Une mariée aux pieds d’argile(3). Adapté par Hammar Boussad.



Fafuc était en train d’allaiter son fils toute seule à la maison. Les autres membres étaient absents. Son mari Lbachir entra et pour la première fois parla et pria sa femme de lui préparer deux grands morceaux de galette. Fafuc était contente que son mari retrouve l’usage de la parole. Lbachir se tut et sortit.

Après mûre réflexion, Fafuc accéda à sa demande. En attendant le retour tardif de son mari, elle s’endormit profondément. Lbachir rentra enfin et se rendit directement à la cuisine. Il mangea un morceau de galette avec du petit-lait et emporta le deuxième morceau avec lui. Il entra avec moult précautions dans sa chambre, caressa son fils et évita de toucher sa femme pour ne pas la réveiller.

Il lui laissa quelques objets, un peu d’argent et une lettre d’adieu. Il partit pour ne plus revenir, sans laisser d’adresse, vers une destination inconnue. Il partit avec uniquement un morceau de galette. Il marchait en méditant sr le mauvais sort qui voulait faire de lui un idiot alors qu’il était intelligent et raisonnable. Il parlait à lui-même à haute voix en tenant ce discours :

-« Je ne parlais pas sciemment car mes paroles ne comptaient pas pour mon père. Ce n’est pas toi Fafuc la femme que j’aime. Je ne suis pas non plus l’homme que tu aimes. Physiquement, tu es présente mais ton cœur bat toujours pour Belaid. Moi aussi, j’aime Warduc mais mon père a trahi tous mes rêves. Quand nous nous approchons moi et toi, nous fermons nos yeux. Nous voyons avec nos esprits. Moi, je vois Warduc, toi, tu vois Belaid. Alors, ce qui devait être miel se transforme en fiel. Hélas ! J’aurais aimé te dire de vive voix toutes ces vérités amères Fafuc. J’ai rendez-vous avec Belaid à Tizi-Ouzou. Nous partirons ensemble à cheval à Alger avant de prendre le bateau pour Marseille. »

Le chant du coq lançait son cocorico annonçant le lever du jour. Fafuc se réveille. Elle ne retrouve aucune miette de la galette, seulement quelques objets, un peu d’argent et une lettre. Perplexe, elle ne sait plus quoi penser de cette situation.

Quelques instants après, elle entendit le père de Lbachir qui vociférait et proférait des méchancetés :

-« Lbachir ! Lbachir ! Fafuc ! Fafuc ! Que le diable vous emporte ! Réveillez-vous ! »

Fafuc se réveille en sursaut avec la peur au ventre. En tremblant, elle répondit :-« Lbachir n’est plus ici !»

Le vieux est enragé et inquiet. Tous les membres de la famille sont réunis autour de lui. Il parlait en criant avec un poignard à la main :-« Le troupeau de moutons n’est pas là, son cheval aussi, son chien est blessé. »

Finalement, un villageois qui habitait à la mosquée l’informe du départ de son fils à l’aube et du message qu’il lui a laissé :

-« Dis à mon père, le cheval te reviendra, le troupeau de moutons est le fruit de ma sueur… ».

Le vieil homme abattu, désespéré par les propos cruels et revanchards de son fils, tombe par terre, la mâchoire tordue, incapable de tenir des propos cohérents.

Comprenant qu’elle n’a rien à faire dans cette maison, Fafuc prend ses maigres affaires, met son fils sur son dos et prend soin de rosser ses deux « tinudin » avec un « amextaf », un grand bâton avec une tige recourbée qui sert normalement à gauler les olives. Elle revient à Tafergust sans pleurs et sans regrets, déterminée à se battre avec courage et dignité pour élever son enfant.

Extrait d’un roman de Racid Buxerrub intitulé « Tislit n ughanim.

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