Le frère de Bouteflika se rappelle de l’existence du droit !!!



On vient d’apprendre que le président Bouteflika porte plainte contre le journal Le Monde pour ses révélations de l’affaire Panama Papers. Mais en fait, le vieil homme est dans un état grabataire, regard fixe et lointain, ne pouvant prononcer un seul mot sans risquer l’apoplexie.

Dans leur majorité, les Algériens savent que toute parole ou geste de l’homme est le fait de son frère qui dirige le fauteuil comme le pays d’une main de fer. Mais peu importe, revenons à la plainte en question.

Tous les dictateurs du monde se rappellent toujours de l’existence du droit lorsqu’ils ont à faire aux menaces étrangères. A l’intérieur du pays, le code civil et pénal sont simples pour eux, ils en maîtrisent les articles jusqu’à la virtuosité. Il fut un temps où le journaliste algérien qui aurait osé commettre de telles révélations aurait risqué de laisser derrière lui une veuve et des orphelins. Le droit interne, c’est rapide et silencieux, ainsi furent pendant longtemps la doctrine et la jurisprudence du règne de Bouteflika.

Mais à l’extérieur, les voilà parfois qui font appel à lui dans des conditions qu’ils ont du mal à maîtriser. Le moment est inattendu car ces temps-ci, lorsque les dictateurs avaient à faire à la justice, c’était plutôt devant la Cour Pénale Internationale. On comprend qu’ils s’en éloignent comme de la peste et ne font aucun zèle pour l’attirer.

Puisque Said Bouteflika (le frère) souhaite se confronter à ce qui lui est lointain et inconnu, nous allons lui apprendre ce qu’est la justice, ailleurs des frontières de son pouvoir. Quelques-uns d’entre nous se souviennent encore du procès pour diffamation intenté par le célèbre général algérien, Khaled Nezzar, l’un des hommes puissants de son époque. Nous nous souvenons de sa terrible déconvenue lorsqu’il a découvert ce qu’est réellement une procédure de justice.

C’est que ces hommes n’ont aucune idée du droit si ce n’est pour des transactions financières offshore ou des investissements immobiliers. Ils n’ont jamais été confrontés aux règles imposées par la justice extérieure à leur pays, car pour leur territoire soumis à leur puissance, ce sont eux qui les écrivent et les appliquent de leur interprétation.

Tout comme Khaled Nezzar, si le dictateur en fauteuil parvient vivant jusqu’à la barre, il sera abasourdi par ce qui lui fera face. Tout d’abord, le simple fait de se présenter devant des magistrats est une situation tout à fait incongrue et inattendue pour lui. Les seules fois où il les rencontre, c’est pour entendre des paroles de flagornerie et le claquement des genoux qui accompagnent généralement la gorge nouée et la parole hésitante.

Alors, vous rendez-vous-compte, il va falloir qu’il s’explique. Mais comme si ce n’était pas déjà se confronter à l’inconnu, il va falloir découvrir l’inimaginable. Dans cet univers étrange, l’avocat de la partie adverse a le droit de le bousculer, de l’invectiver et de le presser à se justifier. Il ne se serait jamais imaginé qu’un jour il mettrait les pieds dans une telle planète. A l’époque du procès Nezzar, j’aurais tellement voulu prendre une photo de son visage, aux nombreux instants où celui-ci exprimait une extraordinaire stupéfaction.

Je suppose que les journalistes du « Monde » n’ont pas peur de ce dictateur finissant ni de ses avocats, ils en ont l’habitude. La vie du plaignant est à elle-seule un océan de sources pour convaincre les magistrats. Et les affaires récentes, liées à ses amis impliqués dans des scandales et poursuites judiciaires à l’étranger, notamment ceux qui sont révélés dans l’affaire des Panama Papers, ne sont pas pour les inquiéter de leur bon droit.

Alors, si l’homme fort de l’Algérie, le frère, veut réviser son droit, puisqu’il paraît qu’il en a eu connaissance dans son parcours universitaire en France, nous allons lui en donner l’opportunité. Il saura que c’est loin d’être la vision qu’il en a eu dans son long stage dans l’entreprise de son frère.

Sid Lakhdar Boumédiene

Enseignant

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