L’art de tenir les Algériens en haleine



Faute de pouvoir assurer une vie politique digne de ce nom dans le pays, les gouvernants algériens se sont transformés en auteurs de feuilletons à rebondissements dans le but de nous tenir en haleine et détourner notre attention de ce qui se trame en haut lieu.

Au cours de ses deux premiers mandats, Abdelaziz Bouteflika jouait lui-même le rôle de feuilletoniste. L’on se souvient, en effet, comment il avait monopolisé à lui seul tous les médias publics. Il trouvait chaque jour une bonne occasion pour s’adresser longuement aux Algériens. Furieux contre on ne sait qui, Abdelaziz Bouteflika répétait inlassablement ses phrases en gesticulant et en tapant sur le pupitre. Il faut reconnaître qu’il avait pu impressionner et tenir en haleine plus d’un.

Tout le monde savait, toutefois, qu’aucun corps humain, fut-il celui d’un sportif de haut niveau, ne peut maintenir un rythme aussi infernal, sauf le chef de l’Etat qui, grisé par le pouvoir, avait continué sur sa lancée. Tout y passera : des blagues de mauvais goût aux injonctions par téléphone en passant par des audiences de quatre heures accordées à des gens comme le défunt Jean-Claude Brialy.

Aujourd’hui gravement malade, Abdelaziz Bouteflika se contente seulement de quelques apparitions à la télévision, à l’occasion d’audiences, laissant à d’autres le rôle de feuilletoniste. Et comme nos gouvernants sont de piètres auteurs, c’est à des navets que nous avons droit à chaque fois. Le dernier navet en date n’est autre que l’action en référé intentée par le ministère de la Communication pour annuler le rachat du quotidien El Khabar par une filiale de Cévital.

Pire encore, des fois nos gouvernants nous tiennent en haleine avec un feuilleton et son contraire. Un exemple concret ? Le feuilleton du mouvement de redressement qui avait obligé Ahmed Ouyahia de démissionner de son poste de secrétaire général du RND, et le feuilleton du récent congrès du RND et l’élection à bulletins secrets du même Ahmed Ouyahia à la tête du même parti. C’est à croire qu’on se moque de nous !

Mais c’est incontestablement le feuilleton de la nouvelle constitution qui aura été le plus long, pour ne pas dire le plus ennuyeux de tous. Cinq ans, ou presque, pour retoucher une constitution ! S’il suffisait de modifier une constitution pour voir son pays émerger, notre gouvernement ne serait sûrement pas là aujourd’hui, à faire la manche aux Algériens.

Reste à savoir quel autre feuilleton nous proposeront nos gouvernants dans les jours à venir. Des initiés parlent déjà d’une campagne sournoise pour immuniser notre pays contre un scénario à la brésilienne.

Ahcène Bettahar

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