La mariée aux pieds d’argile (1). Adapté par Hammar Boussad.



A cette époque, la vie était extrêmement dure. Les hivers étaient très rudes. Les neiges glaciales et abondantes bloquaient souvent les portes des maisons et les accès aux villages. Les rivières charriaient des eaux tumultueuses. Les orages faisaient rage et le tonnerre tonnait et grondait comme un animal sauvage. Le vent violent faisait vibrer les tuiles et chavirer les arbres accentuant la peur omniprésente qui régnait en l’absence de l’électricité quand la nature se déchainait avec ses forces et ses tempêtes.

La nourriture était rare. Les gens mangeaient uniquement des légumes qu’ils arrivaient difficilement à cultiver sur des terres stériles et ingrates. Certaines personnes étaient obligées de manger des plantes sauvages pour survivre à la misère. En matière d’habits, les hommes qui travaillaient étaient mieux lotis que les femmes. Ils mettaient des burnous et des arkasen, semblant de  chaussures fabriquées avec la peau des animaux. Les femmes et les enfants marchaient pieds nus avec des morceaux d’étoffe usés et rapiécés sur le dos. Les chevreaux dormaient à côté du kanun pour survivre au froid. Les vaches et les taureaux dormaient dans l’étable attenante au salon pour atténuer le froid avec leur chaude haleine. Très peu d’enfants avaient la chance de fréquenter l’école. Ils étaient presque tous des bergers. Les époux étaient obligés d’attendre que tout le monde soit endormi pour avoir un moment d’intimité dans l’obscurité.

Je me souviens bien de notre quartier ou jouaient les filles de Tafargust. Parmi elles, une fille particulièrement inoubliable, au caractère indomptable. Elle était petite avec des yeux bleus et des cheveux blonds. Elle était belle, vive et sportive. Elle excellait dans tous les jeux. Dotée d’un tempérament farouche, toutes les filles la craignaient, y compris celles qui étaient plus âgées qu’elle. Fafuc était orpheline dés son jeune âge. Son père était mort et sa mère était renvoyée chez elle car elle n’avait pas enfanté de garçon. Fafuc et sa grand-mère Takarat vivaient chez la femme de son cousin Tamensurt, veuve elle aussi. Fafuc jouait et dormait avec les filles de son cousin.

Fafuc ne connaissait rien à la vie ou à l’amour quant elle fut demandée en mariage. Sans demander son avis, elle fut promise à un homme qu’elle ne connaissait pas du tout. Elle fut embarquée sur un cheval vers sa nouvelle demeure. En cours de route, elle médita sur le destin qui l’attendait. Des larmes perlèrent sur son beau visage et altérèrent le maquillage traditionnel fait par les femmes du voisinage. En cours de route, elle transforma ses soupirs en un poème en s’interrogeant sur le sort-bon ou mauvais-que lui réservait la vie :

« Cheval, mon beau cheval !

Dis-moi ce qui m’attend

Que ce soit mauvais ou mal

Je t’en prie, sois franc… »

Fafuc arrive à sa nouvelle demeure…A SUIVRE…

« Tislit n ughanim », extrait d’un roman de Racid Buxerrub.

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