Le conflit syrien attise les tensions entre la Russie et les puissances occidentales



La guerre civile en Syrie a plongé les relations entre la Russie et les puissances occidentales dans des tensions aux relents d’une nouvelle guerre froide. En effet, le dernier veto opposé par la Russie, samedi 8 octobre, à un projet de résolution français présenté devant le Conseil de sécurité appelant à l’arrêt des raids aériens russes et syriens ainsi qu’à la création d’une zone d’exclusion aérienne autour de la ville d’Alep a provoqué une nouvelle crise diplomatique entre Moscou et les capitales occidentales à leur tête Washington, Londres et Paris.

Vive passe d’armes entre Paris et Moscou

À ce titre, le président français François Hollande a déclaré que l’appui que fournit Moscou au régime de Bachar el-Assad était « inacceptable » se posant la question sur la viabilité d’une rencontre qui devait le réunir le 19 octobre au président russe, Vladimir Poutine, dans le cadre de l’inauguration de la nouvelle cathédrale orthodoxe à Paris. « Je vais sans doute recevoir Vladimir Poutine, je me suis posé la question », a-t-il indiqué lors d’une interview accordée à la chaîne TMC, rapportée par le Figaro.

Le président français est allé plus loin ajoutant que « s’il recevait le président Poutine, il lui dirait que c’est grave pour l’image de la Russie », faisant référence aux derniers bombardements russes contre Alep. Une sortie suite à laquelle le président russe a décidé d’annuler sa visite en France, annonçant dans la foulée qu’il était « disposé à visiter Paris quand le président Hollande se sentira à l’aise ».

À l’occasion d’un forum économique organisé à Moscou, mercredi 12 octobre, le président Poutine est revenu sur l’annulation de cette visite. « À vrai dire nous n’avons rien annulé, c’est la partie française qui nous a fait comprendre que ce n’était pas le bon moment d’ouvrir notre centre culturel, qu’il fallait remettre à plus tard ces événements, nous avons dit : Bon d’accord, on n’insiste pas », a déclaré l’homme fort du Kremlin, rapporté par Le Monde.

Des tensions et un risque d’escalade

Au-delà de cette passe d’armes entre la France et la Russie, les rapports entre les puissances occidentales et la Russie se sont nettement détériorés ces cinq dernières années en raison des positions diamétralement opposées, notamment depuis le début du conflit syrien et l’annexion en 2014 de la Crimée par la Russie.

Un climat de tension marqué par des déclarations menaçantes de part et d’autre. Dernière en date : un discours musclé de la Russie mettant en garde la coalition internationale menée par les États-Unis en Syrie contre des frappes aériennes qui cibleraient l’armée du régime après des informations médiatiques occidentales révélant l’intention de Washington de procéder à des « bombardements limités » contre l’armée de Bachar al-Assad.

À ce titre, le ministère de la Défense russe a signifié clairement que tout raid aérien contre les soldats de Bachar serait considéré comme une menace directe contre ses troupes déployées en Syrie. « Le personnel russe des systèmes de défense aérienne a peu de chances d’avoir le temps de déterminer les trajectoires exactes d’éventuels missiles et qui les a tirés. De plus, toutes les illusions d’amateurs sur l’existence d’avions furtifs feront face à une réalité décevante », a déclaré le porte-parole du ministère russe de la Défense, le général Igor Konachenkov, rapporté par la chaîne d’information Russia Today.

Ce dernier faisait allusion aux systèmes de défense antiaériens S-300 et S-400 déployés par la Russie en Syrie. D’ailleurs, le général Igor Konachenkov n’a pas manqué de rappeler aux Américains que l’armée syrienne disposait également de missiles S-200 et des systèmes BUK dont les capacités ont été modernisées, toujours selon Russia Today.

Bien avant ce face-à-face tendu, les États-Unis avaient accusé la Russie de commettre des actes de « barbarie » en bombardant les quartiers rebelles de la ville d’Alep assiégée totalement par le régime et la guerre fait rage pour son contrôle. « Ce que la Russie défend et ce qu’elle fait n’est pas du contre-terrorisme, c’est de la barbarie », avait accusé Samantha Powers, la représentante de Washington auprès de l’ONU lors d’un discours prononcé devant Conseil de sécurité à la fin du mois de septembre.

Moscou se positionne comme « maître du jeu » en Syrie

Dans ce contexte tendu, Washington a annoncé au début du mois d’octobre la suspension des pourparlers avec Moscou concernant le cessez-le feu prévu par l’accord américano-russe du 9 septembre. Un cessez-le feu fragile qui a volé en éclat une semaine après son entrée en vigueur.

Sur le terrain, la Russie ne compte pas se désengager du conflit syrien. Bien au contraire, Moscou a conforté sa présence militaire, notamment après la ratification de la Douma (parlement russe) d’un accord russo-syrien prévoyant le déploiement indéfini des troupes russes dans deux bases syriennes, en l’occurrence la base aérienne de Hmeimim et la base navale Tartous, situées dans l’ouest du pays. Une présence vitale pour le régime qui lui a permis de regagner plusieurs territoires.

Sur le plan diplomatique, une nouvelle rencontre internationale sur la Syrie est prévue samedi 15 octobre, à Lausanne en Suisse. Cette rencontre réunira les chefs de la diplomatie russe et américaine Sergueï Lavrov et John Kerry ainsi que plusieurs ministres des Affaires étrangères de pays de la région.

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Source : tsa-algerie.com / Nacereddine Benkharef

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