Le plaidoyer désespéré de la «guerrière Dilma»



BrésilLa présidente brésilienne, écartée du pouvoir et en passe d’être destituée, s’est défendue becs et ongles au Sénat.

Pour son ultime intervention au Sénat avant sa probable destitution, Dilma Rousseff s’est présentée lundi flanquée de l’ex-président Lula, du chanteur Chico Buarque et des dirigeants des grands mouvements sociaux du pays. Dehors, sur l’esplanade des Trois pouvoirs, près de 10 000 personnes l’ont accueillie aux cris de «Dilma, guerrière du peuple brésilien». Devant les sénateurs dont une grande majorité sont favorables à sa destitution, la «guerrière» a fait un discours de 40 minutes dénonçant un «coup d’Etat institutionnel».

«J’ai déjà été jugée, j’ai déjà défendu la démocratie et je l’ai payé très cher», a-t-elle lancé, évoquant la gorge serrée ses trois ans d’emprisonnement et les tortures qu’elle a subies sous la dictature militaire. En défendant son gouvernement, elle s’est aussi montrée ferme et dure, comme jamais depuis plus de 100 jours. «J’ai été attaquée dès ma victoire en octobre 2014. L’élite conservatrice a d’abord tenté d’invalider mon élection, puis a tout fait pour déstabiliser mon gouvernement. La destitution est devenue, à peine deux mois après mon élection, le point central de l’agenda politique et médiatique du pays», a dit la présidente devant un hémicycle plein et silencieux.

Une analyse partagée par Fabio Malini. Ce politologue de l’Université fédérale de Espirito Santo suit les réseaux sociaux et a réalisé, à partir de l’étude de 15 millions de posts, la genèse du mouvement pour la destitution, tant dans le microcosme politique de Brasília que dans la rue. «La première manifestation publique demandant sa destitution a eu lieu le premier samedi suivant son élection. Personne ne parlait encore de maquillage de comptes publics. Mais la volonté de la destituer existait déjà.»

Dilma Rousseff a rappelé qu’elle avait connu une opposition frontale au Congrès sur toutes les propositions de loi de son gouvernement. Une opposition menée par l’ex-président de la Chambre des députés Eduardo Cunha, qui a lancé officiellement la procédure de destitution en décembre 2015. «Nous savons tous ici que mon procès est en lien avec Eduardo Cunha. La destitution est le prix à payer car mon parti n’a pas accepté son chantage», a-t-elle lancé.

Accusé de corruption et de blanchiment d’argent, Eduardo Cunha a récemment perdu son siège de président de la Chambre basse, mais reste député et allié avec le président par intérim Michel Temer. «Il ne fait aucun doute que la présidente a connu un boycott parlementaire, mené par Cunha, qui ressemble à celui vécu à un moment par le président Obama avec les républicains. Dilma Rousseff a en plus été ferme: elle n’a pas voulu négocier et encore moins avec des parlementaires corrompus, ce qui dans notre système est un vrai suicide politique», explique Fabio Malini.

«Mais le Parti des travailleurs est aussi responsable de la dégradation de son image dans l’opinion publique avec la corruption et la crise économique», considère le professeur de sciences politiques de l’Université du Parana, Adriano Codato.

Dilma Rousseff a conclu son discours sur les conséquences de sa destitution: un changement radical de politique et de projet de société. «Ce qui est en jeu avec cette destitution, ce sont les conquêtes de ces treize dernières années, les gains obtenus par les plus pauvres, la revalorisation du salaire minimum, la redistribution des richesses dans un pays inégalitaire», a dit la présidente. Mais pour Adriano Codato, cette vision n’est pas forcément partagée par les plus pauvres au Brésil. Car ce sont eux qui sont aujourd’hui touchés de plein fouet par le chômage, l’inflation et la récession économique.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Anne Vigna

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