Le maréchal-président Al-Sissi peut-il remonter la pente ?



Indubitablement, la dévaluation de la livre égyptienne de 47.7% dès le début du mois de novembre dernier, mesure dont le Fonds Monétaire International (F.M.I) avait auparavant fait sa condition préalable pour le prêt de 12 milliards de dollars sur une durée de trois ans à l’Égypte dans le but de relancer son économie, commence à susciter la peur de la majorité des Égyptiens.

Et pour cause, le pays s’enfonce dans une crise économique aux contours incertains. Il est bon de préciser également que cette institution financière internationale aurait exigé, en sus de la dévaluation de sa monnaie, l’application par l’Égypte d’une politique d’austérité en bonne et due forme assortie d’une réduction des subventions publiques et de l’imposition d’une nouvelle TVA. Du coup, l’inflation dépasse aujourd’hui les 20%, les prix des produits alimentaires ont vite flambé et les ménages ressentent que leur pouvoir d’achat est en train de dégringoler. Des ingrédients explosifs ne laissant pas de grande marge de manœuvre au régime en place.

En outre, les récentes révélations faites le 19 décembre 2016 par le service de recherche du Congrès américain dans ses rapports militaires spécialisés compliquent davantage ce scénario. D’après cet organisme-là, l’Égypte est classée avec 11.9 milliards de dollars de dépenses militaires en 2015 à la tête des pays en voie de développement en matière d’achat d’armes, juste derrière le Qatar 17.5 milliards, et devançant largement l’Arabie Saoudite qui frôle à peine les 9 milliards de dollars ! Ce qui donne une petite idée sur la tournure répressive prise ces dernières années par la nomenklatura cairote. Et puis, le projet de l’élargissement du canal de Suez entre 2014-2015 (le coût du chantier étant estimé à 8.5 milliards de dollars) n’a pas bénéficié de l’investissement attendu dans la mesure où le trafic commercial réalisé n’a malheureusement augmenté que de 0.0033%.

Enfin, l’absence de débat contradictoire ainsi que le verrou médiatique imposé à l’opposition, les médias et la société civile en général polluent toute atmosphère pour l’avènement d’une bonne gouvernance. Si l’audace militaire d’Al-Sissi a pu éviter à l’Égypte le gouffre de la guerre civile, elle n’en demeure pas moins aujourd’hui en deçà des attentes des pans entiers de la population concernant le défi démocratique et le progrès économique. Ainsi, la popularité du maréchal-président qui a pourtant réussi à garantir la stabilité de son pays au prix de la terrible répression de l’organisation des Frères Musulmans à laquelle est affilié son prédécesseur Mohammed Morsi risque d’en subir des coups durs dans l’avenir. Mais ce dernier, Al-Sissi s’entend, saurait-il inverser le cours des choses, en remobilisant de nouveau les masses en sa faveur pour les prochaines élections présidentielles prévues en 2018 ? Et, si d’ici là, le régime butait sur un raz-de-marée populaire, comment va-t-il s’y prendre ?

Kamal Guerroua

Source : lematindz.net

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