May met les Brexiters aux commandes



Royaume UniLa nouvelle première ministre continue la composition de son gouvernement conservateur.

Theresa May a mis aux manettes de son gouvernement des partisans résolus du Brexit, dont leur principale figure de proue Boris Johnson, démontrant sa volonté de mener à son terme la rupture avec l’UE, notaient jeudi les analystes.

La nouvelle Première ministre a repêché à la surprise générale le flamboyant Boris Johnson, qui avait beaucoup perdu de sa superbe ces derniers temps: trahi par Michael Gove, son principal allié dans la campagne du référendum qui a décidé de la sortie de l’UE, il avait renoncé à briguer le poste de chef du gouvernement, et son avenir paraissait sombre.

L’ex-maire de Londres, qui n’a jamais été ministre, a été nommé chef de la diplomatie, un rôle inattendu pour un personnage coutumier des boutades douteuses. «Un pari», dit Peter Snowdon, observateur averti des Tories et co-auteur d’un livre sur David Cameron. D’autant qu’il va avoir à diriger un ministère traditionnellement pro-européen.

Un ministère pour le Brexit

Mme May, elle-même eurosceptique, a en outre créé un ministère pour Sortir de l’Union européenne, à l’intitulé explicite, qu’elle a confié à un vétéran et un dur à cuire du parti conservateur, connu pour ses convictions eurosceptiques, David Davis, 67 ans.

Elle a en outre confié à un autre eurosceptique, Liam Fox, un ministère nouvellement créé dans une logique de Brexit: celui du Commerce international, appelé à développer les liens du pays hors UE et à définir le «nouveau rôle, audacieux et positif» promis par Mme May.

Le trio «ne tolèrera pas le moindre recul sur la promesse que le Brexit c’est le Brexit», relevait Mark Wallace sur le blog conservateur Conservative Home, voyant dans l’intégration des Brexiters dans l’équipe gouvernementale «un choix habile et audacieux».

L’autre grand promoteur du Brexit, l’ex-chef du parti europhobe et anti-immigré Ukip Nigel Farage, s’est immédiatement dit rassuré par les nominations de Davis et Fox : «Des choix judicieux. Je suis plus optimiste à présent», a-t-il tweeté, après avoir exprimé des craintes que le résultat du référendum du 23 juin ne soit finalement pas mis en oeuvre.

Mme May a ainsi réparti sur trois ministères le gros de l’énorme travail que va représenter la sortie de l’UE.

«Elle va tenir en main ses ministres et elle définira la stratégie», estime Peter Snowdon. «Avoir trois puissants ministres, lui permet de garder le contrôle, elle délèguera mais en gardant le leadership», selon lui.

Mais c’est avant tout le retour en grâce du populaire mais contesté Boris Johnson qui intrigue.

Suprême habileté

Simon Usherwood, maître de conférence en politique de l’université de Surrey, voit dans sa nomination une suprême habileté de Mme May, qui réussit à la fois à «unir le parti, donner un hochet à un adversaire potentiel, contenir le Brexit» en le répartissant sur trois ministères, ce qui devrait lui laisser le temps de gouverner le pays sur d’autres thèmes.

Theresa May a en effet beaucoup insisté, dans son premier discours, sur l’importance de la justice sociale, retenant une des leçons du référendum qui voit dans le Brexit un vote de protestation de tous ceux qui ont été laissés sur le carreau dans la société.

Autre gage donné aux Brexiters: le départ du ministre des Finances George Osborne, star du gouvernement Cameron, qui a beaucoup mouillé la chemise pour le maintien dans l’UE pendant la campagne du référendum.

Equipe de choc

Avec son équipe de choc, Theresa May va devoir à présent entrer dans le vif du sujet. Et elle n’a toujours pas précisé ses intentions sur le calendrier.

Les Européens la pressent chaque jour d’entamer au plus vite la séparation en activant l’article 50 du traité de Lisbonne. Mais elle avait dit avant son arrivée au pouvoir qu’elle ne le ferait pas avant la fin de l’année.

«Elle aura des discussions informelles avec les autres chefs d’Etat. Elle n’aime pas prendre les décisions à la légère, elle écoutera tout le monde et elle décidera ensuite. C’était son mode de fonctionnement au ministère de l’Intérieur, il n’y a pas de raison que ça change», estime M. Snowdon.
(ats/nxp)

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