Lyes Ghemras : « La poésie est une aventure »



Né en 1985 dans la région de Kabylie (village Aït Zellal), Lyes Ghemras est un jeune résident en chirurgie orthopédique au CHU de Tizi-Ouzou. Son choix de la médecine ne l’a pas empêché de vivre sa passion qu’est la poésie.

Depuis son jeune âge, l’inspiration le submerge et sa plume n’a pas cessé de transformer ses émotions et ses pensées en vers. Plein de talent et d’imagination poétiques, ce jeune poète, avec des mots simples, nous raconte une histoire en poèmes… L’histoire d’un amour avorté. Il vient d’éditer en France chez les éditions Edilivre son premier « L’amour avorté ». Son livre n’est malheureusement pas disponible ici en Algérie en raison du peu d’engouement des éditeurs à la chose poétique. Cependant pour permettre à son lectorat de savourer sa poésie, il compte le rééditer incessamment à compte. Nous l’avons rencontré lors du dernier salon du livre «Djurdjura» organisé à la Maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou.

Lematindz : Qui est Lyes Ghemras ?

Lyes Ghemras : Comme c’est difficile de se présenter, car on se rend compte qu’on a peu de chose à dire sur soi même. Je suis un jeune médecin de 28 ans, j’exerce en tant que médecin résident en chirurgie orthopédique. L’écriture en générale et la poésie en particulier font ma passion. Quand j’écris c’est à la fois un besoin et un plaisir car mes écrits me soulagent et m’aident à me sentir mieux. C’est à l’âge de 13 ans que j’ai commencé à manier ma plume sur mes papiers, passant d’un sujet à l’autre dans les différentes thématiques de la vie. J’ai édité mon premier recueil de poésie intitulé « L’amour avorté » en 2011 en Algérie et il vient d’être réédité en France cette année.

Pouvez-vous introduire votre ouvrage en quelques mots ? Qu’entendez-vous par l’amour avorté ?

« L’amour avorté » est un petit recueil de poésie de 28 poèmes. Ça raconte une histoire d’amour en poèmes et chaque poème raconte une étape de cette histoire. C’est l’histoire d’un jeune Algérien qui rêve d’amour, qui idéalise cet amour au milieu d’une société où la frustration domine. Bercer dans sa quête de son âme sœur, il défie les idées faites et les phrases déjà prêtes sur l’amour. Il choisit la clarté et la franchise et s’est muni de la bonté et des bonnes intentions. Sans chercher plus loin, la femme de ses rêves est juste la devant lui dans son paysage de tous les jours. Alors, il consacre son temps et toute son énergie pour elle, pour lui créer son propre monde ; un monde où l’amour est roi, où la joie se sent et se voit ; un monde où les cœurs sont transparents et où on se donne à l’autre. Mais vite, il s’aperçoit qu’il cultivait des chimères sur la femme qu’il aime. Elle-même se retrouve face à une société qui est contre les amoureux et qui enchaîne l’amour et libère la haine sous toutes ses formes. Leur amour au stade embryonnaire se retrouve ainsi avorté et l’étincelle de l’amour se transforme en fumée sans feu qui s’éteint avant même de s’allumer.

Et comme disait Baudelaire «l’amour est une rose chaque pétale une illusion, chaque épine une réalité». Alors brouiller par l’imperfection de la réalité, enlacer entre la réalité amère et ses rêves éphémères. Il s’isole avec son chagrin et titube sur les chemins des désirs pour se sentir moins naïf dans une société où le mot amour a son propre dictionnaire et le verbe aimer est conjugué à d’autres faits.

L’amour avorté est un recueil qui raconte de l’amour. Pour quoi avez-vous opté pour ce sujet ?

Moi, je vous dirais plutôt pour quoi pas l’amour ? L’existence humaine est basée sur l’amour sous toutes ses formes alors pour quoi ne pas écrire sur ce thème ? A vrai dire je n’ai pas opté pour ce sujet, il s’est imposé lui-même, c’est une histoire vécue que j’ai racontée en poème. L’amour est dans l’atmosphère de jeunesse, comme un rêve qu’on veux réaliser, comme un vœux qu’on veut exaucer, comme un sentiment que tout les jeunes veulent vivre dans toute sa noblesse et dans ses différentes couleurs car, comme disait Nietzsche : « L’amour ne veut pas la durée, il veut l’instant et l’éternité ».

L’amour existe-t-il pour de vrai ?

Je ne sais pas si les gens qui sont incrédules de l’amour le sont parce qu’ils ne l’ont pas vécu ou plutôt parce qu’ils ne croient pas vraiment à ce sentiment. Je pense que tout dépend de la définition qu’on donne à ce sentiment et de cette définition que déterminera son existence pour certains et son inexistence pour d’autre. Personnellement, je crois à l’amour pour l’avoir vécu car l’amour ça se sent et ça se vit aussi. L’amour est clair comme le jour, simple comme le bonjour… comme disait Jacques Prévert : « Je pense que l’amour dans sa fumée, dans sa flamme ou dans ses larmes est la saveur la plus puissante de la vie ! Je pense que si on passe à côté de l’amour notre vie se retrouve vide ! ». Et comme disait Musset : « La vie est un sommeil, l’amour en est le rêve, vous avez vécu si vous avez aimé ! »

Vos poèmes évoluent dans un enchaînement libre et asyndète pourquoi avez-vous opté pour ce choix ?

Ce n’est pas un choix. C’est juste ma façon d’écrire, ma façon d’être aussi. Je n’aime pas être enchaîné par des règles faites. Dans mes écrits je me laisse emporter par mon inspiration, dans la brise des sentiments, des pensées qui évoluent dans l’atmosphère de tout ce qui me touche. Je verse mon encre sans se soucier de suivre un modèle ou d’obéir à des règles particulières lorsqu’un fait me touche, une sensation déborde en moi, je me sens tout simplement infecté, puis chaque infection a son temps d’incubation pour se manifester. Donc, pour ma poésie je me laisse faire, je reste attentif à mes muses et à mon inspiration.

Quelle est la source de votre inspiration ?

Même si l’amour m’inspire davantage, je me sens inspiré par tout ce qui m’entoure, par tout qui touche ma sensibilité. Je n’ai pas un lieu d’inspiration. J’écris lorsque l’inspiration m’envahit. Ça m’arrive maintes fois d’être réveillé par l’inspiration pour écrire en pleine nuit, ou interrompre ça que je fais pour écrire un poème.

Que représente la poésie pour vous ?

La poésie pour moi est une passion, une aventure. C’est une sorte de fenêtre qui me permet de respirer d’autres airs que ceux de la vie quotidienne. Quand j’écris un poème, je me déconnecte pendant quelques minutes de tout ce qui m’entoure pour être en entier à l’écoute de mes sens. C’est comme si une onde m’envahit et elle a besoin d’être transmise sur mes papiers. Pour moi, la poésie est un moment de pause et de délivrance !

Quel est le trait commun entre votre métier et la poésie ?

La médecine est ma profession et j’avoue que j’aime beaucoup ce que je fais. Dans ma spécialité j’apprends et je découvre des choses passionnantes. J’essaye de donner le meilleur de moi-même pour être au service des patients et je tiens vraiment à réussir dans ce domaine. Pour la poésie c’est une aventure. Je peux vous dire que la chirurgie est un art comme l’est la poésie. Mais, je pense que chaque personne quelque soit son métier, il a des idées, des sentiments qu’il exprime d’une façon ou d’une autre et il se trouve que la mienne est l’écriture.

Vous étiez l’hôte de BRTV …

Mon passage à BRTV était un moment de fierté et de joie. C’était un honneur pour moi d’être l’invité du grand écrivain et poète Youcef Zirem que je remercie pour sa modestie et sa gentillesse. Pour l’émission, tout s’est bien passé, sincèrement j’étais à l’aise même si j’avais un peu de trac vu que c’est la première fois que je me retrouve sur un plateau de télé et surtout face un large public.

Les difficultés de l’artiste…. ?

Je pense que c’est difficile de vivre de son art chez nous. En ce qui concerne ma propre expérience, j’avoue que ce n’est pas facile de trouver un éditeur pour éditer son livre, vu les obstacles et les difficultés qu’on peut rencontrer. C’est l’amour de ce qu’on fait qui nous pousse à aller jusqu’au bout pour pousser les points et rester debout pour contempler l’horizon qui nous fascine de loin. J’espère de tout cœur que les choses vont changer à l’avenir pour permettre à la culture de progresser et de prendre de l’ampleur dans les mœurs de notre société car, ça fait partie du civisme.

Quel sont vous projets d’avenir ?

J’ai un deuxième recueil de poésie qui doit voir le jour en début de 2014. Comme je vais rééditer « L’amour avorté » vu qu’il n’est plus disponible dans des librairies. L’amour avorté, il sera réédité bientôt, préfacé par le poète Ahcène Mariche que je remercie d’ailleurs. C’est vrai que j’ai plein de projets dans ma tête, mais je préfère ne pas brûler les étapes. En tout cas, qu’on est pris par l’écriture, on ne pourrait jamais s’en passer.

Parlez-nous de votre nouveau livre ?

C’est un recueil de poésie intitulé «Les champs du cœur et les murmures de la raison» préfacé par le journaliste et romancier Rabah Benamghar. C’est un recueil de 35 poèmes, on retrouve l’amour qui domine dans les thèmes traités mais j’ai traités aussi plusieurs sujets que j’invite d’ailleurs mes lecteurs à découvrir. Normalement, il sera disponible en début de l’année 2014 !

La poésie est un sujet en net recul et toute la littérature en générale que pensez-vous de cet état de fait ?

Je pourrais vous répondre en vous disant que la modernité des moyens de télécommunications et de l’internet qui prend de plus en plus de l’ampleur y est pour beaucoup dans ce manque d’engouement pour la littérature. Mais le lectorat de la poésie demeure élevé dans les pays développés où ces moyens que je viens de citer sont plus accessibles et d’utilisation quotidienne. Je pense plutôt que la lecture est une culture qu’on doit inculquer et enseigner à nos enfants dès leur jeune âge. Je tiens aussi à dédramatiser les choses, je pense qu’il y a quand même des gens qui lisent notamment dans le milieu universitaire, il suffit juste de leur procurer des livres à des prix acceptables.

Propos recueillis par Mohammed Amrous

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