Mhend : Une hirondelle qui fait le printemps



Mhend est né au village d’At Lehna. Doué pour les études, il a accompli avec brio sa scolarité à l’école primaire de son village, au CEM Chellah Mohand et au lycée des frères Hanouti de Bouzeguène. Il obtint le bac avec une excellente mention. Il dût quitter son village bien aimé pour aller poursuivre ses études universitaires à Alger. Absorbé par ses études en médecine, il n’a pas eu le temps pour revoir son village qui lui rappelait les beaux souvenirs de son enfance et son adolescence, ses grands-parents, ses amis et la colombe qu’il aimait.

Cependant, les échos qui lui parviennent de son village ne sont pas réjouissants. Plusieurs voix concordantes affirment que son village va à la dérive. Un laisser-aller inquiétant est signalé par plusieurs de ses amis qui se rendaient le week-end au village. Le comité du village dirigé par des vieux se réunit rarement. Très peu de citoyens viennent aux réunions. Ceux qui viennent passent le temps à palabrer, incapables de faire respecter les lois du village, pourtant inscrites dans toutes les mémoires des vieux. La situation se détériorait chaque jour davantage. Les gens jetaient leurs ordures partout, transformant le village en dépotoir. Ils marchaient en état d’ivresse dans les ruelles du village. Ils criaient, insultaient et agressaient les gens en toute impunité. Des maisons sont vandalisées quotidiennement.

Ayant terminé ses études et obtenu un important diplôme, Mhend revint dans son village qu’il chérissait plus que tout. Il constata avec un grand regret et un pincement au cœur la descente aux enfers de son village. Avec quelques amis universitaires, ils décident de réagir et de prendre le taureau par les cornes. Ils prennent une première décision. Ils convoquent l’assemblée du village en affichant des communiqués dans les places névralgiques du village.

Le vendredi, jour de la réunion, les vieux membres de l’assemblée sont enragés. Ils n’arrivent pas à comprendre comment de jeunes novices sans expérience, osent remettre en cause leurs prérogatives et leur autorité. L’amin, rouge de colère commence à vociférer avant même de faire l’appel :

-« Citoyens, vous êtes témoins, ces jeunes sans foi ni loi, veulent accaparer le pouvoir d’une manière déloyale et illégale. Ils ont affiché sans autorisation alors que nous sommes les seuls habilités à le faire. Je réclame une amende de 10.000 DA pour chacun de ces hors-la loi. Ces jeunes sont des saboteurs. Ils veulent diviser le village. Il faut sévir contre eux avec une sévérité exemplaire pour ne pas ouvrir grandes les portes aux autres rebelles. »                   Tous les vieux qui ont pris la parole ont critiqué les agissements de Mhend et son équipe.

Mhend lève la main et demande la parole. Au début, les vieux s’opposent mais, sous la pression des jeunes qui criaient de le laisser s’exprimer pour défendre démocratiquement   sa cause, les vieux cèdent et lui donnent la parole à contre cœur. Mhend parle calmement :            – «Je n’ai aucune mauvaise intention. Mon éducation ne me permet pas de diviser ou de saboter. Je suis seulement révolté par la situation désastreuse de mon village que je veux servir loyalement et légalement. Je veux mettre fin à tous les dépassements dans le village.  Je veux construire un stade, une maison de culture et redynamiser toutes les associations agrées du village. Je veux construire un centre de tri afin d’éradiquer toutes les ordures. Les lois de la république villageoise seront appliquées pour tous les citoyens du village. Celles qui nécessitent des amendements seront amendées en toute transparence devant l’assemblée.

L’assistance qui était majoritairement jeune, était subjuguée par le programme ambitieux de Mhend. Ils destituent tous les vieux membres du comité. Mhend et son équipe prennent les commandes du nouveau comité. Après une année de travail acharné, le village d’At Lehna commence à se métamorphoser. Les citoyens retrouvent l’union et la joie de vivre ensemble.      Le village est devenu un exemple dans toute la Kabylie. En 2014, il remporte le prix du village le plus propre et le plus beau de la Kabylie.

 

Une nouvelle de Messaoudene Fahim, adaptée par Hammar Boussad.

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