La légende du forgeron de Qalus



-Au feu ! Au feu ! Au feu !

-Au secours ! Sauvez-nous !

-ô gens de bien, aidez-nous !

-Vite, nous risquons de périr !

Au village de Qalus, les larmes ruisselaient et les cris empreints de souffrances intenses fusaient dans la nuit. Les femmes s’arrachaient les cheveux, les filles se griffaient les joues…Des cris de détresse fusaient des toits des maisons dont les portes étaient fermées à clef. Les vieux toussaient incommodés par la fumée, les enfants pleuraient, gémissaient. Les gens périssaient acculés par les feux. Les animaux domestiques (vaches, bœufs, chèvres…) affolés, sortaient de leur étables en désordre accentuant le spectacle de désolation.

Le feu crépitait et se propageait rapidement d’un toit à l’autre, d’une maison à l’autre, attisé par un vent violent. Les flammes géantes qui prenaient de plus en plus de l’ampleur brulaient tout sur leur passage : les gens, le mobilier, les animaux, les maisons…Il n’a pas fallu longtemps pour réduire tout le village de Qalus en cendres.                                                                                                                     Les habitants étaient pris au piège comme des rats dans leurs maisons. Même ceux qui ont voulu s’échapper par les fenêtres, les murs ou les toits ont été abattus impitoyablement par leurs ennemis du village voisin de Tawrirt qui ont encerclé tous les endroits névralgiques du village. En l’espace d’une nuit macabre, tous les citoyens de Qalus ont été exterminés sans exception.

Les gens de Tawrirt jubilaient. Ils viennent de prendre une terrible vengeance sur leurs ennemis jurés. Mais, pourquoi tant de haine ?

Akli Aheddad comme le surnomment les habitants de Qalus, sait manier avec dextérité le feu, étant forgeron de profession. Du matin au soir, il dompte le fer à l’aide du feu. Les flammes qui sont diaboliques pour les autres sont des alliées pour lui.

Akli a juré de prendre sa revanche sur ceux qui l’ont dépossédé de son honneur, de sa maison, de ses biens…le réduisant à néant. Quant il se remémore l’injustice dont il est victime, il devient fou comme un serpent venimeux ou un chien enragé. Voici un résumé de son histoire :

Un jour, un invité débarqua au village de Qalus. Il est accueilli, logé et nourri comme le veut la tradition hospitalière Kabyle. Mais, cet invité n’est pas comme les autres. Il a des mains en or, capables de fabriquer des outils utiles aux nombreux paysans qui avaient grand besoin de haches, de faucilles, de pioches…pour labourer leurs terres et tailler leurs oliviers…Alors, ils prièrent Akli Aheddad de rester dans leur village.

Akli vécut chez une vieille veuve qui habitait avec sa fille à la sortie du village. Le forgeron installa sa forge et commença à travailler. Il gagnait très bien sa vie. En échange de ses services, les villageois lui donnaient toutes sortes de biens : orge, blé, farine, beurre, sucre, miel, lait, figues…

Sentant sa mort imminente, la veuve voulut partir la conscience tranquille en unissant sa fille avec le brave forgeron. Ils exaucèrent ses dernières volontés avec l’assentiment du comité du village.

Le temps passe, la réussite d’Akli commence à susciter l’envie et la jalousie. Djedjiga ne se sent pas comblée avec un homme aux cheveux grisonnants qui fait le double de son âge. Elle commence à répondre aux sollicitations de Mqidec qui la courtise et lui fait les yeux doux. Elle finit par tomber follement amoureuse de lui.

Mqidec arrive à soudoyer quelques citoyens de son village qui ont attesté devant l’assemblée du village avoir entendu Akli répudier sa femme en utilisant la formule d’usage trois fois de suite comme le veut la tradition religieuse :   « Tu es répudiée devant Dieu et les hommes. »

Consulté sur la question, l’imam du village donna son aval en se référant aux versets coraniques contenus dans le Coran.

Djedjiga se remaria avec Mqidec laissant le forgeron meurtri  dans sa chair, son honneur et sa dignité. Il est dépossédé de tout son patrimoine à l’exception de son atelier de forge. Akli prend son mal en patience en ruminant sa vengeance. L’occasion idéale se présente quand les villageois viennent lui commander des serrures pour pouvoir fermer leurs portes à clef afin de vaquer tranquillement à leurs occupations sans peur d’être cambriolés.

Pour chaque serrure fabriquée, il prit soin de garder le double des clefs. Un jour, il exposa son idée géniale et diabolique aux voisins ennemis de Tawrirt.

Ils s’empressèrent d’accepter. De bonne heure, il ferma toutes les portes des maisons de Qalus de l’exterieur et les citoyens de Tawrirt firent la triste besogne.

Une nouvelle de Kamal Bouamara extraite de son recueil « Nekni d wiyid ».

Adaptée par Hammar Boussad.

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