Mhend At Ubehri, l’apprenti-écrivain. Par Hammar Boussad



Les idées se bousculaient dans la tête de Mhend mais il ne savait plus comment entamer son travail. Il aurait fallu qu’il fasse les premiers pas, qu’il place les premiers mots et les autres viendraient s’aligner d’eux-mêmes, en se suivant et en se complétant comme des soldats disciplinés. Quand ils buteront sur une virgule, ils profiteront pour faire une pause sinon ils continueront le boulot comme dans un métier à tisser traditionnel. Arrivés au bout, ils retourneront à la ligne pour amorcer une nouvelle phrase porteuse d’une autre idée, interrompue par toutes sortes de points pour embêter l’écrivain et charmer le lecteur. Les mots continueront leur parcours jusqu’à la fin en noircissant des pages et des pages jusqu’à la ligne d’arrivée.

Il est vrai que les débuts sont toujours les plus difficiles dans chaque entreprise que nous faisons et cela dans tous les domaines de la vie. (Aborder une fille, réciter un poème, rentrer à l’école, entamer le travail, faire un discours…) sont des choses qui nous stressent souvent la toute première fois. Mais dés l’ébauche des premiers mots, des premières notes…le trac et les appréhensions s’envolent et deviennent plus tard des souvenirs amusants.

Malheureusement pour Mhend, c’est une autre histoire. Ses blocages sont beaucoup plus sérieux, plus tenaces, plus graves. Et pourtant, ses capacités sont grandes et son quotient intellectuel dépasse largement la moyenne. Perplexe, il n’arrive pas à comprendre l’origine de ses problèmes. Ils sont peut-être d’ordre psychologique. Il veut écrire sur tous les sujets d’actualité sans exceptions et sans tabous. Il veut évacuer le trop plein d’idées qui débordent de son esprit comme des vagues furieuses. Il doit s’y prendre avec douceur pour éviter d’être emporté par le flux impétueux du torrent qui fulmine, gronde et couve dans sa tête depuis des années.

Cela fait plus de vingt ans qu’il voulait écrire. Aujourd’hui, âgé de plus de cinquante ans, il enrage devant son impuissance à coucher sur du papier toutes les pensées qui taraudaient son esprit. Pourtant, il avait toutes les qualités pour devenir un grand écrivain. Il avait u style agréable, une imagination féconde, une culture encyclopédique, une maitrise phénoménale de la langue française mais hélas ! Il manquait de courage et de confiance en lui-même. Dans sa tête, il avait écrit tant de romans, d’essais et de nouvelles.

Il est conscient de cette phobie mais, il n’arrive pas à la surmonter. Quelques fois, il promet à ses amis de prendre le taureau par les cornes mais très vite ses résolutions fondent comme neige au soleil.

Même dans sa tête, il n’arrive pas à discipliner ses personnages qui veulent tous s’imposer par la force. Ils veulent tous devenir des héros, des acteurs principaux. Sa tête est devenue une toile d’araignée géante, dense et compliquée. Il n’arrive plus à retrouver le fil dans cet enchevêtrement de fils. Le sommeil le fuit et il a peur de perdre la tête. Son esprit erre librement comme un animal sauvage rebelle à toute domestication. Ce qui le chagrine encore plus est de voir ses camarades d’école dépourvus d’intelligence, devenir de célèbres écrivains et journalistes.

Mhend At Ubehri continue la traversée du désert dans le gouffre des ténèbres et de la solitude. Il était peut-être écrit sur son front qu’il resterait cet eternel apprenti-écrivain qui écrivait sur du vent et du sable tous ses écrits vains.

Par Hammar Boussad.

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