Le textile s’inquiète après le massacre de Dacca



BangladeshL’industrie, deuxième exportateur mondial, redoute de voir les étrangers se détourner en raison du manque de sécurité.

La tuerie perpétrée dans un café huppé de Dacca sème la crainte d’une fragilisation de l’industrie textile au Bangladesh. Or il s’agit d’un secteur clé de l’économie qui approvisionne en vêtements bon marché les grandes marques mondiales d’habillement.

«Cette attaque va détourner les étrangers» du pays, craint Faruque Hassan, vice-président de l’association des fabricants et exportateurs d’habillement du Bangladesh. L’organisation représente 4500 fabricants de vêtements.

«L’impact de cette attaque va être très préjudiciable pour le secteur. Nous sommes extrêmement inquiets», a ajouté Hassan, dont le groupe Giant Group fournit des habits à des chaînes de distribution comme Marks&Spencer et Next.

Numéro deux mondial

Le Bangladesh, deuxième exportateur mondial de textile derrière la Chine, est déjà secoué depuis des mois par une vague de meurtres de membres de minorités religieuses, d’intellectuels et d’étrangers revendiqués par des groupes djihadistes.

La population bangladaise, confrontée à un paysage politique instable depuis son indépendance en 1971, craint de voir le chaos se propager. Sous pression, la police a arrêté 1000 personnes en juin en réaction aux assassinats en série.

«La crise des otages de Dacca est une tragédie terrible qui montre combien la sécurité s’est dégradée dans le pays», estime Sarah Labowitz, co-directeur du NYU Stern Center for Business and Human Rights à New York.

La violence représente «une menace sérieuse pour l’économie», ajoute-t-elle. «Ce type d’attaque va certainement éloigner les acheteurs (de textile) pour quelques mois jusqu’à la saison d’achats des fêtes» de fin d’année.

Le Bangladesh, dont un quart des 160 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté, affiche une croissance d’environ 6% pratiquement chaque année depuis 2000. Une performance largement portée par les exportations de textile qui représentent 80% des biens exportés chaque année. Le secteur emploie plus de quatre millions de personnes, essentiellement des femmes pauvres venant d’un milieu rural.

Ne pas céder à la peur

Le Bangladesh risque de souffrir des mêmes maux que son rival, le Pakistan, juge Ahsan Mansur, ancien représentant du Fonds monétaire international (FMI) à Islamabad. «J’ai assisté au déclin d’une économie prometteuse devenue un point chaud du terrorisme. Cette attaque me rappelle cette époque, même si j’espère que cela ne va pas évoluer de la même façon», dit M. Mansur qui dirige désormais le Policy Research Institute, un think tank basé à Dacca.

Quand la violence djihadiste s’est développée au Pakistan, se souvient-il, les premiers signes d’affaiblissement financier furent le départ des familles expatriées puis la chute du commerce et de l’investissement. «Que le Bangladesh soit perçu comme un carrefour potentiel pour le terrorisme peut sérieusement nuire au potentiel de nos exportations et à nos perspectives de croissance», estime-t-il.

Ses exportations d’habillement ont progressé de 10% sur 12 mois clos fin juin. Elles ont atteint 27,3 milliards de dollars (26,3 milliards de francs).

Les spécialistes de l’industrie textile soulignent que la violence touche de nombreux pays émergents où la main-d’oeuvre est bon marché. Ils ajoutent que la menace djihadiste est mondiale. «Si les étrangers cèdent à la terreur, le terrorisme aura atteint son objectif politique», relève Devangshu Dutta, directeur général du cabinet de conseil en distribution Third Eyesight, basé à New Delhi. (ats/nxp)

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