Les paroles sans les actes



Le constat au sujet des exportations hors-hydrocarbures en Algérie, effectué par le président de l’Association nationale des exportateurs algériens (Anexal) Ali Bey Nasri, fait figure de sérieuse douche froide. En 2015, l’Algérie a réalisé 300 millions de dollars d’exportations hors hydrocarbures et leurs dérivés. Pour prendre conscience du caractère dérisoire de ce montant, et à titre de comparaison, l’Algérie a importé en 2014 pour 338 millions de dollars en thé et en café, selon les chiffres fournis par le Cnis en avril dernier.

Le portrait dressé par Ali Bey Nasri est morose. En 2015, l’Algérie a perdu 115 des 500 exportateurs, et environ 50 exportateurs à peine réalisent « 97% du chiffre ». Le président de l’Anexal décrit une Algérie loin de ses potentialités d’exportation, minée par les contraintes écrasantes et l’absence de mise en place de capacités pour l’exportation. Entre une réglementation des changes archaïque, un risque réel de poursuites pénales des exportateurs en cas de défaut de rapatriement des recettes au-delà d’un délai de 180 jours, l’impossibilité de rémunérer le personnel à l’étranger… Le manque de vision des autorités en la matière est criant.

Depuis des années, pourtant, les autorités s’échinent à ressasser que l’Algérie doit sortir de sa dépendance aux hydrocarbures, que toutes les mesures seront prises pour ce faire. Dans les faits, il n’en est absolument rien. Aucune mesure n’a été prise par le gouvernement pour encourager l’exportation et se défaire du joug des hydrocarbures. Le pouvoir algérien refuse toujours de saisir les opportunités d’exportations qui sont pourtant à portée de main dans le continent africain ou dans d’autres pays. D’aucuns s’accordent à dire qu’il suffirait de peu pour lancer la machine. Juste de la volonté.

Comme bien trop souvent dans la vie du pays, les intentions n’ont jamais été suivies d’actes. Le secteur des exportations n’est bien entendu pas le seul concerné par ce mode de procédure. Pendant de nombreuses années, le secteur du tourisme a été maintes fois promis à un développement massif par le gouvernement, pour un résultat quasi-nul. Quant à l’industrie automobile, qu’on promettait être un vecteur de croissance, elle ne consiste en fait que d’un empilage d’usines de montages de véhicules, une bulle qui risque à terme de saturer le marché et d’exploser.

Comment expliquer donc ce perpétuel décalage entre la parole et les actes ? À quoi joue donc le pouvoir ? Aucune des deux théories les plus probables n’est reluisante pour le pouvoir algérien. La première voudrait que le pouvoir ait failli dans son action par le fait d’une dangereuse incompétence à tous les niveaux. La seconde théorie, bien plus gravissime, voudrait que le pouvoir ait institué une opération de sabotage volontaire de l’Algérie, menée dans le but de continuer à accorder la primauté aux intérêts de puissants groupuscules.  Dans un cas comme dans l’autre une chose cependant est sûre : c’est comme à l’accoutumée l’Algérie et son peuple qui devront en pâtir.

Source : Yacine Babouche

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