L’arbre et le bûcheron. Par Hammar Boussad.



Mhend At Ufercuc est un pauvre paysan qui avait l’habitude d’aller à la forêt d’Akefadou pour couper du bois afin de gagner sa vie en le revendant au marché hebdomadaire de Tizi n Tawla. Chaque jour, il coupait du bois qu’il faisait transporter sur son âne petit mais assez robuste.

Un jour, il entendit des gémissements dans la forêt. Intrigué, il écarquilla les yeux et inspecta les alentours soigneusement :

-« Il se pourrait que je trouve un animal ou une personne blessée qui aurait besoin d’aide, » dit-il dans son cœur.

Il a beau chercher, il ne trouva rien d’anormal. Il se dit qu’il est en train de divaguer et que son imagination lui jouait de vilains tours. Alors, il se remet au travail. Mais, voila que les plaintes douloureuses reviennent avec persistance. Cette fois, il est sûr et certain, ces cris plaintifs sont réels. Il s’est rendu compte qu’ils s’estompent quand il fait une pause pour se reposer et reprennent de plus belle quand il reprend le travail. Perplexe, il continue le labeur tout en tendant l’oreille pour localiser avec précision l’endroit d’où proviennent ces tristes sons.

Soudain, des frissons parcourent tout son corps en comprenant que les lamentations proviennent de l’arbre qu’il est en train de couper. Ne pouvant plus supporter ces douleurs plus longtemps, l’arbre l’interpelle :

-« Pourquoi t’acharnes-tu à faire du mal à un arbre innocent ?

– « Excuse-moi, arbre. Je suis un pauvre bûcheron illettré. Je dois gagner ma vie pour subvenir aux besoins de ma famille et je ne sais rien faire d’autre. »

-« Regarde le moulin en pierre avec un anse en bois que tu vois là-bas. Tu l’emmènes avec ton âne à la maison. Quand tu as faim, il te suffit de réciter cette formule magique pour avoir de la farine et de la semoule avec les quels tu feras de la galette. Ainsi, tu laisseras les arbres vivre paisiblement. »

Satisfait de la proposition de l’arbre, le paysan chargea le moulin sur l’âne et partit à la maison en remerciant l’arbre. Sa femme qui l’attendait était stupéfaite de voir son mari transporter un moulin au lieu du bois habituel. Elle commença à réprimander son mari. Ce dernier la rassura en lui disant qu’ils n’auront plus faim à l’avenir grâce à la générosité de l’arbre. Il récita la formule magique et une grande quantité de farine et de semoule se déversa sur le sol. L’époux conseilla à son épouse comblée de garder le secret pour vivre heureux.

Par reconnaissance à l’arbre, Mhend At Ufercuc décida d’orner avec de l’or l’anse en bois. Alors, il se rendit chez un bijoutier pour faire le travail. Naïvement, il lui dicta la formule magique. Se rendant compte de l’opportunité de s’enrichir, l’artisan lui substitua un autre moulin. Ce dernier n’obéissait plus aux injonctions du paysan. Mhend dût se résoudre à reprendre son ancien travail de bûcheron dans la forêt.

-« Qu’est-ce que tu as encore à me martyriser avec ta hache ? Es-tu à ce point insensible à mes souffrances ? »

-« Pardonne-moi, arbre mais mes enfants n’ont plus de quoi manger. Mon moulin a été subtilisé par un escroc. »

-« Tiens, prends cette canne et va le voir. Tu n’auras qu’à réciter cette formule magique et la canne fera le labeur d’elle-même. »

Le paysan se dirige directement vers l’atelier de l’artisan. Il prononça la formule magique et la canne passa à l’action. Elle frappa sans cesse l’artisan jusqu’à ce qu’il consente à restituer le moulin. Mhend récupéra son moulin et vécut heureux jusqu’à la fin de ses jours.

Conte narré en Kabyle par Rachedi Boualem, adapté par Hammar Boussad.

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