Le maltais, le parler algérien, une langue officielle transcrite en caractères latins (II)



J’ai mis suffisamment de temps à investiguer la réalité sociolinguistique du pays Malte pour espérer donné à réfléchir à ces idéologues et autres pseudos linguistes de la 25ème heure, qui poussent vers les caractères arabes pour écrire le tamazight.

III. Pays musulmans ayant adoptés les caractères latins au lieu des caractères arabes

Cependant avant de m’étaler davantage sur l’histoire du pays Malte, l’objet principal de la présente étude, et comment il est parvenu à adopter l’arabe algérien comme sa langue officielle avec transcription en caractères latins, j’aimerais répondre à ceux qui seraient tenté de dire : « Oui, mais le Malte est un pays chrétien et non pas musulman! ». Le prétexte de l’Islam, derrière lequel ils se cachent à chaque fois, est en effet souvent utilisé. Il est donc essentiel de leur rappeler les réalités suivantes:

1. Les Maltais chrétiens mais parlant l’arabe algérien ont vu leur langue maltaise passer de l’oralité à l’écrit au début du XXe siècle. Les caractères latins ont été adoptés en 1934 pour sa transcription. Un tel choix est dicté par le désir des Maltais de rentrer de plain-pied dans la modernité.

2. Tel passage s’est effectué pratiquement à la même époque que la Turquie musulmane mais non arabe. Considéré comme l’un des pays les plus puissants du monde musulman, la Turquie a, en effet, connu le 1er novembre 1928 une révolution linguistique. Appelée aussi la révolution des signes, elle était initiée par Mustafa Kemal Atatürk et elle a eu pour but de remplacer l’alphabet arabe, en usage sous l’Empire ottoman pour transcrire le turc, par l’alphabet latin. L’usage de l’alphabet arabe sera finalement interdit deux jours plus tard, soit le 3 novembre 1928.

3. Pour Atatürk, cette réforme était pour purifier la langue turque. Dans un discours tenu au parlement, il explique :

« Il faut donner au peuple turc une clef pour la lecture et l’écriture et s’écarter de la voie aride qui rendait jusqu’ici ses efforts stériles. Cette clef n’est autre que l’alphabet turc dérivé du latin. Il a suffi d’un simple essai pour faire luire comme le soleil cette vérité que les caractères turcs d’origine latine s’adaptent aisément à notre langue et que, grâce à eux, à la ville comme à la campagne, les enfants de ce pays peuvent facilement arriver à lire et à écrire.»

4. D’autres pays musulmans ont aussi adopté les caractères latins. Les populations de la Malaisie, 30.5 millions d’habitants dont 61% de musulmans, et de l’Indonésie, 250 millions d’habitants dont 87% de musulmans, parlent ainsi le malais et l’indonésien (très proches comme le sont les langues chawi et kabyle par exemple) et s’écrivent en alphabet latin. A signaler que l’Indonésie et la Malaisie ont unifié leur graphie officielle en 1972. Auparavant le malais s’écrivait avec l’alphabet arabe, et il n’est remplacé par l’alphabet latin que dans les années 1950 sur la base d’une graphie anglaise.

IV. La constitution maltaise et l’aménagement linguistique

Le Malte possède deux langues officielles que sont le maltais et l’anglais tel que stipulé dans l’article 5 en 4 alinéas de la constitution. La formulation est comme suit :

1) La langue nationale de Malte est la langue maltaise.

2) Le maltais et l’anglais, ainsi que toute autre langue désignée par le Parlement (par une loi votée à la majorité des deux tiers de l’ensemble des membres de la Chambre des représentants), sont les langues officielles de Malte et l’Administration peut utiliser l’une quelconque de ces langues à toutes fins officielles: À la condition qu’on puisse s’adresser à l’Administration dans l’une ou l’autre des langues officielles, l’Administration répondra dans cette même langue.

3) La langue des tribunaux est la langue maltaise : le Parlement peut prendre les mesures nécessaires pour permettre l’utilisation de l’anglais dans les circonstances et aux conditions qu’il jugera bon de définir.

4) La Chambre des représentants peut, dans le cadre de ses règles de procédure, déterminer une ou plusieurs langues à utiliser dans les débats et les compte rendus parlementaires.

V. Le maltais et l’anglais, les langues officielles de Malte

L’anglais, langue officielle, est hérité comme butin de secours à cause de la présence britannique durant 164 ans. En effet, en 1800 les Maltais, très religieux, ont demandé l’appui des Britanniques pour faire face au pillage des biens de l’Église par les troupes de Napoléon Bonaparte alors que l’île était sous son joug depuis deux ans. Cependant, les Britanniques refusèrent de rendre l’archipel à l’ordre de Malte et en firent plutôt une colonie anglaise mais la Couronne anglaise dut assurer le maintien de la religion catholique. L’indépendance du pays est reconnue le 21 septembre 1964, mais Malte conserve la reine Élisabeth II à sa tête comme de nombreux pays du Commonwealth. Ce n’est qu’en 1974 que Malte est proclamé République et élit un président à sa tête. Cependant la fidélité de Malte au trône britannique est gardée symboliquement de par la croix de George visible dans le drapeau maltais. A rappeler que George VI (1895-1952) a été roi du Royaume-Uni et des autres dominions du Commonwealth britannique de 1936 jusqu’à sa mort. On comprendra donc, que c’est sous le régime britannique, que l’anglais a fait partie des habitudes linguistiques des Maltais.

Par contre si l’anglais est langue officielle, le maltais est langue nationale et officielle. Il est plus utilisée quotidiennement par la grande majorité des insulaires maltais. La langue maltaise reflète l’histoire de l’île comme nous allons le voir dans la section qui suit.

VI. Contexte historique et l’adoption des caractères latins pour le maltais

La langue maltaise est susceptible d’avoir commencé comme un dialecte punique, mais plus tard, elle a subi une forte influence arabe lorsque les Aghlabides ont conquis Malte en 870. Ces derniers sont les Banu Al Aghlab, de l’émir Ibrahim ibn Al-Aghlab, une dynastie d’émirs membres de la tribu arabe des Banu Tamim,venant de la Tunisie amazighe, qui a connu sa première expédition arabe en 670. Pour rappel c’est en l’an 800 que le calife abbasside Harun Errachid délègue son pouvoir en terre amazighe, via la Tunisie, à l’émir Ibrahim ibn Al-Aghlab. La présence des Aghlabides fut déterminante pour les Maltais qui s’arabisèrent et s’islamisèrent. Ce qui a fait qu’aujourd’hui le maltais est à base d’arabe dit maghrébin, plus précisément nord-africain.

La conquête arabe prit fin en 1091 lorsque les îles de Malte furent conquises par le Normand Roger Ier, comte de Sicile. Sous son règne, les différentes identités, coutumes et religions de l’île furent respectées. Ainsi Normands, Amazighs, Arabes, Chrétiens (orthodoxes et catholiques), Musulmans et Juifs purent cohabiter et demeurer dans l’île. Plus tard des Italiens, Siciliens, Génois et des Catalans s’installèrent, tous rapidement assimilés par la population locale.

En 1249, l’empereur Frédéric II expulsa les derniers musulmans de Malte, mais il est probable que beaucoup de musulmans préférèrent se convertir au christianisme plutôt que de s’exiler. C’est ce qui explique que la langue arabe ait pu se maintenir aussi aisément à Malte, dont la population se christianisa complètement.

Au cours des âges et à cause de toutes ces influences linguistiques, et comme sa voisine le tamazight, la langue maltaise, en plus de l’arabe, elle a connu des emprunts de plusieurs autres langues. Bien qu’elle ait conservé sa structure sémitique punico-arabe de base, des mots ont été importés (comme on le verra plus loin) des autres langues européennes comme le français, l’italien, l’espagnol et l’anglais, nécessaires pour décrire de nouvelles activités sociales et commerciales des temps modernes.

Pendant des siècles, le maltais était limité aux communications orales seulement puisque dans les documents officiels, le latin et le sicilien demeuraient les seules langues écrites. Durant la présence du colon britannique, plus précisément en 1921, à la suite de violentes émeutes, une constitution instaurant un véritable parlement fut alors promulguée, puis suspendue en 1930, en raison de l’agitation croissante de la population. Londres décida d’imposer une mesure radicale: la suppression de l’italien dans les écoles et au sein de l’administration. En 1933, le maltais et l’anglais devinrent les langues officielles. L’année suivante, une écriture officielle maltaise fut adoptée sur la base de l’alphabet latin; cet alphabet avait été mis au point une dizaine d’années auparavant par l' »Union des écrivains maltais ».

Avec un tel alphabet moderne l’enseignement du maltais commença à être dispensé depuis 1934. Aujourd’hui le maltais est une langue à part entière avec son propre corps de la littérature.

VII. L’alphabet maltais versus l’alphabet latin amazigh

Le maltais est encore une fois une variante très prononcée de l’arabe nord-africain, algérien particulièrement.Le maltais dérive ainsi de la langue arabe qui possède un alphabet (Abjad) consonantique de 28 lettres, mais transcrit en alphabet latin complété avec des voyelles. Ce qui donne un total de 30 lettres, faisant du Malte le seul pays où l’arabe est écrit avec l’alphabet latin.

Le tableau suivant résume l’alphabet maltais avec son équivalent amazigh en Tamɛemrit (La convention latine mamerienne). Des exemples avec signification française sont également donnés. Également sont donnés les mêmes exemples en parler algérien, mais transcrit en Tamɛemrit. Je vous laisse apprécier, ou s’étonner, de la frappante ressemblance des mots.

A noter que l’apostrophe (‘) à la fin d’un mot maltais signifie ɛ. Par exemple « Repubblika ta’ Malta » ou « République de Malte », et en algérien Tamɛamrit : « Ribublik taɛ Malṭa ». A ne pas confondre donc avec la lettre għ(ou milieu ou début d’un mot) qui est aussi ɛ comme dans Għaxra,Dix ou ɛacra en algérien Tamɛamrit.

(A suivre)

Racid At Ali uQasi,

Ottawa, 28 septembre 2016

Lire la première partie ici : Le maltais, le parler algérien, une langue officielle transcrite en caractères latins (I)

Source : lematindz.net

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