Les Européens viennent moins s’installer chez nous



Franc fortFranc fort oblige, l’immigration en provenance de l’UE a légèrement fléchi l’an dernier.

Cette baisse se confirme sur les premiers mois de 2016. Mais le nombre de travailleurs peu qualifiés, moins bien payés et plus touchés par la détérioration du marché du travail, augmente. Berne met en garde sur ce phénomène, notamment dans les régions frontalières.

En 2015, le solde migratoire avec l’UE s’est établi à 47’800 personnes, soit un recul d’environ 3000 par rapport à 2014. La baisse s’est accentuée de janvier à avril 2016: en termes nets, près de 20’000 personnes en provenance de la zone UE ont intégré la population résidente permanente, soit 30% de moins que l’année passée à la même période.

C’est ce que révèle le rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE, publié mardi, a indiqué le Secrétariat d’Etat à l’économie.

Le Seco constate un recul de l’immigration plus marqué dans les branches exposées au taux de change. Dans le domaine de la santé et de l’action sociale, l’immigration a toutefois continué de progresser légèrement, précise le rapport.

Moins qualifiés

Mais cette immigration a quelque peu changé ces dernières années, relève le rapport. Celle en provenance du sud et de l’est de l’Europe a gagné en importance. Dans le détail, en 2015, 43% des immigrés provenaient d’Europe du Sud, notamment d’Italie (11%) et du Portugal (5%). Le SECO l’explique par la crise économique de 2009 et la crise de l’euro en 2011 qui a plus durement touché ces pays.

Quelque 22% venaient des 10 pays d’Europe de l’Est. L’immigration en provenance d’Allemagne ainsi que d’Europe du Nord et de l’Ouest a elle baissé et ne représente plus qu’un tiers des travailleurs provenant de l’UE et de l’Association européenne de libre-échange (AELE). Elle se montait encore à 70% en 2008.

Moins payés

Autre constat: la qualification professionnelle des nouveaux immigrés est en moyenne moins bonne que celle de leurs prédécesseurs (2006-2010).

Première conséquence: leur salaire moyen est aussi globalement plus faible (-5%). Les régions frontalières sont à nouveau montrées du doigt. Dans l’Arc jurassien et au Tessin, on constate que les frontaliers reçoivent des salaires en moyenne inférieurs (-6%) à ceux de la population active résidente. Selon le SECO, «aucun facteur salarial objectif ne saurait l’expliquer».

Désaccords

A l’heure où Berne cherche une solution pour mettre en oeuvre l’initiative de l’UDC contre l’immigration de masse qui ne contrevienne pas à l’accord de libre circulation tout en respectant la volonté populaire, les partenaires sociaux, présents à la conférence de presse, ont affiché leur désaccord.

L’Union syndicale suisse (USS) continue de plaider pour un renforcement des mesures d’accompagnement. Et de réclamer des actes concrets en faveur du personnel qualifié, notamment des travailleurs âgés.

«Le taux de chômage des hommes entre 55 et 64 ans a atteint un triste record l’an passé», a rappelé l’économiste en chef de l’USS Daniel Lampart. La pratique de recruter davantage à l’étranger, par exemple chez les informaticiens, est regrettable.

Mais les patrons refusent toutes mesures supplémentaires. S’il admet quelques dérapages, le directeur de l’Union patronale suisse Roland Müller estime en substance que les conséquences négatives de la libre circulation sont avant tout une question de ressenti de la population.

Instruments suffisants

L’attractivité constante que la Suisse représente pour les travailleurs frontaliers requiert une attention particulière dans certains cantons, reconnaît aussi le SECO. «Nous allons observer de très près le développement de la situation et poursuivre nos analyses», a dit Boris Zürcher.

«Nous avons les instruments nécessaires, il faut les appliquer, professionnaliser les procédures», a affirmé la patronne du SECO, Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch. Et de citer l’initiative du gouvernement visant à combattre la pénurie de personnel qualifié, et les mesures d’accompagnement. (ats/nxp)

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