Les déclarations du général Benhadid, nouveau défi à Gaïd Salah



Le général à la retraite Hocine Benhadid a rompu son silence ce lundi, un peu plus d’un mois après avoir été libéré de prison, dans laquelle il s’est trouvé en détention provisoire pendant 286 jours.

Dans un entretien accordé à trois quotidiens nationaux, Benhadid revient sur les conditions de son emprisonnement et n’hésite pas à narguer publiquement le pouvoir algérien. Le général à la retraite affirme notamment avoir été « emprisonné sur un coup de fil et libéré par un autre coup de fil ». « El Mouradia (Présidence) et les Tagarins (MDN) se sont mis d’accord pour me mettre en prison à cause de mes déclarations sensibles », soutient Benhadid.

Cependant, par un hasard du destin ou un timing savamment calculé, l’entretien accordé par Hocine Benhadid a coïncidé avec l’entrée en vigueur officielle, le même jour, des lois imposant le devoir de retenue et de réserve aux officiers supérieurs de l’armée algérienne. Selon une de ces lois, « tout manquement au devoir de nature à porter atteinte à l’honneur et au respect dus aux institutions de l’État, constitue un outrage et une diffamation et peut faire l’objet » de poursuites. Or, il semble a priori plausible d’interpréter les déclarations de Benhadid comme étant une remise en cause de l’indépendance de la justice algérienne.

Le pouvoir et notamment le Chef d’état-Major et vice-ministre de la Défense, Ahmed Gaïd Salah, se retrouve donc aujourd’hui face à un nouveau dilemme. Gaïd Salah s’était déjà distingué par un silence assourdissant lors des attaques du général Nezzar à son encontre, mais il ne dispose aujourd’hui plus du bénéfice du doute puisque les lois imposant le silence aux généraux, faites sur mesure pour ce genre d’éventualités, sont officiellement en vigueur et que la loi est censée être appliquée.

Le cas Benhadid rend cependant complexe la suite des événements pour le Chef d’état-Major. La situation actuelle revêt un caractère unique car elle est la résultante de l’emprisonnement initial du général à la retraite, dénoncé par ses avocats comme étant le fruit d’une décision arbitraire en violation de ses droits fondamentaux. Hocine Benhadid est également très malade, victime d’un cancer de la prostate nécessitant beaucoup de soins lourds. Il n’est d’ailleurs pas exclu que la maladie du général à la retraite ait joué un rôle prépondérant dans sa libération, et ait été le facteur déterminant dans sa récente prise de parole. Entamer des poursuites contre un homme atteint d’un cancer, c’est prendre le risque d’affecter encore plus l’image négative du pouvoir algérien. Emprisonner un homme très malade au risque de le voir mourir en cellule, c’est prendre l’assurance d’en faire un martyr. Un scénario que le pouvoir veut probablement à tout prix éviter.

Source : tsa-algerie.com / Yacine Babouche

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