L’Ecosse est europhile depuis des siècles. Pourquoi? Voici quatre raisons.



BrexitLa première ministre écossaise est à Bruxelles pour tenter de maintenir sa petite nation dans l’Union européenne.

Première ministre de l’Ecosse, Nicola Sturgeon a fait le voyage de Bruxelles, ce mercredi, pour donner de la voix au sein de l’Union européenne. Si les Anglais ont décidé (à 53%) de rendre leur carte de membre, ses concitoyens à elle veulent la conserver (à 62%).

A tout prix? C’est bien ce que la cheffe du Parti national écossais est allée dire à Martin Schulz, qui préside le Parlement européen, puis à Jean-Claude Juncker, qui dirige la Commission européenne. Elle n’a pas obtenu d’entretien avec Donald Tusk, le président du Conseil européen qui regroupe les leaders des Vingt-Huit.

Mais au fond, pourquoi l’Ecosse veut-elle à ce point faire partie de l’Europe?

1. Le sentiment anti-Anglais

Bien sûr, le ressentiment contre l’Angleterre y est pour beaucoup. Au sein du Royaume-Uni, les 5 millions d’Ecossais ont l’impression de ne pas peser lourd. C’est fâcheux puisqu’ils votent plutôt à gauche alors que leurs voisins du sud sont davantage conservateurs. Mais le ressentiment a des racines bien plus anciennes. L’Ecosse, longtemps souveraine, n’a jamais vraiment digéré son union en 1707 avec l’Angleterre au sein de la Grande-Bretagne. La réintroduction, en 1999, d’un parlement à Edimbourg n’aura pas suffi: c’est le Parti national écossais qui a accédé au pouvoir en 2011. Certes, la majorité des électeurs a voté «non» à l’Indépendance en 2014, en partie par crainte de se retrouver exclus de l’UE.

2. Le lien avec la France

Les liens européens de l’Ecosse sont profondément ancrés dans son histoire et leur mémoire reste vivace. Autant l’Angleterre se sentait menacée par le continent, autant la lointaine Ecosse y a trouvé un allié indispensable pour contrer la «perfide Albion». Un pacte militaire scellé avec la France en 1295. Au nom de cette «Auld Alliance», des mercenaires écossais ont combattu dans les armées françaises jusqu’à la Réforme. Mais les rois de France eurent des gardes écossais jusqu’en 1830. Les marchands écossais avaient priorité sur les crus bordelais. Et jusqu’en 1903, tout Ecossais pouvait devenir automatiquement Français.

3. La réforme de Calvin

La «Church of Scotland», Eglise officielle d’Ecosse, est calviniste. La Réforme de 1560 y a été apportée, entre autres, par John Knox, de retour de plusieurs années passées à Genève, la Rome protestante. Il est l’un des quatre personnages centraux sur le Mur des Réformateurs, au parc des Bastions.

4. Les idées néerlandaises

A partir de la Réforme, les mercenaires écossais œuvraient au sein des armées protestantes, en Scandinavie mais surtout aux Pays-Bas. Les élites y envoyaient leurs enfants étudier. Ils en ramenèrent des idées nouvelles sur les libertés parlementaires ou académiques (l’Université d’Edimbourg s’inspire de celle de Leiden) et copié les pratiques économiques: la Banque d’Ecosse fondée sur le modèle de la Banque d’Amsterdam et la Compagnie d’Ecosse imitant la Compagnie néerlandaise des Indes orientales, commerçant avec l’Afrique et l’Asie. L’Ecosse, c’est sûr, fut jadis à la pointe de l’Europe.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Andrés Allemand

Laisser un commentaire