Le bras de fer entre le FBI et Apple crée le malaise



Traque antiterroristeApple refuse de livrer les données de l’iPhone d’un tueur. Le patron du FBI admet que le débat est complexe. Les politiques se taisent.

James Comey, le patron du FBI, était littéralement assis entre deux chaises jeudi matin au Congrès. Il a justifié face aux membres de la Commission sur le renseignement de la Chambre des représentants la volonté du FBI d’obtenir le déblocage de l’iPhone de l’un des terroristes de San Ber nardino. Mais il a reconnu que le bras de fer avec Apple, qui refuse de transmettre ces données était la question la «plus complexe» qu’il ait vue au gouvernement. «J’adore les données cryptées, a-t-il déclaré. Quand j’entends des compagnies dire «nous allons vous emmener dans un monde où personne ne peut se mêler de vos affaires», une partie de moi pense que c’est génial.»

Le patron du FBI a néanmoins réaffirmé la nécessité pour ses agents d’obtenir la transmission de données de l’appareil du terroriste. «Si nous allons vers un monde dans lequel cela n’est plus possible […], ce sera un monde différent de celui qui est le nôtre aujourd’hui, a-t-il affirmé. Nous devons simplement nous assurer que le FBI explique les coûts (ndlr: de la non-transmission des données protégées) pour que les gens ne nous demandent pas dans cinq ans «Où étiez-vous quand c’est arrivé?».

Le 16 février, un juge fédéral avait ordonné à Apple de transmettre au gouvernement Obama les donnés de l’iPhone de Syed Rizwan Farook, l’un des auteurs de la fusillade qui avait fait 14 morts et 22 blessés le 2 décembre à San Bernardino en Californie. Tim Cook, le patron d’Apple, avait aussitôt fait part de son opposition à la décision du magistrat. «Refuser cet ordre n’est pas quelque chose que nous prenons à la légère», avait-il écrit dans une lettre adressée aux clients d’Apple. «Mais nous pensons que nous devons nous affirmer face à un gouvernement qui outrepasse ses droits.» Le patron d’Apple a aussi affirmé cette semaine à la chaîne ABC que la transmission de données au gouvernement «créerait un précédent qui heurterait beaucoup de monde aux Etats-Unis».

Alors qu’Apple est apparemment en train de travailler pour renforcer la sécurité de ses appareils, Bill Gates, le cofondateur de Microsoft, s’est invité dans le débat. Il a dans un premier temps suggéré son soutien au FBI face à Apple, le grand concurrent de Microsoft, avant de faire marche arrière. Hillary Clinton avait reconnu pour sa part la complexité de la question et a refusé de prendre parti lors d’un débat le 18 février dernier. Bernie Sanders, son rival pour l’investiture démocrate à la présidentielle, avait fait de même.

Kirk Wiebe, un ancien cadre de la NSA, l’agence de renseignement américain, ne doute pas qu’Apple «ait raison» dans sa bataille contre le FBI et prédit une victoire légale de la société de Cupertino face au gouvernement. «La Constitution américaine n’octroie pas au gouvernement le droit d’obtenir ce genre de données de la part d’une entreprise privée comme Apple, assure-t-il. Cela créerait un précédent légal dangereux.» L’expert estime que le gouvernement américain peut déjà récupérer de nombreuses informations de l’iPhone sur la base de l’USA Freedom Act, une loi entrée en vigueur le 2 juin 2015. «Le FBI a déjà accès aux numéros de téléphone et peut surveiller les appareils et les ordinateurs avec lesquels cet iPhone était en contact. Ce genre de données est souvent plus utile aux enquêteurs.»

(24 heures)

Source : Par Jean-Cosme Delaloye

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