Le prix du baril se redressera mais pas avec le bricolage de l’OPEP (II)



Tout le monde et ces experts qui défilent dans les médias lourds en sont convaincus : les facteurs géopolitiques ont beaucoup plus d’influence que ceux économiques.

3- La tendance baissière est plus d’ordre géopolitique qu’économique

S’ils prétendent aujourd’hui le contraire, c’est uniquement par complaisance. La réalité des chiffres est édifiante : l’OPEP, qui produit environ un tiers du brut mondial, a pompé quelque 32,3 millions de barils par jour (mbj) au premier trimestre 2016, tandis que la production saoudienne a atteint à elle seule 10,13 mbj de janvier à avril (+3,5 % sur un an). Dans un cycle normal, lorsque le prix du baril augmente, les investissements en amont augmentent et entraînent avec eux l’offre qui équilibrera le marché. La situation d’aujourd’hui est inquiétante parce qu’elle décourage les capitaux par sa chronicité.

Selon l’Agence internationale de l’Énergie, les investissements dans l’exploration-production devraient chuter pour la deuxième année consécutive en 2016 : après un recul de 24 % l’an passé, ils devraient à nouveau diminuer de 17 % cette année, ce qui laisse plusieurs analystes penser que le marché pourrait même être confronté à un déficit d’offre dès les années à venir. C’est justement sur cette thèse que les membres de l’OPEP s’appuient pour soutenir que ce soit au sein de l’OPEP ou non, et les consommateurs sont convaincus qu’un prix juste est nécessaire pour tout le monde afin d’obtenir un retour sur investissement raisonnable et investir dans cette industrie. Ce qui est logique mais des considérations géopolitiques en veulent autrement.

Les Etats-Unis ont prévalu leur stratégie politique en supportant ses effets secondaires pour la simple raison que leur situation n’est guère rassurante. Il est pratiquement certain que les producteurs américains sont aux abois. Il y a eu beaucoup de faillites et les dernières nouvelles montrent que le nombre d’appareils de forage a été divisé par trois. On est passé de 1900 appareils à près de 500 appareils. De plus, la production américaine, contrairement à ce que dit la presse, a chuté. La courbe de production américaine, après avoir atteint le niveau record de 9,61 millions de barils jour en juin, a finalement commencé à baisser. Cependant, les Etats-Unis ont commencé à augmenter leur niveau de stock au-delà de sa valeur moyenne dès le mois de janvier 2016. Les stocks américains sont passés de 380 millions à 490 millions de barils. Plus de 25% d’augmentation, soit 100 millions de barils sur environ 100 jours ouvrables. Les pays industrialisés qui ont des capacités de stockage ont fait pareil avec un pétrole bradé.

Un pays comme la France a gagné 25 milliards de dollars du fait de la chute des prix. L’arrivée des gaz de schiste et des pétroles de schiste a fait long feu. Le secteur du schiste est maintenant financièrement sous stress-tests. Cela fonctionnait bien dans un environnement caractérisé par des prix du pétrole brut relativement élevés et une politique monétaire ultra-accommodante. Ce n’est plus le cas avec les nouvelles décisions de la FED.

4- Les faillites s’envolent dans le secteur pétrolier américain

Au moins 67 compagnies pétrolières et gazières américaines ont fait faillite entre 2015 et 2016, selon le cabinet de conseil Gavin/Solmonese. Cela représente une hausse de 379% par rapport à l’année précédente où le cours du pétrole était nettement plus élevé. Même Chesapeake Energy (CHK), l’une des entreprises les plus connues lors de l’essor du schiste, a été contrainte de démentir les rumeurs de faillite alors que son action chutait lourdement. L’augmentation spectaculaire des faillites correspond à une baisse du cours du pétrole qui est passé de 110 dollars le baril à la mi-2014 à 45 dollars environ aujourd’hui. Cette hausse des dépôts de bilan est liée également à la baisse du prix du gaz naturel qui est à son plus bas niveau depuis près de 14 ans. Lorsque le cours du pétrole se situait dans une zone comprise entre 90 et 100 dollars le baril et que le boom du pétrole de schiste décollait, les entreprises s’endettaient massivement pour financer les forages coûteux. Mais la forte production de pétrole aux États-Unis a créé une surabondance phénoménale de l’offre ce qui a engendré un effondrement des cours du pétrole. En mars dernier, Quicksilver Resources basé à Worth Fort s’était effondrée sous le poids de plus de 2 milliards de dollars en dette contractée pour financer ses forages dans le Barnett Shale situé dans le nord du Texas, dans le bassin Bend Arch-Fort Worth.

Il est clair que cette démarche, confirmée par la réunion des G20 début septembre, réconforte l’alliance occidentale contre le comportement de Poutine dans son intention de renouer avec la guerre froide mais elle entraîne avec elle de nombreux pays dont les recettes pétrolières demeurent la ressource pour leur développement économique comme l’Algérie, le Venezuela, le Nigeria pour ne citer que ceux-là. Les pays du Golfe ont, eux, une assise financière qui les met en dehors de toute difficulté sans compter la garantie de leurs alliés américains.

Conclusion

Jusqu’à quand l’Algérie continuera à lier son sort à celui du prix du baril ? Elle éternue à chaque fois qu’il baisse de quelques cents. Devra-t-elle continuer à mobiliser toute sa diplomatie pour tenter de convaincre ses alliés de l’OPEP dont la majorité poursuivent des visées politiques qui n’ont rien à voir avec les objectifs de la corporation ? De quel gel parle-t-on ? Les deux principaux producteurs de la planète qui sont la Russie et le Royaume de l’Arabie Saoudite pompent actuellement à leur pleine capacité. L’Iran, l’Irak et la Libye ne peuvent pas étant donné leur situation particulière de se permettre de ne pas inonder le marché à chaque fois qu’ils réparent leur module.

Le signal envoyé au marché par l’Agence Internationale de l’Energie (EIA) dans son dernier rapport est clair et semble avoir été reçu 5 sur 5 par les consommateurs puisque les prix du baril n’ont fait que fluctuer autour de quelques cents de dollar. Cette agence qui relève du Département américain de l’énergie prédit une augmentation de l’offre de l’Organisation des Pays exportateurs de pétrole (OPEP) en 2017, tout en tablant sur un prix du Brent à 43 dollars le baril pour 2016 et à 52 dollars en 2017, avant de se redresser davantage pour atteindre, selon elle, 58 dollars durant le dernier trimestre de l’année prochaine. Elle écarte avec assurance toute velléité de changement de la stratégie actuelle de l’OPEP et un geste quelconque vers la baisse de production de ses quatorze membres du moins sur le court terme.

L’Agence étaye son approche par retracer l’historique des hausses de l’offre depuis 2014 qui atteignent parfois près d’un million de baril par jour et devraient se poursuivre jusqu’au 2017. L’essentiel de cet excédent vient de l’Iran et des extractions en Irak et en Arabie saoudite. Pourtant, si l’on se réfère au statut de la corporation des pays exportateurs de pétrole, pour stabiliser et arriver à un prix convenable pour les deux parties, les quatorze membres doivent mettre tous la main à la poche pour éponger près de deux millions de barils qui font actuellement la différence offre/demande. Ils perdront en volume qui sera stocké mais gagneront dans les prix qui peuvent atteindre facilement 80 dollars le baril.

Au lieu de s’attaquer à cette vraie question qui mesure son poids réel sur le marché, l’OPEP bricole avec ce concept de gel que personne ne respecte d’abord, ensuite élude sciemment le surplus actuel sur le marché estimé si l’on compte les producteurs hors-OPEP encore une fois à plus de deux millions de barils par jour.

Rabah Reghis, Consultant et Economiste Pétrolier

Lire la première partie : Le prix du baril se redressera mais pas avec le bricolage de l’OPEP (I)

Source : lematindz.net

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