Le montage c’est bien, l’intégration c’est mieux



Dans cet entretien, l’expert analyse l’impact de la réintroduction du produit sur l’économie nationale.

Liberté : Quelle est votre appréciation sur la réintroduction du crédit à la consommation cette fois-ci pour les produits fabriqués localement (quels sont les effets d’entraînement sur l’économie nationale) ?
Mohamed Kessel :
D’abord permettez-moi de dire que cette notion de crédit de consommation pour la production locale c’est ce qu’il fallait faire en 2009, lors de l’interdiction des crédits-consommation par LFC 2009. Le crédit à la consommation est une bonne chose dans la mesure où, primo, il donne un signal fort aux opérateurs économiques sur la nécessité de produire sur place pour pouvoir être éligibles à ce mécanisme qui ne manquera certainement pas de booster la production. Secundo, il permet également aux ménages dans ce contexte difficile, où les salaires n’augmenteraient pas forcément, de les aider à améliorer leur confort dans la vie quotidienne sans pour autant hypothéquer la satisfaction de leurs besoins vitaux en nourriture, santé, etc.
Maintenant, revenons à son effet d’entraînement sur l’économie. D’abord il faut accepter de dire que l’Algérie doit réapprendre à produire d’une façon normalisée, donc aller vers une industrie d’assemblage en CKD ou en SKD, c’est un bon début et permettra à terme d’augmenter ce taux d’intégration par deux phénomènes : la courbe d’expérience et la recherche des gains de productivité pour améliorer la compétitivité de l’entreprise. On est vraiment dans un cycle vertueux qui induira des effets industrialisants à terme. La question est donc de savoir à quel rythme tout cela se mettra en marche. Et là, le débat est ouvert sur la “réindustrialisation” de notre tissu économique… à aborder si voulez en d’autres occasions. En d’autres termes, il faut arrêter de voir les Algériens comme une charge qu’il faut nourrir mais plutôt comme un marché qui par sa capacité d’absorption peut devenir très attractif pour l’investissement et donc permettra d’aller vers une économie dynamique et émergente.

Ne craignez-vous pas, avec les faibles taux d’intégration de maints produits fabriqués localement éligibles au crédit à la consommation, une hausse de la facture d’importations ?
Comme évoqué plus haut, d’abord il faut accepter de dire que l’Algérie doit réapprendre à produire, par la suite fixer des points de passage de l’étape actuelle à une étape 2, puis 3, etc., avec des taux plus intéressants, etc.
Nous entendons souvent çà et là s’exprimer une telle crainte mais qui agit, à mon avis, en trompe-l’œil, car quel que soit le niveau d’intégration 10%, 20% ou 30% c’est toujours mieux que d’importer un produit fini qui, bien évidemment, coûtera plus cher à notre balance des paiements.
Et au risque de me répéter, à moyen terme, toutes ces industries naissantes se placeront dans des logiques d’intégration des filières avec des effets industrialisants certains.
Par contre, ce que les pouvoirs publics doivent faire dès maintenant, c’est mettre en place une feuille de route bien étudiée et claire avec un calendrier pour dire à titre d’exemple qu’en 2018 le taux d’intégration éligible au crédit conso devra être au minimum 20% et en 2020 à 40% ou élaborer cela par filière, et cela s’accompagne par des programmes de mise à niveau réelle avec l’introduction du raisonnement normatif et de la capacité de production locale.

Les risques concernant l’endettement des ménages sont-ils maîtrisés ?
Sans centrale des risques des ménages, c’est vrai qu’un tel risque existe, mais la Banque d’Algérie a pris une sage et lucide décision de ne l’autoriser qu’une fois cette centrale opérationnelle.  C’est le cas aujourd’hui. Donc il y a présentement un “monitoring” à l’échelle globale qui permet de déceler des cas de surendettement chez un client même s’il est multi-bancarisé. C’est une sécurité aussi bien pour les ménages eux-mêmes que pour le système bancaire.
 
Comment voyez-vous l’évolution du crédit à la consommation dans deux ou trois ans ?
Certainement, nous verrons arriver de plus en plus d’acteurs (assembleurs, industriels) qui voudront voir leurs produits bénéficier du “crédit conso”.
Et j’en veux pour preuve l’annonce déjà par plusieurs constructeurs ou concessionnaires auto de l’installation des unités de montage en Algérie.
Et dire que cela se passe avant même son lancement ! Donc soyons optimistes…
À condition, bien sûr, de stabiliser le cadre juridique algérien et d’améliorer l’attractivité du site Algérie et le “doing business en Algérie” de manière générale !  Aussi éviter de se lever un matin et interdire le crédit conso au motif que le taux d’intégration ne s’est pas amélioré comme ça été le cas en 2009 ou avant, car intégrer localement et produire c’est bien, mais le vrai traitement, c’est agir sur la balance des paiements et donc avoir une logique export basée sur une réelle compétitivité internationale, car le vrai sujet pour l’Algérie c’est de développer des relais de recettes en devises hors hydrocarbures, ce qui est absent du discours officiel actuellement.
Et je plaide pour la mise en place d’une feuille de route économique sur 10 ans en stratégie intégrée où le crédit conso ne sera qu’un instrument parmi tant d’autres afin de développer la production et la consommation et donc l’économie basée sur la stabilité du cadre juridique et développer des expertises afin de faire de l’Algérie un pays exportateur.
Lorsque je dis absence de stratégie intégrée, je cite un exemple : l’Algérie a bien effacé des dettes de pays africains amis.

Question : avons-nous négocié le moindre démantèlement tarifaire pour améliorer la compétitivité de nos exportations vers ces pays ?
Eh bien, rien, nada !
Le comble c’est qu’on est à la recherche de relais en devises hors hydrocarbures, et pour être un peu ironique, nous avons préféré laisser le marché pour le Maroc, ils savent exporter leur savoir-faire sans effacer de dettes de pays…

K. R.

Source : Remouche Khaled

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