«Les six premiers mois de Macri sont un désastre»



Argentine Un syndicaliste de passage à Genève dénonce des dizaines de milliers de licenciements, l’inflation et la pauvreté qui augmente.

Le 10 juin, Mauricio Macri fêtera ses six mois à la tête de l’Argentine. De passage à Genève pour assister à des réunions de l’OIT (Organisation internationale du travail), Roberto Baradal, dirigeant du syndicat des enseignants de la province de Buenos Aires et figure de la centrale CTA des travailleurs – celle qui a le plus appuyé le gouvernement précédent – dresse un sombre tableau de la situation du pays et de l’action du président libéral. Entretien.

Quel bilan tirez-vous des six premiers mois de présidence de Mauricio Macri?

Tout a été extrêmement négatif! Le gouvernement est en train de réaliser un énorme transfert des richesses au bénéfice des secteurs les plus aisés. Au cours de ses trois premiers mois déjà, le niveau de pauvreté a augmenté de 5%. Et la situation s’aggrave de jour en jour.

A peine élu, Mauricio Macri a en effet décidé une dévaluation du peso de 50% par rapport au dollar. Puis, suite à la suppression des subventions et à la fin des contrôles des tarifs, les prix se sont envolés. Le gaz a augmenté de 400%, l’électricité de 500% à 800% selon les régions, le transport de 100%, le carburant de 50% (alors même que le prix du pétrole s’est écroulé). Pour que vous vous rendiez bien compte: ma propre facture d’électricité est passée d’un mois à l’autre de 300 pesos (environ 20 francs) à 1700 pesos (près de 113 francs). Sur les cinq premiers mois de la présidence Macri, l’inflation a atteint les 28%. De plus, le gouvernement a «réendetté» l’Argentine pour des décennies, en payant ce qu’exigeaient les fonds vautours, et même plus.

Vous dénoncez aussi une vague de licenciements?

C’est en effet une catastrophe. A peine élu, le gouvernement a commencé à licencier plus de 40 000 fonctionnaires. Puis la suspension des investissements dans les travaux publics a signifié la perte de plus de 50 000 emplois dans la construction. Il y a ensuite eu entre 50 000 à 100 000 licenciements dans le secteur privé. Cela, comme conséquence de l’ouverture totale des importations, de la hausse des tarifs et de la chute de la consommation, qui sont en train de détruire les PME argentines.

Les politiques du nouveau gouvernement ont en revanche bénéficié aux secteurs les plus puissants et aux classes aisées. Macri a en effet supprimé les taxes à l’exportation de produits agricoles ainsi que les impôts aux multinationales minières. Il a aussi baissé les taxes sur les voitures de luxe et sur le champagne. Et maintenant il subventionne McDonald’s! En appuyant un programme d’embauche de jeunes, payés en dessous du salaire minimum légal, avec une partie du solde pris en charge par l’Etat.

Ce que vous décrivez sonne tout de même un peu caricatural…

Mais ce n’est malheureusement pas une plaisanterie. C’est la triste réalité de notre pays.

Comment réagit l’opposition?

Nous, syndicats, avons mobilisé les travailleurs. Nous avons réuni plus de 350 000 personnes dans la rue pour combattre ces mesures antisociales. Quant à l’opposition au Congrès, elle a réussi à faire adopter une loi «antilicenciements». Mais le président Macri y a mis son veto le jour même.

La population, qui l’a élu en novembre dernier, le soutient-elle encore?

Mauricio Macri, en dépit de ses politiques, a bénéficié du fameux «état de grâce» des nouveaux élus et a obtenu jusqu’à 65% d’opinions positives. Mais sa cote de popularité est déjà en chute libre. Elle est tombée à 52 points en à peine six mois. Et il n’y a aucun doute que le soutien à ses politiques va continuer de chuter, tant la situation de l’Argentine ne fait qu’empirer.

Macri ne gouverne pas pour le peuple. Son gouvernement est celui des corporations économiques. Il est à leur service. Pour vous donner une idée: son ministre de l’Energie, Juan José Aranguren, était, l’année dernière encore, le président de la filiale argentine de Shell. Et comme par hasard… c’est cette entreprise qui a remporté sept des huit contrats énergétiques signés par l’Etat depuis son entrée en fonction.


Le président fermera son compte aux Bahamas

Le président argentin Mauricio Macri a annoncé lundi dernier qu’il rapatrierait dans son pays le 1,2 million de dollars (1,19 million de francs) qu’il détient dans un compte aux Bahamas, un paradis fiscal des Caraïbes. Le dirigeant libéral avait vu son nom cité dans les «Panama Papers», et est depuis sous enquête de la justice.

Le chef de l’Etat a précisé qu’il utiliserait cet argent pour acheter «des bons du trésor argentin». Mauricio Macri, arrivé au pouvoir en décembre, avait reconnu la semaine dernière avoir un compte aux Bahamas, contenant 1,2 million de dollars.

Le lendemain, il avait appelé les Argentins coupables d’évasion fiscale à faire preuve de patriotisme et rapatrier leurs fonds placés à l’étranger, notamment par l’acquisition de bons de l’Etat, leur offrant une amnistie jusqu’au 1er janvier.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Gustavo Kuhn

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