L’UE hésite entre punir le Royaume-Uni et se refonder



Brexit A Bruxelles, les Vingt-Sept, plus le Royaume-Uni, définissent les formalités d’un divorce. Tensions et confusion…

«Même si nous sommes en train de quitter l’UE, nous ne tournons pas le dos à l’Europe.» David Cameron, hier à son arrivée au sommet européen à Bruxelles, a voulu montrer son visage le plus conciliant. Mais la tension est palpable dans les travées des instances européennes à Bruxelles cinq jours après le «Leave». Jeudi en effet, 51,9% des Britanniques ont choisi de divorcer de l’Union européenne. Aussi, ces deux journées réunissent les Etats membres dans une formule inédite: les Vingt-Huit sont désormais vingt-sept et un partant.

Si la trame dramatique de ce sommet est connue – le choc du Brexit –, son objectif n’est pas identique pour tous. Doit-il définir les modalités du divorce (timing, conditions et futur relationnel)? Ou doit-il être le sommet d’une refondation de l’Europe? Celui qui permettra une nouvelle impulsion pour éviter que de nouveaux Etats membres ne choisissent aussi de quitter l’UE? C’est la position de François Hollande et de Matteo Renzi, qui aimeraient infléchir l’austérité prônée par l’UE sous influence allemande.

Départ rapide

Pas de divorce à la carte pour le Royaume-Uni. Le président du Conseil européen, Donald Tusk, a donné le ton hier à Bruxelles. De plus, le politicien polonais veut que les Britanniques enclenchent vite le processus de divorce. Et «même dès aujourd’hui», a-t-il fait savoir et précisé que des négociations secrètes étaient exclues. Un sommet «informel» à 27 sur l’avenir de l’Union en septembre à Bratislava (Slovaquie)? C’est encore ce que Donald Tusk a l’intention de proposer.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a lui eu des échanges vifs avec l’eurodéputé et chantre du «Leave» Nigel Farage. Le Luxembourgeois a aussi prôné un départ rapide afin de clarifier la situation. Entre les deux instances européennes, la Commission et le Conseil, une certaine fébrilité pour démontrer leur légitimité se fait jour, selon les observateurs de la politique à Bruxelles.

Londres dans le bleu…

Toutes ces questions ouvertes sont la conséquence des tergiversations des vainqueurs du référendum et de la crise politique qu’elle a enclenchée en Grande-Bretagne. Car Londres n’a pas formellement formalisé sa demande de sortie. Ainsi la question d’un deuxième vote a même été évoquée face aux conséquences imprévues que le Brexit a mises en lumière. Londres l’a exclu hier dans la journée. Mais cela illustre bien la confusion qui règne encore. Et que David Cameron devra dissiper face à ses pairs. Démissionnaire suite à la défaite essuyée lors de ce référendum perdu, le premier ministre britannique a été évidemment au centre du dîner des chefs d’Etat organisé dans la soirée. C’est aujourd’hui que les 27 se réuniront pour la première fois sans David Cameron pour définir la nature de la relation à venir.

Nul doute que la nuit aura été animée de conciliabules entre ceux qui veulent «punir» et ceux qui veulent «ménager» le Royaume-Uni. La position de l’Allemagne, plus importante que jamais, est connue. Angela Merkel s’est adressée hier à son parlement. «Celui qui sort de la famille ne peut pas s’attendre à ce que tous ses devoirs disparaissent et que ses privilèges soient maintenus. L’UE est assez forte pour surmonter le départ de la Grande-Bretagne et continuer à aller de l’avant même à 27», a-t-elle déclaré.

(24 heures)

Source : www.24heures.ch / Par Xavier Alonso

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