Les dirigeants arabes et leurs proches impliqués dans le scandale « Panama Papers »



Les révélations des « Panama Papers », un scandale d’évasion fiscale sans précédent à l’échelle planétaire, éclaboussent plusieurs personnalités politiques à travers le monde. En tout, des milliers de personnes, dont 128 personnalités politiques de premier plan à travers le monde sont listés pour leurs liens avec les « Panama Papers ». Au total, 214 000 sociétés offshore dans 21 paradis fiscaux ont été recensés par les 107 médias qui ont mené l’enquête.

De nombreux dirigeants et dignitaires, du monde arabe notamment, figurent parmi les personnalités citées. Le ministre de l’Industrie et des Mines, Abdeslam Bouchouareb en fait partie. Au total, 12 personnages – dont certains sont en exercice – entre rois, émirs, présidents, (Premiers) ministres leurs associés et membre de leurs familles sont concernés.

Le fastueux train de vie de « leurs Majestés » du Maroc et d’Arabie Saoudite et de l’Émir d’Abu Dhabi

 Déjà cité dans l’affaire des Swiss Leaks, le roi du Maroc, Mohamed VI apparait de nouveau dans les « Panama Papers ». Luxueux bateau, hôtel particulier à Paris… Un train de vie qui fait « honneur » à son statut de souverain. Son secrétaire personnel, Mounir Majidi est aussi administrateur d’une société luxembourgeoise, Immobilière Orion, à l’origine d’un emprunt de 42 millions de dollars en 2003. C’est à travers une de ses sociétés que le roi Mohamed VI a acquis son bateau.

Son homologue et soutien indéfectible, le roi Salman d’Arabie Saoudite n’est pas en reste. Le « gardien de la Mecque », à travers deux sociétés offshore dans les îles Vierges britanniques (IVB), Inrow Corporation et Verse, a opéré une transaction immobilière de 26 millions de dollars, puis une autre de 8 millions de dollars pour l’acquisition de luxueuses propriétés dans le centre de Londres.  Le Roi Salman est également décrit comme le principal bénéficiaire et utilisateur d’un yacht nommé Erga, du même nom que son palais royal de Riyad. Le navire enregistré à Londres est détenu par la compagnie Crassus Limited, appartenant au souverain saoudien.

Le prince Bin Naif, héritier du trône et ministre de l’intérieur d’Arabie Saoudite détient également des comptes en banques dans des paradis fiscaux, à travers des compagnies basées au Panama et la branche parisienne de la banque suisse UBS. Ouverts en  octobre 2007, l’une de ces compagnies et son compte associé ont été clôturé en avril 2014.

Près de 2 milliards de dollars pour le dirigeant des Émirats arabes unis

Le Président des Émirats arabes unis (EAU) et émir d’Abu Dhabi est sans doute un des personnages les plus riches de la planète. Cheikh Khalifa, artisan de la diversification économique des EAU et dont la tour Bordj Khalifa de Dubaï (la plus haute du monde) porte le nom, possède au moins 30 compagnies dans les îles Vierges britanniques.

Il détient des biens immobiliers et commerciaux d’une valeur minimale de 1,7 milliards de dollars dans les quartiers les plus chics de Londres. Son épouse et ses deux enfants sont également bénéficiaires de ces sociétés.

Les Moyen-orientaux en force

Les dignitaires du Moyen-Orient sont majoritaires parmi ces représentants de pays arabes. Moins d’un an après avoir abdiqué en faveur de son fis, l’ancien Émir du Qatar, Hamad bin Khalifa a acquis en totalité ou en majorité, pas moins de 5 compagnies, au Luxembourg, dans les îles Vierges britanniques et 2 en Afrique du Sud. Il partageait ces compagnies avec un membre de sa famille, Cheikh Hamad bin Jassim Al Thani, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar. Ce dernier gère notamment son yacht de 300 millions de dollars « Al Mirqab » à travers d’autres sociétés au Bahamas et au Panama notamment.

Par ailleurs, l’ancien vice-président et ex-Premier ministre d’Irak, Ayad Allawi possède, depuis avril 2013, une propriété immobilière à Londres, d’une valeur de 1,5 million de dollars. Il détient également 3 compagnies au Panama et aux îles Vierges britanniques. Le concerné répond avoir acquis ces biens en tout transparence et légalité, affirmant payer ses impôts en temps et en heure. L’ancien Premier ministre de Jordanie, Ali Abu el Ragheb et son épouse dirigent également une société basée dans les IVB. Les activités de cette entreprise et les montants concernés ne sont pas connus.

Toujours au Moyen Orient, des membres de la famille du président syrien, Bachar al-Assad sont directement touchés par les révélations des « Panama Papers ». Ses cousins, Hafez et Rami Makhlouf détiennent des compagnies offshore, notamment dans les IVB. Le second, fondateur de l’entreprise Syriatel, détenait officiellement 10% des parts du groupe, mais possédait 63% à travers sa compagnie cachée. Hafez, soumis aux sanctions américaines, a tout de même pu débloquer une somme de 4 millions de dollars avant de s’enfuir au Belarus, après un désaccord avec le régime syrien.

Bien que les dirigeants ne soient pas toujours directement concernés, ils sont souvent exposés par le biais de leurs proches. C’est le cas du président égyptien déchu, Hosni Moubarak. Son fils Alaa, emprisonné au côté de son père, a vu sa compagnie dans les IVB gelée lors de la chute du régime Moubarak. Cela dit, le cabinet Mossack Fronseca n’a « pas pu l’identifier rapidement » et disait qu’il avait « très peu de contrôle » sur la société de Alaa. Mossack Fronseca a finalement arrêté de représenter ce client « à haut risque » en avril 2015.

Ces rois, présidents et ministres arabes et leurs proches sont donc détenteurs de biens dissimulés dans divers paradis fiscaux (Suisse, Luxembourg, Panama, IVB…). Ces montages financiers complexes permettent de cacher des avoirs, à travers l’imbrication de plusieurs sociétés-écran qui permettent, en théorie, de masquer l’identité des détenteurs.

Source : tsa-algerie.com / Tewfik Abdelbari

Laisser un commentaire