« Le terroriste et l’enfant », d’Akli Abbou : la décennie rouge narrée sans filet



L’écriture est simple, elle est à l’image de la netteté, du tranchant (sans jeu de mots) qui ont caractérisé les crimes commis par les intégristes islamistes en Algérie.

Cette écriture dépouillée mais juste trouve, tout de même, le moyen de dire sans aucune dose de dramaturgie, l’indicible tragédie qui a emporté un quart de million d’Algériens.

L’auteur, Akli Abbou, a été agent de saisie à « Algérie -Actualité » où il a eu à côtoyer tout le magma culturel du pays avant de devenir, lui-même, journaliste et témoin direct de l’entreprise meurtrière dont a souffert l’Algérie, dix années durant, lorsque l’exil, se faisant refuge, est venu toquer à la porte des plus téméraires, des plus résistants.

Abbou, pendant les années de feu avait rejoint » Le Matin », puis « El Watan » avant d’être lui-même, pour des raisons qui ne sont même plus à expliquer poussé vers la sortie. Il survit aujourd’hui en France. A l’instar de ses semblables. Comme il peut. Mouloud Mammeri disait: « celui qui veut se frayer un chemin à travers la neige (les séracs), avance comme il peut, pas comme il veut. »

Le terroriste est un voisin, peut-être le plus proche, l’enfant est le fils de Yamina, une mère de famille, universitaire mais bien algérienne, toute entière vouée à sa famille et surtout à son mari Ali, policier pris dans la tourmente du volcan terroriste. Nassim l’enfant du couple est un enfant qui ressemble à tous les garçons des cités algéroises: futé, intelligent, espiègle et surtout très famille. Il adore sa mère, toute entière, dévolue à ses désirs, il admire son père, cet homme accaparé par l’unique projet de modeler l’avenir de sa petite tribu.

Un jour, le crime majeur, celui qui vous déglingue une vie, des vies, des familles entières, advient sous les yeux du gamin qui rêvait d’un monde juste et d’un futur radieux. Nassim est emporté par un tsunami qui va être infini, qui va durer des décennies …

Nassim, le fils de tous les Algériens, talé à jamais par les assassins, aujourd’hui, absous, scarifié par l’innommable, jusqu’à la fin de sa vie. Le reste, cette très pudique, très authentique manière de raconter cette période sombre de l’Algérie est à découvrir dans le roman très vrai de Akli Abbou.

Meziane Ourad

Le terroriste et l’enfant d’Akli Abbou, édité chez les éditions L’Harmattan

Collection: Lettres du monde arabe

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