Le révolutionnaire des gens ordinaires



Sharon Ransavage est venue de loin pour voir Bernie Sanders dans le New Hampshire dimanche. «J’ai commencé à m’intéresser à la politique dans les années 60 grâce à JFK (ndlr: le président John Fitzgerald Kennedy)», glisse l’avocate domiciliée à Flemington, une ville conservatrice du New Jersey. «Je suis ici aujourd’hui car les Etats-Unis basculent à droite et nous avons besoin d’un vrai progressiste comme Bernie, qui a passé toute sa carrière politique à se battre pour les gens ordinaires.»

Bernie Sanders, âgé de 74 ans, cultive son image de révolutionnaire du peuple. Il parle comme les foules qu’il draine à travers les Etats-Unis. Et il revendique sa pureté idéologique face à une Hillary Clinton qu’il accuse d’avoir vendu son âme à Wall Street. De l’Iowa au New Hampshire, ce message résonne auprès des foules majoritairement blanches, dans lesquelles les étudiants aux idéaux progressistes côtoient des soixante-huitards rêvant d’une Amérique socialiste et des jeunes familles sensibles à l’assurance-maladie bon marché que promet Bernie Sanders.

«Politicien rafraîchissant»

Kara Swanson, âgée de 30 ans, doit rembourser une dette de 35 000 dollars contractée pour payer ses études et espère que «Bernie» instaurera la gratuité de l’enseignement dans les universités publiques s’il est élu président des Etats-Unis. Jason Gallison, âgé de 28 ans, a emmené son fils Hudson, 3 ans, pour son premier meeting électoral dimanche. «C’est un politicien rafraîchissant», explique le jeune père de famille travaillant dans la finance. Jason Gallison vote «en général républicain» mais ne se reconnaît plus dans des candidats conservateurs «tellement à droite qu’ils ne s’identifient plus à un électorat modéré».

La méfiance envers Hillary Clinton est constante chez les fans de Bernie Sanders. Ils reprochent surtout à l’ancienne sénatrice de New York une ambition sans limites et son vote autorisant la guerre en Irak en 2002. Maureen Dorley, une sexagénaire originaire de Virginie, apprécie Bernie parce qu’il «utilise le pronom «nous» lorsqu’il parle de sa révolution politique». Pour beaucoup de supporters rencontrés dans le New Hampshire et l’Iowa, Bernie Sanders incarne l’avenir progressiste de l’Amérique esquissé par Barack Obama. «C’est le meilleur président que nous ayons eu depuis longtemps», assure Shayna Henkel-Miller, une étudiante en philosophie de 24 ans. «Mais Bernie est le meilleur candidat depuis un demi-siècle car il est le plus progressiste.»

Soutien de Garner

En ce dimanche après-midi à Portsmouth, Tatyana Marotto, une étudiante afro-américaine de 20 ans, manifeste bruyamment son soutien à un politicien «énergique» qui lui «rappelle son grand-père». Mais à l’heure où le Nevada, avec son électorat hispanique, et la Caroline du Sud, la première «primaire noire» du calendrier, se préparent à voter respectivement les 20 et 27 février, Bernie Sanders est confronté à une réalité: Hillary Clinton est très populaire auprès des Afro-Américains et des Hispaniques.

«Bernie» peut néanmoins compter sur le soutien d’Erica Garner. La fille d’Eric Garner, un New-Yorkais décédé au cours d’une arrestation musclée en 2014, fait campagne pour lui en Caroline du Sud. Elle a récemment affirmé dans le Washington Post que Bernie Sanders n’était pas le genre de politicien qui «nous donne des miettes de pain et s’attend à ce que nous soyons rassasiés».

(24 heures)

Source : Par Jean-Cosme Delaloye

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