LES VOLEURS D’AMOUR



Mhend et Tassadit se sont mariés depuis plus de dix ans. Ils ne s’aimaient pas et ne se connaissaient pas. Ils se sont mariés par hasard, sous la pression de leurs familles respectives et de leurs amis qui ne cessaient de les embêter quotidiennement par des remarques désobligeantes du genre :

-Vous êtes âgés, qu’attendez-vous pour fonder un foyer ?

-Vos cheveux commencent à blanchir, il serait bientôt trop tard !

-Si vous tardez, vous ne pourrez plus avoir d’enfants.

-Dans quelques années, Vous ne pourrez plus courir et jouer avec vos enfants.

Lassés par les remarques et les médisances des gens et surtout des voisins, Mhend et Tassadit se marièrent sans conviction pour avoir la paix, éviter les ragots et faire plaisir aux parents et amis, leur donner un peu de joie. Pour se motiver, ils pensaient comme le prétendent certains amis, que l’amour viendrait après le mariage, agrémenter leur vie et qu’ils regretteraient d’avoir perdu autant de temps.

Hélas ! Ils durent vite déchanter. Après une année de vie commune, les problèmes commencent. Ils n’arrivent plus à s’entendre même sur les choses les plus évidentes. Ils se querellent tout le temps, sur tous les sujets, y compris les futilités. Petit à petit, la vie devient infernale. Ils deviennent comme chien et chat. Ils se rendent compte que plus rien ne les unit sauf peut-être cet enfant qu’ils auraient mieux fait de ne pas procréer. Ils étaient tout le temps en train de se chamailler, de crier, de vociférer, effrayant leur enfant qui se recroquevillait dans un coin, en tremblant de peur.

Au fil du temps, ayant marre de ces turbulences qui risquent de traumatiser leur enfant, ils changèrent de tactique. Maintenant, ils évitent de se chamailler. Ils sombrent dans un mutisme profond, entrecoupé en cas d’extrême nécessité par des bribes de phrases, des mimiques ou des écrits télégraphiques du genre :

-Dîner servi !-Lait terminé ! –Pantalon lavé ! –Besoin de café !

A la maison, chacun choisit un coin opposé ou éloigné de l’autre. Aucune trace de joie ne se lisait sur leurs visages. Tassadit regardait la télévision et Mhend naviguait sur internet. Il recherchait tous les jours des amies pour briser la solitude et la monotonie de la vie. Un jour, la chance lui sourit. Il tomba sur une femme qui le comprit à demi-mot car elle vit le même drame que lui. Comme lui, elle vit avec un homme avec lequel elle ne partage rien de bon sinon des disputes, des cris, des déceptions et des frustrations.

Au fil du temps, l’amour virtuel naissait et grandissait entre Mhend et l’inconnue. Mais, petit à petit, ils ne purent résister à l’envie de se voir et de s’aimer en cachette dans la clandestinité. Alors, ils se rencontrent dans des endroits isolés, loin des regards de leurs connaissances. Ils se promènent la main dans la main dans les plages, les forêts et les montagnes en chantant à chaque fois la belle chanson de Linda de Suza : « O toi, mon amour caché… ».

Ils profitent pleinement des éventuelles escapades qui s’offrent à eux avant de retrouver la mort dans l’âme, leurs « prisons » respectives avec leurs lots de solitude et de désespoir.

Quel terrible destin vivent ces couples malheureux ! Ils ne s’aiment plus mais à cause des enfants ou pour d’autres raisons, ils sont condamnés à vivre ensemble. Je comprends mieux le philosophe allemand qui disait : « Il vaut mieux briser un mariage qu’être brisé par lui. » Idem pour le proverbe Kabyle qui disait : « Un mauvais mariage est comme le crépuscule, il trouvera les ténèbres prêtes. »

Par Hammar Boussad.

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