Les nomades d’Azrou Kellal face aux temps modernes



Ils ont hérité ce mode de vie de leurs aïeux, en le perpétuant vaille que vaille. Eux, ce sont les nomades qui écument les domaines forestiers de la localité d’Azrou Kellal, située à l’extrême Est de la commune d’Ath Mansour. Même si leur nombre a chuté, ces dernières années, avec la sédentarisation, il n’en demeure pas moins que quelques familles continuent de vivre comme jadis, en élevant des troupeaux d’ovins et de caprins. Ces bergers « pure souche » se déplacent d’une contrée à l’autre, à la recherche de l’herbe et des pâturages pour leurs bêtes, lesquelles constituent leur unique source de vie. Et ce n’est toujours pas évident, surtout avec la sécheresse qui frappe le pays, ces derniers mois. Les pâturages manquent terriblement, et ces familles sont vraiment dans le désarroi. Néanmoins, comme les caprins et les ovins broutent des herbes poussant en milieu semi-aride même en l’absence des pluies, comme l’armoise et le romarin, cela leur permet de ne pas mourir de faim, au moins, en attendant que les choses s’améliorent. Mais ce qui est vraiment subjuguant dans le mode de vie de ces nomades, c’est leur stoïcisme et leur capacité à surmonter les conditions de vie difficile, où les commodités les plus simples font carrément défaut. En effet, ces familles vivent, comme il y a des siècles, dans des tentes tissées avec le duvet des dromadaires. Ce sont des tentes qui résistent à toutes les agressions climatiques, en ce sens que leur tissu est résistant et par dessus tout imperméable. Cette structure leur permet de lever le « camp » à tout moment, ce qui les aide énormément dans leurs incessants déplacements. «Franchement, ces nomades ne se cassent pas la tête comme nous. Notre vie est complètement reliée à la paperasse et aux tracasseries de la vie moderne, où le stress happe tout le monde. Eux, au moins, ils vivent loin de tous ces ennuis quotidiens», ironise un habitant de la localité. Certes, à priori, la vie des nomades est loin des tracasseries de la vie moderne, où les citoyens effectuent des « marathons » quotidiens pour les différents besoins. Cependant, à y voir de près, ces pauvres bergers vivent dans des conditions lamentables. Leurs enfants ne sont pas scolarisés. Beaucoup d’entre eux ne sont pas vaccinés et souffrent de malnutrition. Les jeunes tiennent du matin au soir les troupeaux. Ils ne connaissent certainement pas le chômage, et ne courent pas à gauche et à droite pour les piles de documents, mais leur vie est suspendue à la clémence du ciel et à leurs bêtes d’élevage. Un avenir incertain… Sur un autre registre, ces nomades, oubliés des hommes, se trouvent très sollicités, comme par hasard, à l’approche de l’Aïd el Adha pour leurs ovins. Les maquignons les approchent subtilement pour leur acheter des dizaines, voire des centaines de têtes d’ovins à des prix bas pour les engraisser avec tous les procédés, machiavéliques y compris, pour les revendre, ensuite, à des prix astronomiques dans les marchés à bestiaux. Une sorte de marché de dupes.

Y. Samir.

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