L’onde de choc du Brexit fait trembler l’Europe entière



Royaume-UniPar 51,9% des voix, les Britanniques ont décidé de quitter l’Union à Vingt-Huit. C’est le tout premier Etat à claquer la porte, provoquant une crise sans précédent. Comment s’en relever?

Quel cataclysme! Les Bourses mondiales prises de panique, la livre sterling qui s’effondre, l’Union européenne plongée dans une crise politique sans précédent, un Royaume-Uni au bord de l’éclatement… et même la petite Suisse qui soudain se met à angoisser pour son avenir au cœur du Vieux-Continent. Ce vendredi matin, une onde de choc phénoménale a été déclenchée par l’annonce inattendue des résultats du référendum britannique tenu la veille: 51,9% des votants ont décidé de quitter le club des Vingt-Huit, plus de quarante ans après avoir adhéré à l’ancienne Communauté économique européenne. Ce scrutin sur le «Brexit» (contraction de British et Exit) est d’autant plus percutant que 72,2% des 46,5 millions d’électeurs inscrits y ont participé.

Prenant acte de sa défaite, le premier ministre David Cameron a rapidement annoncé sa démission pour cet automne, dès que son parti aura désigné un nouveau leader. Ce pourrait bien être l’ancien maire conservateur de Londres, Boris Johnson, qui a mené campagne pour sortir de l’UE. Il lui incombera d’actionner l’article 50 du traité de Lisbonne puis de lancer les négociations avec l’UE sur les conditions dans lesquelles sortira son pays dans les deux ans. Un divorce compliqué, car la situation est totalement inédite. Jamais, dans l’histoire de la construction européenne, un Etat membre n’avait claqué la porte. Cette première réjouit bien sûr tous les séparatistes du Vieux-Continent.

Branle-bas en Europe

Autant dire que le départ de la cinquième puissance économique mondiale a déclenché un véritable branle-bas au sein de l’Union européenne, où des leaders politiques évoquent sans détour la crainte d’une «réaction en chaîne» ou d’un «effet domino». Figure clé de l’Union, la chancelière allemande Angela Merkel a immédiatement «convoqué» le président français François Hollande et le chef du gouvernement italien Matteo Renzi à un conciliabule lundi soir à Berlin, pour pouvoir «analyser la situation avec calme et retenue, l’évaluer et ensuite prendre ensemble les bonnes décisions» lors du sommet des dirigeants européens mardi et mercredi à Bruxelles. Car «nous sommes de plus en plus confrontés à des populations qui ont des doutes quant à la direction qu’a pris le processus d’unification européenne», s’alarme la chancelière.

«Le vote des Britanniques met gravement l’Europe à l’épreuve», a estimé de son côté François Hollande. «L’Europe ne peut plus faire comme avant.» Son chef de la diplomatie, Jean-Marc Ayrault, a annoncé avoir préparé ces derniers jours avec son homologue allemand Frank-Walter Steinmeier des propositions pour relancer le projet européen. Elles seront présentées, ce samedi à Berlin, aux ministres des Affaires étrangères des quatre autres pays fondateurs de l’UE (Pays-Bas, Luxembourg, Belgique et Italie). Dans la soirée, François Hollande recevra Matteo Renzi à l’Elysée.

De son côté, le premier ministre belge Charles Michel a plaidé pour la tenue en juillet d’un «conclave» réunissant les 27 dirigeants de l’UE, «sans la Grande-Bretagne», pour donner de nouvelles orientations à l’Europe. «L’objectif serait de définir certains engagements» dont «l’approfondissement de l’union monétaire et économique, ainsi que la sécurité intérieure et extérieure», afin de redevenir «une organisation avec une autre ambition, tournée vers le futur» et «réfléchir à de meilleurs processus de décision».

Le peuple sanctionne les élites

Car tout le monde semble poser le même constat: le Brexit «c’est d’abord un vote anti-élites. Et ce ne sera pas le dernier!» assure le professeur Nicolas Levrat du Global Studies Institute de Genève, dans une vidéo publiée sur notre site Internet. «Il faut comparer ce résultat aux succès inattendus engrangés lors des primaires aux Etats-Unis par Donald Trump et Bernie Sanders.» Mais à cela vient s’ajouter un deuxième niveau d’explication: l’incapacité de l’UE à gérer les crises qui s’accumulent – Constitution refusée, crise de la dette souveraine en Grèce, association bloquée avec l’Ukraine, conflits sur l’immigration, défis sécuritaires – de même que «l’absence totale de projet pour l’avenir», assène le chercheur. Bref, il est grand temps de procéder à une «refondation» de l’Europe, sur des bases beaucoup plus démocratiques afin «d’écouter les peuples, même quand ce qu’ils expriment ne nous plaît pas».

Un noyau dur et des périphéries

A quoi donc pourrait ressembler cette future Europe? On peut imaginer bien des modèles, mais ce qui sera déterminant c’est le degré de fermeté qu’adopteront les dirigeants européens à l’égard du Royaume-Uni, estimait ce vendredi à l’Université de Genève Hervé Bribosia, ancien rédacteur au sein du Secrétariat de la Convention européenne sur l’avenir de l’Union. «L’option la plus probable serait sans doute le renforcement d’un noyau dur basé sur les pays de la zone euro. Le reste du continent pourrait être organisé selon des degrés d’intégration différenciés, comme c’est déjà le cas avec l’espace Schengen.» Une Europe des cercles, en quelque sorte. Ou même une Europe à la carte, ce dont pourrait bénéficier à terme la Suisse.

«C’est plausible, abonde Nicolas Levrat. Mais il n’est pas impensable non plus qu’un deuxième pôle se crée en Europe, à partir d’Etats associés au Royaume-Uni.» L’avenir le dira.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Andrés Allemand

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