Le pape à l’épreuve des conservateurs en Pologne



Eglise catholiquePour le chef de l’Eglise catholique, plus ouvert que ses prédécesseurs, son déplacement à Cracovie s’annonçait délicat.

Il faut accueillir «tous ceux qui fuient la guerre et la faim». C’est le message qu’a adressé mercredi à Cracovie, à l’intention des autorités polonaises, le pape François, qui se rendait en Pologne à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse (JMJ). Le pape a affirmé que la crise migratoire «demande un supplément de sagesse et de miséricorde pour dépasser les peurs», dans une allusion aux craintes de la société polonaise, très homogène, face aux migrants étrangers. Le gouvernement conservateur de Madame Beata Szydlo se refuse de les accueillir, au nom de la sécurité.

Pour le pape François, cette étape diplomatique s’annonçait délicate, au moment où son message d’ouverture à l’égard des migrants et des musulmans se heurte à l’effroi – et aux amalgames – que suscitent les attentats terroristes, et ce alors qu’un prêtre catholique vient de se faire assassiner en France.

Menant une politique migratoire restrictive, le gouvernement ultraconservateur n’est pas en phase avec les déclarations du pape. Mais ce n’est de loin pas le seul sujet qui fâche. Nombre de Polonais, dont les évêques très conservateurs que le pape doit rencontrer ce jeudi, sont encore nostalgiques du charismatique Jean-Paul II, le premier pape polonais de 1978 à 2005.

L’image que cultive le pontife argentin, amateur de tango et défenseur d’une «Eglise des pauvres», passe mal auprès de la hiérarchie catholique polonaise. Beaucoup d’évêques polonais voient en effet d’un mauvais œil les efforts de François en faveur d’une Eglise plus flexible et compatissante, selon le vaticaniste Christopher Lamb, cité par The Tablet. Ils sont en désaccord notamment avec les appels à ouvrir les portes des églises aux pécheurs, comme les mères célibataires ou les divorcés remariés. Le pape pourrait toutefois appuyer un projet controversé en Pologne d’interdire presque complètement l’avortement.

L’une des questions sensibles porte aussi sur l’homosexualité. «Ce qui est nouveau, c’est l’attitude de François à l’égard de cette communauté», souligne Michel Grandjean, professeur d’histoire du christianisme à l’Université de Genève. «Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour le juger?» déclarait le pape en 2013, de retour des JMJ de Rio. Avec cette prise de position, il s’est démarqué de ses prédécesseurs. Mais «en affirmant une volonté d’ouverture sur ce genre de questions, il a su irriter les branches ultraconservatrices», précise l’historien.

Toutefois, au-delà de quelques divergences sur des sujets «délicats», il serait maladroit de croire que François est l’antipode de Jean-Paul II, poursuit Michel Grandjean. Sur la question du capitalisme, par exemple, «les deux papes marchent dans la même direction. Tous deux n’ont jamais prétendu que ce système est l’antichambre du paradis sur terre.»

Cela dit, malgré les désaccords politiques et idéologiques, la visite du pape pourrait être vécue comme un bol d’air dans une Pologne qui se referme sur elle-même. Certes, «les catholiques polonais ne vont pas accueillir le pontife qu’ils souhaitent, mais compte tenu de leur situation sociale et politique, il se pourrait qu’ils reçoivent justement le pape dont ils ont besoin», a estimé le vaticaniste John Allen sur le site spécialisé Cruxnow.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Quentin Jeantet

Laisser un commentaire