Le revenant Chakib Khelil sera-t-il le prochain président ? (I)



En février 2016, j’avais annoncé le retour de Chakib Khelil en insistant sur le fait que l’instigateur principal de la conspiration contre l’Algérie (réf. le complot) n’a, en réalité, jamais quitté le clan présidentiel. Pour tout citoyen algérien, ce retour de flamme parait incroyable, même s’il est conscient qu’il vit dans un pays meurtri par des années de terrorisme et broyé par un processus de désoccidentalisation de la société pour maintenir au pouvoir une famille « révolutionnaire » ignare.

Lobotomisé, le peuple algérien, hier fier et rebelle, accepte comme une fatalité tout ce que des moins-que-rien lui imposent. En très peu d’années, il a perdu ses marques identitaires et oublié les sacrifices de ses aînés face au système colonial. Comment en est-on arrivé à ce stade où on renonce à sa dignité pour se laisser diriger par un clan de mafiosis qui prépare le chaos ?

Le peuple inquiet est à l’écoute. Il se demande s’il n’est pas déjà dans l’antichambre qui précède la destruction du pays.

Tout a commencé avec l’usage de la rente pétrolière et de l’école à des fins politiques, un moyen efficace d’élargir la base du régime et de contrôler les classes de la société qui acceptent toutes de se taire, de fermer les yeux et de se boucher les oreilles. Ce silence assourdissant du peuple devient propice à toutes sortes d’abus et à la mise en place de nombreuses mesures d’accompagnement qui ont pour seul but de préparer une chute en enfer.

En moins de vingt ans, l’Algérie a été transformée en une immense ferme où on pratique un élevage intensif de citoyens dociles sous le regard vigilant du Big Brother qui distille sa propagande mensongère à travers un important réseau de communication. Sans chercher à comprendre, le peuple algérien a accepté de jouer le rôle de la bête qu’on engraisse avec des discours creux qui vont l’emmener à l’abattoir. Quand se réveillera-t-il pour voir la vérité qu’on lui cache ?

Entendons-nous bien, la vérité ce n’est pas d’apprendre que les organes sociaux de Sonatrach ont été qualifiés d’association de malfaiteurs par la justice. Ce n’est pas rien de savoir que la bergerie qui fait vivre le pays a été confiée à une meute de loups. Pour ceux qui ne le savent pas encore, le chef de la meute qui a été importé d’Amérique du Nord a toujours dirigé (malgré son éloignement virtuel) le secteur de l’énergie à travers ses louveteaux, toujours en poste à Sonatrach, Sonelgaz et dans les Agences.

Ce ne sont pas, non plus, les révélations de la justice italienne, confirmées par celles du « Panama Papers« , qui réveilleront la population. La vérité qui déclenchera la réaction du citoyen, c’est la peur d’avoir faim et cela arrivera en temps voulu et dans la rue.

Les membres de la maffia ont assassiné Mohamed Boudiaf et écarté Liamine Zeroual pour placer comme Président un homme accusé par la Cour des comptes de détournement de fonds publics qu’il n’a jamais remboursés. L’absence de réaction populaire face à ces actes de provocation a démontré que cette maffia a réussi à modeler la forme de pensée du citoyen lambda algérien, déjà pré-conditionnée par l’arabisation irréfléchie, la répression et les prêches des salafistes. En 1999, les décideurs de l’ombre estiment que la voie est libre et que le temps est venu de convoiter des places dans le classement international de Forbes en s’inspirant des méthodes utilisées par les oligarques russes sous Boris Eltsine pour devenir milliardaires en dollars. On a fait miroiter aux membres influents du système qu’ils pouvaient devenir actionnaires d’une Sonatrach cotée en bourse, un moyen de s’enrichir rapidement et légalement sans avoir à blanchir l’argent sale de la corruption. Cet objectif figure probablement encore dans la feuille de route du système.

Se mettant à leur service, Bouteflika en fait une priorité durant son premier mandat et réussit, en 2005, à imposer une loi sur les hydrocarbures, conçue et rédigée à Washington, destinée à priver le peuple algérien de ses ressources non renouvelables. Tout le monde se rappellera que le peuple algérien doit son salut à l’exorciste indien Hugo Chavez, Président du Venezuela, qui s’est déplacé à Alger pour exorciser une loi démoniaque votée par un parlement envouté. On devrait lui ériger une statue, en face de l’APN, pour conjurer le mauvais sort qui nous a été jeté par les zaouïas gavées par Bouteflika.

Bouteflika est un agent double. Il n’est pas seulement un délinquant de haut vol recruté par des factions mafieuses du pouvoir de l’ombre pour satisfaire leur appétit insatiable pour l’argent, c’est avant tout l’agent d’exécution d’une feuille de route machiavélique conçue par ses parrains étrangers. Le système (que Bouteflika a enrichi) l’a toujours coopté, croyant qu’il serait en mesure de le contrôler. C’est mal connaitre le personnage et sous-estimer le pouvoir de nuisance de ses parrains.

Pour arriver à ses fins, Bouteflika a plié plusieurs fois devant la mafia sans céder, en attendant patiemment de prendre sa revanche. Sa reconduction en tant que Chef de l’Etat pour un troisième mandat s’est probablement négociée en échange (notamment) du verrou 51/49 qui allait mettre un frein aux accords scandaleux signés de gré à gré avec de généreux amis étrangers (Vilar Mir, Sawiris..). Quant au quatrième mandat, la concession de Bouteflika fut encore plus importante car il accepta d’écarter son ami d’enfance Chakib Khelil alors qu’il s’apprêtait à le désigner comme Chef de gouvernement.

Placé en pilotage automatique depuis avril 2014, le gouvernement n’est pas perturbé par le handicap physique du Président dans la mesure où il maîtrise parfaitement les deux « constantes » de la feuille de route, à savoir:

  • la détérioration du système éducatif en vue d’empêcher la formation de ressources humaines de qualité, susceptibles de relever les défis auxquels nous allons faire face ;
  • la destruction programmée de l’économie qui va conduire à la perte de toute souveraineté.

Pour faire simple, les objectifs (pratiquement réalisés) visés par la redoutable feuille de route ont été :

  • l’encouragement au départ pour les cerveaux et le sabotage de la formation;
  • le contrôle du secteur de l’énergie pour freiner l’exploration afin d’empêcher le renouvellement des réserves d’hydrocarbures, tout en gaspillant frénétiquement les gisements et la production (sans assurer une transition énergétique) ;

L’objectif ultime de ce plan n’est plus un secret dans la mesure où plusieurs experts algériens et étrangers prédisent une crise énergétique sévère à l’horizon 2030. Cette crise va, dans un premier temps, priver l’Algérie de ses ressources financières avant de la plonger dans le noir, faute de gaz naturel. Chakib Khelil a toujours joué un rôle prépondérant dans l’exécution de ce plan. Il suffit d’examiner le choix des managers, l’énorme gaspillage de son modèle de consommation énergétique et le bilan déplorable de l’agence Alnaft qu’il a mis en place en 2008 dans le cadre de la loi 2005 sur les Hydrocarbures pour savoir ce qui nous attend.

A partir du 4e trimestre 2014, la baisse durable et importante des cours du pétrole brut alarme certains acteurs algériens. Paradoxalement, l’énorme déficit budgétaire n’inquiète pas vraiment le clan présidentiel qui en profite pour renforcer ses positions au sein du système. En septembre 2015, Bouteflika passe à l’offensive et prend le contrôle total du pouvoir en s’alliant à un clan d’affairistes pour neutraliser ses adversaires, notamment au sein de l’Armée. On sait aujourd’hui que cette prise de pouvoir a pour objectif de résilier les accords qui avaient permis sa réélection durant les deux derniers mandats. La loi de finances 2016 et la future réintégration de Chakib Khelil sont des préparatifs pour réactiver la feuille de route et poursuivre la mission de trahison (ce qui a poussé certaines personnalités politiques et militaires bien informés à protester ou à se démarquer). L’équipe du premier cercle présidentiel se retrouve renforcée avec l’entrée en piste d’hommes d’affaires « internationaux » comme Haddad et Bouchouareb.

Après avoir écarté les opposants potentiels au sein de la mafia, Bouteflika organise un simulacre de procès limité à Sonatrach 1, non sans avoir annoncé la couleur en faisant inviter Chakib Khelil en tant que VIP à l’ambassade d’Algérie à Washington le 1er novembre 2015. La suite logique est, bien entendu, le retour au pays de l’enfant prodige d’Oujda avec l’assurance (donnée par l’Oncle Sam?) qu’il ne sera pas poursuivi par la justice.

C’est donc un fait indéniable, l’Algérie est dirigée par une bande de malfrats soutenus par des pays corrupteurs occidentaux qui assurent le blanchiment de leurs butins illicites et la protection contre toute poursuite judiciaire. Les révélations d’Unaoil et de « Panama Papers » sur les résidences luxueuses à l’étranger et les comptes bancaires détenus en Suisse et au Luxembourg (et ailleurs..) des membres du gouvernement n’y changeront rien.

Comme tous les prédateurs, ces loups marquent leur territoire en urinant sur les institutions et en hurlant dans leurs médias leur mépris pour le peuple. Même le sport n’échappe pas à leur emprise, puisque là aussi, ils ont osé rappeler un malfrat pour diriger le MCA promue au rang de filiale de Sonatrach.

Certains acteurs pensent que Chakib Khelil est venu se réfugier en Algérie pour éviter toute poursuite judiciaire. Ayant constaté le traitement protocolaire de sa campagne de réhabilitation avec un important dispositif des forces de sécurité et des ministres à sa disposition, des journalistes parlent maintenant d’une nouvelle provocation contre le peuple. En réalité, il ne faut pas s’étonner de voir plusieurs membres du gouvernement (réf. Complot contre l’Algérie: la baisse des prix du pétrole va faire tomber les masques) participer à la campagne de réhabilitation d’un personnage qui n’a jamais été un simple ministre (plusieurs généraux qu’il a envoyés en retraite peuvent en témoigner). La tournée des zaouïas se transforme peu à peu en campagne électorale nationale au cours de laquelle l’Américain rassure sur l’évolution des prix du pétrole et déclare être porteur d’un message de paix (rédigé à Washington par l’Oncle Sam ?) « Ensemble, je souhaiterais que nous travaillions pour que notre Algérie continue de vivre en toute paix et sécurité … »

Le retour aux affaires de Chakib Khelil est-il imposé par les parrains pour rassurer certains investisseurs étrangers qui sont préoccupés par les incertitudes liées à la succession de Bouteflika et aux conséquences d’une éventuelle crise financière? Cette théorie est supportée par l’aplomb incroyable du gouvernement qui ne semble pas craindre de connaître le sort de certains pays. Un gouvernement qui ne ressent pas le besoin d’introduire des réformes sérieuses et qui continue à importer des oranges d’Espagne ! Nous attendons avec impatience qu’il nous dévoile son nouveau modèle économique basé sur la compétitivité (lire la concurrence).

Pour certains membres de la maffia qui s’inquiètent de l’aggravation de l’état de santé de Bouteflika, Chakib Khelil président représente la garantie de l’impunité, l’alibi pour les dilapidations, la promesse d’un soutien des milieux financiers internationaux et donc la stabilité sociale pour un certain temps. Mais, ils savent aussi qu’il y a un prix à payer.

La plupart des Algériens ont des raisons d’être inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants. Pour le court terme, il est établi que le FFR va s’épuiser en 2017 et que les réserves de change disparaîtront dans trois ans au plus tard dans l’hypothèse très probable où les prix du brut restent en dessous de 60 $/baril. Par conséquent, en 2020, l’Algérie sera dans l’obligation de recourir à l’endettement externe.

Au niveau des prévisions à long terme, Attar, ancien PDG de Sonatrach, prédit que la consommation nationale réduira sensiblement les exportations au plus tard dans dix ans (réf. Le Soir d’Algérie du 21/04/16). D’autres experts, plus pessimistes, déclarent qu’en 2030, l’Algérie, ne pourra plus satisfaire la demande nationale en carburants et renouera avec le délestage au niveau de la distribution d’électricité. (A suivre)

Sid Kaci

Lire l’article depuis sa source : lematindz.net

Laisser un commentaire