philippines.

Mohamed Ali avait notamment traité Frazier d’«Oncle Tom», un surnom faisant référence à la ségrégation aux Etats-Unis. Après avoir remporté leur premier combat le 8 mars 1971 à New York, Frazier avait répondu à Ali: «Un avocat blanc l’a sauvé de la prison et il me traite d’Oncle Tom. (…) C’est devenu ma mission de lui montrer l’erreur de sa fierté imbécile.»

L’hommage d’Obama

Depuis le décès de Mohamed Ali, le 3 juin, les hommages émouvants pleuvent sur cet homme de convictions qui n’avait pas hésité à mettre sa carrière de boxeur entre parenthèses pour son refus de combattre au Vietnam en 1966. «Pourquoi des soi-disant nègres devraient faire 16 000 kilomètres depuis chez eux pour aller larguer des bombes et des munitions sur des gens bruns innocents?» s’était-il justifié. «Non, je ne ferai pas 16 000 kilomètres pour aller aider à tuer des innocents.»

Mohamed Ali avait été privé de ring pendant trois ans et demi et vivement critiqué par ses concitoyens dans un premier temps avant que l’opinion publique américaine ne se retourne contre la guerre au Vietnam.

Barack Obama, qui possède une paire de gants d’Ali à la Maison-Blanche, lui a rendu hommage en faisant allusion à son refus de combattre au Vietnam: «Son combat hors du ring lui a coûté son titre et sa réputation», a affirmé le président. «Cela a fait de lui un pestiféré et l’a presque envoyé en prison. Mais Ali n’a pas plié. Et sa victoire nous a aidés à nous habituer à l’Amérique que nous connaissons aujourd’hui.»

Très atteint par la maladie de Parkinson qui le rongeait depuis 1984 et qui fut son plus long combat, Mohamed Ali vivait loin des regards. Mais sa mort a pris une connotation politique en pleine campagne électorale pour la Maison-Blanche. Aujourd’hui, l’ancien président Bill Clinton, très populaire dans la communauté afro-américaine, lui rendra hommage lors des funérailles au cours desquelles Donald Trump, l’homme qui a proposé de bannir l’entrée sur le territoire américain aux musulmans, pourrait côtoyer le président turc Recep Tayyip Erdogan et le roi Abdallah de Jordanie.

Contre l’islamophobie

«Dans un climat politique marqué par l’islamophobie, ces funérailles seront le contrecoup de poing à la notion selon laquelle être un bon musulman est incompatible avec la possibilité d’être un bon Américain», réagit Dawud Walid, le directeur du Conseil sur les Relations américano-islamiques dans le Michigan, en faisant référence aux récents propos de Donald Trump sur les musulmans.

Mohamed Ali n’était pas «parfait», a souligné Barack Obama. «Magique dans le ring, il pouvait être négligent avec ses paroles et plein de contradictions lorsque sa foi a évolué.» Après avoir blessé Joe Frazier avec ses paroles, Mohamed Ali s’était excusé dans une interview au New York Times en 2001. Mais même si Frazier avait accepté la main tendue, la plaie ne s’était jamais vraiment refermée.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Jean-Cosme Delaloye

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