Mhend At Wagu : Un apprenti-nationaliste. Par Hammar Boussad.



J’ai décidé de devenir un apprenti-nationaliste. Naïvement, j’ai pensé que le meilleur moyen authentique et persuasif de démontrer ma grande ferveur patriotique serait de donner le plus bel exemple en commençant par soi-même pour espérer faire partie du cercle privilégié des copains/coquins et pouvoir bénéficier moi aussi-serait-ce des miettes de la rente ? J’ai donc décidé de jeter tous les vêtements antinationalistes qui ne portent pas l’étiquette dorée « Made in Algeria ». J’ai jeté par terre ma veste, mon tricot, ma chemise, mon pantalon, mes chaussures, mes chaussettes. Il ne reste que le slip.

Je prie le bon Dieu-je ne sais pas s’il est nationaliste ou non- de sauver la face de mon pays chéri l’Algérie. Non ! Mon dieu ! Le slip is « made in China. » Je le jette avec fureur mais avec la consolation d’être complètement nationaliste. Les passants me regardent ahuris et s’éloignent de moi en courant. Les amis me traitent de fou alors que je suis seulement un apprenti-nationaliste.

Je demande à ma femme de me dénicher des vêtements nationalistes, au moins un slip pour cacher mes parties intimes. Malgré ses efforts, elle n’arrive pas à trouver quoi que ce soit-serait-ce une culotte ? Finalement, elle m’envoie un burnous pour cacher ma pudeur. Je mets un burnous en plein été sous une chaleur caniculaire. Je sue et transpire à grosses gouttes. Je souffre mais je n’ai pas le choix, je dois prouver mon attachement viscéral au patriotisme, « ticrad s idammen. »

La police arrive alertée par téléphone par des passants :  -« Allo police ! Vite ! Un fou se promène tout nu dans la rue. » La police arrive. Ils veulent m’arrêter mais j’essaye de résister :

-« Si vous vous approchez de trop prés, j’enlève le burnous. »

-« Rentre tranquillement dans le fourgon sinon on va t’arroser avec de l’eau glacée pour te remettre les idées en place et te calmer. » Comme j’ai une peur bleue de l’eau glacée, j’obéis aux ordres des policiers. Le fourgon de police m’emmène au commissariat de police. Après un interrogatoire musclé, on me présente devant le procureur de la république qui ordonne mon incarcération préventive avec une tenue nationaliste.

En attendant, je médite sur ma tentative avortée de devenir un patriote pur et dur. Le cauchemar continue.

Par Hammar Boussad.

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