L’UE balance entre espoir et crainte



Putsch manqué en TurquieDe nombreux dirigeants européens redoutent que le président turc ne considère avoir reçu un chèque en blanc pour l’arbitraire.

L’échec de la tentative de coup d’Etat en Turquie a été accueilli avec soulagement dans les chancelleries européennes, où l’on compte sur Ankara pour endiguer le flux de migrants vers l’Europe. Mais beaucoup craignent qu’il ne durcisse la répression contre l’opposition au péril de l’accord conclu en mars.

«Erdogan sera jugé sur sa réponse (à la tentative de coup d’Etat)», a déclaré un responsable européen, évoquant les arrestations de magistrats qui justifient que l’on «s’inquiète d’un risque de voir une nouvelle fois la liberté d’expression et le droit de manifester foulés aux pieds.»

«Pas un chèque en blanc»

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz, a appelé dimanche Ankara à ne pas «utiliser à mauvais escient» ce coup d’Etat manqué et de ne pas en faire une «carte blanche pour l’arbitraire».

Tout en soulignant que «condamner le coup d’Etat en Turquie, c’est la moindre des choses», le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a quant à lui souligné: «nous voulons que l’Etat de droit fonctionne pleinement, ce n’est pas un chèque en blanc pour M. Erdogan».

Doutes sur la démocratie

Certaines personnalités du Parlement européen, où l’accord sur l’UE conclu avec la Turquie en mars a parfois été accueilli avec amertume, ne cachent pas leurs doutes sur les perspectives de la démocratie turque, le président français François Hollande disant s’attendre à une «répression».

«Erdogan va essayer d’étendre son pouvoir», a déclaré au journal allemand Die Welt Elmar Brok, président de la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen et proche de la chancelière Angela Merkel, présentée comme l’architecte de l’accord entre l’UE et la Turquie.

Si Recep Tayyip Erdogan oeuvre au rétablissement de la peine de mort, comme ses partisans l’ont réclamé samedi lors d’un rassemblement à Istanbul, ou si les députés kurdes privés en mai de leur immunité parlementaire sont emprisonnés, les parlementaires européens pourraient se retourner contre l’accord, ont prévenu plusieurs responsables européens.

Les migrants comme menace

Cependant, la Turquie a de son côté prévenu qu’elle laisserait les migrants reprendre la route de l’Europe si l’accord conclu avec l’UE était remis en question.

Or l’afflux de migrants en 2015 a mis à mal le soutien des Européens envers l’UE et, estiment certains, il a apporté du grain à moudre au camp du «Brexit», qui a remporté le référendum du 23 juin en Grande-Bretagne.

Le volet économique en jeu

Désormais, c’est la question du rapprochement économique entre Ankara et l’UE qui est en jeu, a dit un autre responsable européen en insistant sur le fait que les Européens pouvaient se servir de ce moyen de pression.

«Erdogan n’est pas Poutine. Il n’est pas aussi puissant. Nous devons le maintenir sur la voie de la démocratie», a renchéri un autre responsable européen. (ats/nxp)

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