Le prix du baril se redressera mais pas avec le bricolage de l’OPEP (I)



L’Algérie tente par tous les moyens pour parvenir à un bon accord lors de la réunion ministérielle ordinaire de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole le 30 novembre à Vienne.

La partie algérienne est depuis la fin du Forum international de l’Energie qui s’est tenu à Alger du 26 au 28 septembre dernier à l’œuvre en multipliant les entretiens avec ses homologues de l’organisation mais également avec d’autres producteurs comme la Russie, pour préparer un accord consensuel qui stabiliserait les prix du baril autour de 50 dollars. Pourquoi justement 50 dollars ? Il s’agit du niveau retenu pour l’élaboration du budget 2017. Toute fluctuation en decà de ce seuil se traduira par un déficit budgétaire qui obligerait l’exécutif à puiser dans les réserves de change, ou éventuellement recourir à l’endettement extérieur. Il faut noter par ailleurs que le Fonds de Régulation des Recettes est déjà totalement absorbé.

Dans ce cadre justement, l’Algérie assure la présidence du comité technique qui devrait mâcher une proposition chiffrée de la réduction des quotas de chacun des membres. Cette proposition repose sur une réduction du plafond de production de l’Organisation, qui sera ramenée entre 32,5 à 33 mb/j, avec des baisses des quotas pour chaque pays membre, et des mécanismes particuliers pour l’Iran, le Nigeria, la Libye et l’Irak.

Sur le plan technique, la proposition compte répartir une réduction totale de l’OPEP de près de 1,1 million de baril jour. C’est un effort énorme entrepris par le ministre de l’Energie aussi bien au sein de l’OPEP qu’autour des pays producteurs en dehors de cette organisation comme la Russie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et le Mexique et bien d’autres qui seront présents à la réunion de Vienne. Il se trouve que le marché ne réagit pas et les prix du Brent se maintiennent au-dessous de la barre des 50 dollars.

Au moins trois raisons restent susceptibles d’expliquer le comportement des différents acteurs, partie prenante dans les transactions pétrolières et gazière et qui poussent à croire qu’il ne faut rien attendre de la rencontre.

1- L’indiscipline des membres de l’OPEP

L’Arabie saoudite a décidé, vendredi dernier, de ne pas prendre part à la réunion entre les pays de l’OPEP et les producteurs non-membres, le 27 novembre à Vienne, pour débattre de la réduction de la production de brut. Selon une information rapportée par les médias américains et saoudiens, il y a une lettre officielle de l’Arabie saoudite qui explique qu’elle ne participera pas à la réunion parce que les ministres doivent se mettre d’accord sur une réduction de la production et ensuite présenter l’accord aux pays non-OPEP. Selon toute vraisemblance, la décision de l’Arabie saoudite illustre les tensions au sein de l’OPEP au sujet de la réduction de la production de pétrole. Ce pays sur lequel repose le poids de la réduction alors qu’il est en crise aggravée par l’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux USA, n’a aucune confiance sur le respect des quotas par les membres du cartel. Conséquence : le même jour, les prix du Brent ont repris leur courbe descendante, pour chuter de 3% à 47,38 dollars (18h00), après plus d’une semaine de hausse, tout en restant juste au-dessous de 50 dollars.

Quant aux Iraniens et en dépit de l’accord d’Alger, ils continuent à rechigner en s’estimant lésés de ne pas pouvoir augmenter leur production de 300 000 baril/jours. Surtout qu’ils viennent à peine de revenir sur le marché international après les sanctions décidées en 2012. Or si l’Iran ne montre pas une volonté ferme de ne pas perturber le marché, l’Arabie saoudite ne marchera pas. La partie algérienne devra donc œuvrer des deux côtés à la recherche des modalités du maintien de la production iranienne à des moyens « acceptables », qui ne fâcheraient pas la partie saoudienne. C’est dire que la mission n’est guère aisée. L’Irak a déjà émis des réserves quant à la réduction de 4,5% demandée par l’OPEP à la plupart de ses membres suivant des critères spécifiques. Pour l’Iran, qui au départ devait être exempté de réduire sa production, les 4,5% seraient calculés par rapport à la production de juillet 2005, la plus élevée depuis la révolution islamique de 1979.

Les hésitations de l’Irak sont liées à un besoin en revenus pétroliers pour combattre l’État islamique. La Libye et le Nigeria souhaitent eux aussi bénéficier d’une exemption en raison des répercussions sur leurs productions de conflits et des sanctions. Le Venezuela et l’Algérie vont certainement boucler difficilement leurs budgets pour l’année 2017. Donc aucun membre ne montre une volonté ferme pour mettre la main à la pâte. Finalement, le marché ayant compris tout cela réagit faiblement autour d’une danse de quelque cents.

2- Le gel de production est insuffisant

Les estimations perspectives de la commission technique ont largement montré qu’un gel ou éventuellement une légère diminution ne suffira pas pour éponger les quelque deux millions de barils de surplus de l’offre du brut sur le marché. Il faut donc une diminution importante que les pays de l’OPEP ne pourront pas se le permettre étant donné les circonstances particulières de chacun des membres. Ceci explique le recours à la demande expresse d’une contribution des producteurs non OPEP. Cette dernière, dans ce cadre justement, tente de rallier les pays exportateurs non membres à une limitation concertée de l’offre, leur a proposé de réduire leur production de 500.000 barils par jour. Mais ces derniers continuent de souffler comme à l’accoutumée le chaud et le froid. S’il y aura un gel de la production et qu’il soit effectivement suivi d’effet, seuls les deux gros producteurs qui détiennent près de 35% des parts de marché dans le monde, pourront s’entendre sur la question. Il s’agit de la Russie avec 13% et l’Arabie Saoudite avec près de 18% des parts de marché si l’on compte ses alliés de la Coopération économique du Golfe (CEG). Or, ces deux pays n’arrêtent pas de se contredire, le ministre de l’Energie russe trouve que la stabilité est nécessaire mais un prix oscillant entre 40 et 50 dollars et suffisant et donc pour le moment il n’y a pas lieu de se priver des recettes de l’augmentation de leur production.

Le royaume saoudien ne peut se permettre de s’allier avec la Russie pour mettre en péril la stratégie américaine de faire plier Poutine et qui l’a obligé de sacrifier des centaines d’investisseurs et de producteurs de gaz de schiste Combien même l’Iran a annoncé, par le biais de son ministre du Pétrole, qu’il soutiendrait toute décision des pays producteurs visant à stabiliser les prix, d’abord le marché est resté insensible à ces déclarations d’intention et ce pays a compris qu’il n’y aura aucune décision. Mais, part cette déclaration, il justifie sa position pour gagner la sympathie des autres membres de l’OPEP notamment l’Algérie et le Venezuela qui n’arrêtent pas de le tarabuster. Il faut signaler que les Russes n’ont pas oublié la situation de 1998. Une erreur d’appréciation de l’ensemble des pays membres de l’OPEP qui avaient décidé d’augmenter la production au moment où la crise se profilait en Asie. Ils avaient tiré une balle dans le pied et les prix du baril avaient fortement chuté. L’OPEP n’a pu trouver son salut qu’avec une réduction de la production des saoudis.

Aujourd’hui la situation est totalement différente. La Russie non plus n’a jamais fait beaucoup d’efforts à chaque fois qu’il y a eu des pressions à la baisse sur les prix et qu’il s’est agi de réduire la production de pétrole. Les appels de l’OPEP à partager le fardeau ont rarement eu d’écho. Comme d’autres pays non-OPEP d’ailleurs, elle aime par contre jouer les « passagers clandestins» en laissant l’organisation réduire la production et faire le travail pour déclencher une remontée des cours. Pour au final, gagner sur les deux tableaux en profitant d’une remontée des prix et gagner en volume faute d’avoir réduit sa production. La Russie continue de faire ses manœuvres d’approche en évoquant la possibilité de se joindre aux efforts mais cela n’a pas suffi. Beaucoup mettent en doute la réalité des promesses russes. Par le passé, Rosneft, le géant pétrolier russe, a certes annoncé une baisse unilatérale de sa production de 25.000 barils par jour. Mais il en produit plus 4,2 millions par jour ce qui fait une réduction d’à peine 0,6%. Ce n’est pas en mettant cela sur la table que la Russie pouvait espérer convaincre l’Arabie Saoudite sous pression américaine de ne pas réduire sa production. Maintenant, est-ce que la chute continue des cours, passés en dessous des 50 dollars le baril, va convaincre les pays non-OPEP, dont la Russie et la Norvège, d’agir et de proposer au cartel une baisse conjointe de la production, c’est une question difficile pour 2017. Mais pour l’instant, il y a beaucoup de méfiance au sein de l’organisation vis-à-vis de la Russie. (A suivre)

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

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Source : lematindz.net

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