Les réfugiés syriens et la dérive de l’Europe !



Plusieurs décennies de progrès humanistes en Europe sont-elles en jeu à Bruxelles les 17 et 18 mars ?

Par Michel Gourd

Jusqu’à tout récemment, l’Europe n’était pas vue comme un problème au niveau des droits de la personne, mais plutôt comme une solution. L’Union européenne était la première tentative démocratique d’unification du continent. Créée pour éliminer la guerre, permettre une libre-circulation des individus et faire prospérer l’économie de ses pays, elle était une structure qui portait en elle de profondes bases humanistes. Cette situation pourrait cependant changer. La Turquie s’active actuellement pour finaliser un accord avec des négociateurs européens avant la tenue d’une réunion à Bruxelles les 17 et 18 mars. Les Vingt-Huit doivent s’y retrouver avec les représentants d’Ankara pour finaliser l’accord par lequel la Turquie reprendrait les migrants arrivés en Europe via son territoire en échange d’une aide financière accrue et d’une libéralisation du régime des visas. Si cet accord est accepté, l’UE prendrait un réfugié syrien directement sur le territoire turc en échange pour chaque Syrien déjà en Europe qui sera déportée en Turquie. Selon le chef de la diplomatie turque, Mevlut Cavusoglu, une bonne partie, des conditions turques auraient même été acceptées par les négociateurs européens.

La poursuite des négociations avec la Turquie qui muselle ses médias est un problème philosophique de taille pour une démocratie. De plus, Amnesty International a jugé la proposition turque comme étant déshumanisante. Le commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe, Nils Muiznieks, voit le retour forcé des migrants que l’accord prévoit comme étant illégal et inopérant. Pour sa part, le responsable de Human Rights Watch, Bill Frelick, estime que les réfugiés ne devaient pas être traités comme une monnaie d’échange. François Hollande affirme, quant à lui, qu’il n’entendait faire aucune concession à la Turquie sur les droits de l’Homme ou les visas en échange de garanties sur le contrôle des flux migratoires. Quand on y regarde de plus près, la Turquie est aux deux bouts de ce nouveau plan qui rançonne l’Europe pour soi-disant freiner l’arrivée des migrants qu’elle y pousse avec son aide à l’État islamique et aux autres groupes rebelles syriens.

Chose encore pire, cette crise migratoire se règle actuellement sur le dos des plus démunis des êtres humains qui sont devenus dans leur errance des armes que l’on utilise pour rançonner tout un continent. À sa base même, le nouveau plan turc détruit le concept de droit d’asile et fait des réfugiés des marchandises qui peuvent être échangées contre de l’argent. Certains Syriens deviendront des marchandises acceptables et éligibles à l’immigration tandis que les autres perdront leurs droits à l’asile et seront renvoyés en Turquie. Pourtant, la Turquie n’est pas un pays tiers sûr et son gouvernement actuel gère les gens qui y vivent en foulant au pied les règles les plus élémentaires des droits de la personne. Il n’y a qu’à regarder ce que fait ce pays avec ses opposants et ses médias pour s’en convaincre.

Ce chantage aux migrants n’est pourtant pas nouveau. Les Européens devraient se rappeler que les Turcs ont déjà scellé fin novembre un plan d’action avec eux pour stopper les migrants quittant par milliers la côte Anatolienne à destination de la Grèce. Les Turcs n’ont jamais respecté les règles de cet accord. Rappelons que la Turquie avait refusé d’appliquer le protocole gréco-turc de réadmission des migrants en Turquie qui avait été initialement signé en 2001 et entériné en 2002. Il y a donc peu de chance qu’elle respecte les règles du nouvel accord.

Cet accord ne peut pas non plus servir d’excuse aux Européens pour perpétrer des expulsions collectives et arbitraires qui sont, rappelons-le, illégales au regard du droit international. La loi européenne prévoit de plus que tous les demandeurs d’asile ont droit à un examen individuel de leur cas avec possibilité d’un recours. L’Europe et la zone euro devaient protéger les droits de la personne. C’est leur mission fondamentale, la raison même de leur existence. Il faut donc se demander si les autres dirigeants européens feront comme la quinzaine de dirigeants sociaux-démocrates réunis à l’Élysée qui promettait de ne faire aucune concession en matière de droits de l’Homme ou de critères de libéralisation des visas.

M. G.

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