Les associations amazighes du Maroc dénoncent



Dans le cadre de ses activités pour la promotion de la langue, la culture et l’identité Amazighe, la Fédération nationale des associations amazighes au Maroc a envoyé le 15 septembre 2016 au comité des droits humains (CCPR)  son rapport parallèle sur les droits culturels et linguistiques amazighs au Maroc.

Une délégation qui représente la FNAA a participé, à la 118e session  du comité des droits humains (CCPR : Centre for Civil and Political Rights), au palais Wilson a Genève le 24 et 25 Octobre 2016,  qui est consacrée au traitement du 6e rapport périodique du gouvernement Marocain. Le Maroc étant l’un des 167 états ayant ratifié le pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), le comité des droits humains, lors de la réunion du mois de juillet 2016, a convoqué le gouvernement marocain afin de soumettre des éclaircissements en matière des droits culturels et linguistiques amazighs et des réponses écrites notamment sur les recommandations concernant les points à traiter, relatives au sixième Rapport gouvernemental relatif aux droits civils et politiques  suivantes :

Quelles sont les mesures concrètes, ont été  prise  pour lutter contre les discriminations dont les Amazighs  font l’objet ?

A quels niveaux l’adoption de la loi faisant de l’amazigh une langue officielle a aboutit à des effets réels ?

Les mesures prises pour promouvoir et soutenir l’enseignement dans la langue amazighe qui devait être généralisé à tous les niveaux de l’enseignement primaire depuis des années ?

Quels sont les appuis effectifs,  apportés aux Amazighs afin de leur permettre de participer dans la préservation et la promotion dans tous les espaces publics de leur culture, leur langue et tout autre aspect de leur identité ?

Dans ce sens, et afin d’éclairer les experts sur l’écart énorme, entre ces recommandations et la réalité sur le terrain, dans sa prise de parole lors de la séance d’ouverture devant l’assemblée, Le délégué de la FNAA a souligné que la langue amazighe comme langue officielle est jusqu’à aujourd’hui enseignée seulement à 12.9% des élevés au primaires. Ce qui est de loin en deçà d’en faire une langue d’enseignement comme le revendique depuis des années le mouvement amazigh au Maroc. Le délégué de la FNAA a souligné aussi que la loi Organique qui devait mettre en œuvre le caractère officiel de la langue amazigh au Maroc reste suspendue depuis 2011, le texte de loi proposée, par le président du gouvernement à la veille des élections législative, a été élaboré à la hâte sans associer la société civile ni les organisations amazighes et sans être soumis à aucun débat publique. Cette loi ne répond pas aux recommandations adressées à ce sujet au gouvernement marocain. En précisant dans un paragraphe que « Cette loi vise à améliorer la communication en langue amazighe dans les domaines de priorité ». Ceci montre le caractère discriminatoire dans le statut juridiquement établi de la langue et de l’identité amazigh du Maroc qu’on refuse d’admettre au sein des décideurs. Le fait d’exclure  purement et simplement les ONG amazighes dans le processus de l’élaboration de cette loi est en lui-même significatif de la mauvaise volonté de ses rédacteurs.

Durant cette 118e session, les experts onusiens ont soulevé certaines atteintes aux Droits du peuple Amazigh et des cas de discrimination à l’encontre des amazighs, sur les plans linguistique, culturel, identitaire et même économique. Il a été question aussi d’une partie de ce peuple habitant encore dans des grottes ; et ceci au 21eme siècle. Aux questions des experts, la délégation officielle marocaine a été amenée à présenter des réponses soutenues et argumentées. Les réponses données par le représentant du gouvernement marocain sont édifiantes à maints égards. Au titre du secrétaire général de l’institut royal de la culture Amazighe, Mr Houssine Moujahid, Chargé de présenter les réponses du Gouvernement, a répondu par les propos suivants dont il suffit de lire la transcription partielle  ci après: « Les Amazighs sont des citoyens à part entière…..Ils ne souffrent d’aucune politique Indigène qui a été révolue avec l’indépendance du Maroc. Et ne souffrent d’aucun régime de discrimination dont l’accès à l’éducation, à l’emploi, aux services de santé, aux hautes fonctions de décisions, aux postes de responsabilités, au parlement, aux partis politiques, etc…. Le critère ethnique n’est pas du tout de mise dans la pratique sociale et politique au Maroc. … Le programme de développement économique et sociale bénéficie a toutes les régions du Maroc, et les zones massivement amazighophones…..L’appartenance à la composante culturelle et linguistique amazighe n’est nullement un facteur de marginalisation ou de la dis-précarisation. …  Le mode dit nomade est un système social non exclusif aux zones amazighophones …. C’est un mode socio-culturel sur lequel il faut s’informer comme il se doit. …. l’identité marocaine est plurielle et diversifiée. … Les lois organiques pour la mise en œuvre du caractère officielle de la langue Amazighe couvrent tous les champs de la vie publique et institutionnelle, la justice, l’éducation, l’enseignement, la santé et tous les autres services publics.  …. Et c’est grâce à l’investissement de l’état, qu’il a eu la généralisation de l’enseignement de l’amazigh qui est en net progression depuis 2003». Cette réponse a, encore, suscité la curiosité des experts qui ont repris la parole pour demander des explications écrites. La question à été adressée à la délégation gouvernementale du Maroc  sur le fait que l’enseignement de l’amazigh dit « en nette progression » depuis 2003, alors que seulement le taux de 15% des élèves scolarisés en Amazigh, est cité dans les rapports du Maroc, que ce taux soit resté le même jusqu’à 2009 et que des reculs sont constatés d’année en année en vu de l’absence des budgets alloués.  Les experts ont aussi demandé au Maroc de fournir le nombre exact des ONG qui travaillent pour la promotion de la langue et la culture Amazighes.

De ce fait, en accord avec des objectifs de la « FNAA » en rapport avec l’amazighité du Maroc, la fédération nationale des associations Amazighes (FNAA) tient à informer l’opinion nationale et internationale sur  ce qui suit ·Nous adressons nos remerciements au Comité des droits humains (CCPR) et ses experts  qui exercent leurs fonctions avec sérieux.·Nous recommandons la Refonte des législations consacrant  la différenciation et la discrimination contre la langue amazighe, en vue de les harmoniser avec la convention et la Constitution. ·Notre refus du jeu du pouvoir, qui consiste à déléguer en son nom une institution de l’état, soit-elle amazighe, servile aux choix hostiles envers les Amazighs. Ce jeu ne cacherait pas la réalité. Aussi construite soit la rhétorique, la vérité demeure : L’amazighe reste marginalisé dans l’enseignement et le caractère officiel que lui reconnait la constitution s’il n’est pas considéré lettre morte, risque de rester hypothéqué par des calculs idéologiques contraires à la mise en ouvre positive du PIDCP.  ·Nous affirmons notre volonté de plaider d’avantage encore la nécessité de la réédition de la loi organique qui doit rendre effectif le caractère officiel de la langue amazighe. La société civile doit prendre part dans l’élaboration d’une telle loi aussi fondamentale.·Nous tenons à préciser qu’il s’agit pour les amazighs du Maroc de leur langue officialisée et qui devait devenir de ce fait la langue de : la justice ; de l’enseignement ; de l’administration et des médias au Maroc et non comme une langue de communication tel que stipulé dans le texte de la  loi en gestation..

La Fédération Nationale des Associations Amazighes au Maroc (FNAA)

Source : tamurt.info

One thought on “Les associations amazighes du Maroc dénoncent

  • 10 novembre 2016 at 0 h 51 min
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    Azul fell-awen. Tout le contenu de l’article « les associations amazighes du Maroc dénoncent », s’applique parfaitement à la situation de la langue et de la culture amazighes, tel qu’elles sont traitées par le pouvoir politique en Algérie. Je cite un petit exemple: Dans un tribunal situé dans une région amazighophone, le procureur de la république m’a interrompu, dès que j’avais commencé à m’adresser à lui en Tamazight, en me demandant de m’exprimer en arabe. Et pourtant, Tamazight est inscrite dans la constitution comme langue nationale et officielle. Même si les politiques algériens et marocains ne s’entendent pas sur certaines choses, comme la question des frontières par exemple, dès qu’il est question de Tamazight, leurs réactions se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

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