Moddi, un chanteur engagé norvégien, reprend Matoub Lounes



Moddi, le nom au complet est Pål Moddi Knutsen, est un activiste politique et social et un musicien norvégien dont la musique est un mélange de musique folk et pop.

Il se réfère à lui-même en tant que chanteur et conteur. Moddi est rendu célèbre pour ses interprétations et traductions d’autres artistes, poètes et ecrivain, tels que Helge Stanges (un poète connu chez lui en Norvège), Vashti Bunyan, Pussy Riot, Mahmoud Darwish, Catherine «Kate» Bush, Victor Jara et Matoub Lounes.

I. Qui est Moddi ?

Moddi est né le 18 Février 1987 au nord de la Norvège ou il a grandi sur l’île de Senja. A 18 ans, il a adopté l’ancien nom de famille Moddi et a commencé à écrire ses propres chansons sous ce nom. Après avoir terminé l’école, en 2007, Moddi a décidé de prendre une année sabbatique en voyageant partout dans le monde, en jouant des concerts et en découvrant d’autres musiques et autres artistes du monde. Actuellement il prépare une thèse de maîtrise au Centre pour le développement et l’environnement (SUM) à l’Université d’Oslo.

II. Moddi et l’engagement politique

Moddi est très engagé pour toutes sortes de causes justes. C’est ainsi qu’en 2010 il a refusé une subvention de 100 000 € de Statoil, une société pétrolière et gazière multinationale norvégienne, pour son engagement à protéger l’environnement. Il explique la raison de ce refus comme suit : « Je ne veux pas que Statoil devienne mon ami. Qui sur terre accepte une amitié juste parce que on vous achète avec des millions? ».

Il est important de rappeler que Moddi a participé à plusieurs manifestations et rassemblements contre l’entrée des compagnies pétrolières en Norvège du Nord et l’Arctique et pour la protection de l’environnement. Par exemple du 23 avril au 5 mai 2014, Moddi a organisé une tournée en Train à travers l’Europe (France, l’Allemagne et la République tchèque) en collaboration avec InterRail.

La même année Moddi a annoncé l’annulation de son concert prévu à Tel Aviv, en Israël, au motif qu’il ne serait pas prêt pour soutenir l’expansion israélienne des colonies en Cisjordanie. Suite à l’annulation, il sort le single «Eli Geva», une chanson sur l’officier israélien qui a refusé de conduire ses forces vers Beyrouth pendant la guerre du Liban en 1982.

En 2015 Moddi a contribué à l’album « Fabler om en Apen kirke » à l’appui des forces libérales au sein de l’Eglise norvégienne. Il a participé avec la chanson « Vær hilset, fru Bjerkås! », Un hommage à Ingrid Bjerkås, le premier prêtre féminin en service en Norvège.

III. Pourquoi « Unsongs » ?

Après trois albums que sont Floriography (Février 2010), Set the House on Fire (Mars 2013), Kæm va du? (Octobre 2013), Moddi vient de produire son quatrième album intitulé Unsongs (16 septembre 2016). Il est composé de 12 chansons interdites de 12 pays différents.

« Unsongs » est une collection de chansons qui ont, à un moment donné, été interdites, censurées ou réduites au silence. Leurs auteurs ont été réprimés, torturés, interdits d’antenne et même assassinés pour certains d’entre eux.

L’idée de l’album, explique Moddi, est venue quand j’ai appris l’histoire de l’officier israélien Eli Geva susmentionné. La chanson sur Eli Geva, chanté par la célèbre chanteuse norvégienne Birgitte Grimstad, n’a jamais été publiée parce que jugée très contestataire et politiquement pas correcte à l’époque. Et de poursuivre : « J’ai été étonné de découvrir comment une chanson aussi courte pourrait déranger, être interdite et rendue ainsi inconnue. De quel droit? Inspiré par cette histoire, j’ai commencé à chercher des histoires semblables, des chansons interdites ou réduites au silence dans le monde. Et ce dans l’espoir que je pourrais trouver d’autres voix qui méritent d’être entendus ».

Le résultat d’une telle recherche a donné « Unsongs », un album contenant la traduction et la réinterprétation des chansons et musiques de pays et peuples sans états aussi différents que la Russie, le Mexique, la Norvège, Vietnam, Israël, Chine, la Palestine, la Kabylie, … De nombreux écrivains et chanteurs de ces pays étaient ou le sont encore soit emprisonnés, exilés, interdits d’antenne, refusés de chanter en plein air, ou carrément tués comme la légende folklorique chilienne Víctor Jara et le chanteur rebelle Kabyle Lounès Matoub.

IV. Reprise de la chanson « Trahison » de Matoub Lounis

Questionne par le journal en ligne TSA sur le pourquoi du choix de Matoub Lounes, Moddi a répondu comme ceci : « J’ai inclus la chanson de Matoub car elle raconte une histoire. L’histoire de la répression de la culture berbère, que nous (du moins ici en Norvège) n’entendons parler que rarement. À cause de toutes les difficultés auxquelles le peuple berbère fait face, il paraissait important et significatif de choisir une chanson telle que Lettre ouverte, même si elle a eu des conséquences désastreuses pour Matoub lorsqu’il l’a chantée. »

A une autre question en relation avec l’imitation de l’hymne national algérien, et comme Matoub Lounes, Moddi assume son choix en toute conscience : « Oui, et cela est évidemment une partie de la raison qui explique pourquoi j’ai choisi la chanson. Je cherchais de la musique interdite, et Lettre ouverte est interdite à la fois à cause de son style et de son contenu. J’ai reçu des messages d’Algériens qui pensent qu’utiliser leur hymne national de cette façon est offensant – que je les insulte en utilisant leur mélodie – mais pour moi il n’a jamais été question de chanter la chanson avec une autre mélodie. Après tout, la mélodie est une des causes qui ont fait que cette chanson a été si controversée au départ. C’était important pour moi que ma traduction de la chanson ne perde rien de sa force – ni lyriquement ni musicalement ».

Pourquoi la chanson « Trahison » et non pas une autre. D’autant plus que le riche répertoire de Lounes Matoub regorge de chansons tabous. Moddi répond : « Au début j’ai essayé de traduire sa chanson Allahu Akbar, qui dispose de plusieurs traductions vers l’anglais. Cependant, lorsque j’ai découvert Lettre ouverte, j’ai su immédiatement que la chanson correspondait mieux au projet, et que la chanson portait un message important. J’ai plusieurs auditeurs provenant de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, et ils m’ont aidé à comprendre sur quoi porte le texte. Donc ils m’ont beaucoup aidé, mais en fin de compte c’est ma propre interprétation qui figure sur la version de l’album. Comme je ne parle pas tamazight, je peux seulement espérer avoir conservé le message de Matoub dans la chanson ».

En effet, l’esprit de la chanson est non seulement gardé mais Moddi, contre toute attente, a ajouté un refrain, répété 3 fois, ou il implique la France dans le malheur qui frappe le pays, une fois sorti des griffes de celle-ci. Lequel pays est mis entre les mains des missionnés aux fausses allures de nationalistes qui, qui comme des agents doubles, l’ont volontairement mis sous les bottes de l’arabo-islamisme pour tuer son âme amazighe. N’est-ce pas le dramaturge Mohya l’a si bien dit : Teffeɣ Franṣa, tekcem-d Lezzayer.

Tellement sublime, j’ai pris le temps nécessaire pour traduire en français la chanson « Lettre ouverte » (aux Traîtres) de Lounes Matoub telle que reprise par Moddi. Essayer de la suivre à partir de ce lien :

https://www.youtube.com/watch?v=wVtG8MATRfQ

English

Français (Traduction : Racid At Ali uQasi)

What’s the point waiting for the doorman to drop the key?
You’ll be gone long before this evil falls asleep.
What’s the point waiting for a better day to come along?
They will bow to their dogs before they see our reign come.

First the French decamped and left us with the garbage.
Then our flag was dyed with Islam and Arabic.

They forgot to whom this country once belonged.
There is always someone here to take the throne.
Traitors, traitors, traitors.

Did you believe that they would listen just because they said they would?
How naïve! They’ve always been too righteous for their own good.
For you know, power is addictive to the one it wields.
They have sown with evil hands and harvest our tragedy.

First the French decamped and left us with the garbage.
Then our flag was dyed with Islam and Arabic.

They turned a blind eye to Algeria’s free men.

We could have it all but were enslaved again.

Traitors, traitors, traitors.

All the same we will never let them have their filthy ways.
We remain! These are our mountains; this is our place.
We will break through the door and have what’s ours all along.
For without us Algeria is suffering on her own.

So come the rain, come the wind come the hunger.
We won’t sit and wait for freedom any longer.

We must sacrifice the arm to save the heart.
We will split the land before it falls apart.

First the French decamped and left us with the garbage.

Then our flag was dyed with Islam and Arabic.

But our roots go deep and our will is strong.

We will cling onto the land where we belong.
Traitors, traitors, traitors.

A quoi ça sert d’attendre que le portier laissera tomber la clé?

Vous serez parti longtemps avant que ce mal s’endort.

A quoi ça sert d’attendre l’arrivée du jour meilleur?

Ils se prosterneront à leurs chiens avant de voir notre règne s’établir.

Une fois les Français déguerpis, ils nous ont laissé des ordures ….

… qui ont teint notre drapeau aux couleurs de l’islam et de l’Arabie.

Ils ont oublié à qui ce pays appartenait autrefois.

Il y a toujours quelqu’un ici pour prendre le trône.

Traîtres, traîtres, traîtres.

Les avez-vous cru qu’ils allaient vous écouter parce qu’ils l’ont promis?

Naïfs que vous êtes! Constamment ils ne veuillent que pour leur bien.

Car vous savez, celui qui exerce le pouvoir ne le laissera point.

Ils ont semé le mal avec les mains de Satan et ont récolté notre tragédie.

Une fois les Français déguerpis, ils nous ont laissé des ordures ….

… qui ont teint notre drapeau aux couleurs de l’islam et de l’Arabie.

Ils ont fermé les yeux aux hommes libres de l’Algérie.

Nous pourrions tout avoir, mais ils ont fait de nous des esclaves à nouveau.

Traîtres, traîtres, traîtres.

Tout de même, nous ne pourrons jamais les laisser faire leurs sales besognes.

Nous restons! Ce sont nos montagnes; c’est notre pays.

Nous allons briser la porte et récupérer ce qui nous appartient.

Car sans nous l’Algérie souffre d’elle-même.

Et bienvenue à la pluie, le vent et la faim.

Nous ne resterons pas inactifs et attendre plus longtemps la liberté.

Nous devons sacrifier le bras pour sauver le cœur.

Nous allons protéger notre terre avant qu‘elle s’affaisse.

Une fois les Français déguerpis, ils nous ont laissé des ordures ….

… qui ont teint notre drapeau aux couleurs de l’islam et de l’Arabie.

Mais nos racines sont profondes et notre volonté est forte.

Nous allons accrocher sur la terre où nous appartenons.

Traîtres, traîtres, traîtres.

A rappeler les paroles de la chanson originale de Matoub Lounes que sont :

https://www.youtube.com/watch?v=uWRsMuqFGis

Taqbaylit

Français (traduction : Racid At Ali uQasi)

Ulayɣer nerǧa asirem,
A n-senned ɣef ṣṣber

Amsedrar ur iḥekkem,
xas yeɣra yezwer

Afus n lbatel yettsuleqqem,
lɣella-s d ccerr

I lasel ssamsen udem,
yeɣma yeǧǧenǧer

Jeggren-tt s ddin, s taɛrabt tamurt n Lezzayer

D uɣuru, d ughuru, d uɣuru

D ungif i ybubben
tabburt, akken i wen-teḍra

Ma tɣilem ad delqen
i tsarut, tesɛam niyya

Wi ɛarḍen tacriḥt
n tsekkurt ur iqenna’ra

D wass a ncerreg tamurt,
a nefres tura

Ammar ass-n ay aytma
ad tnaqel Lezzayer

Seg uɣuru, Seg ughuru, Seg uɣuru

Mačči d yiwen i d-izeddmen,
isenta tuccar

Ay amcum segneɣ yeffɣen,
yeǧa-d tisigar

Di Lezzayer tagmat
tuḍen tenṭer ur tettenkar

Ssus irebba aciwen,
ad issed idurar

Iɛeṭel ad yejbu
yisem ara tt-ifersen

Seg uɣuru, Seg ughuru, Seg uɣuru

Xas yexedɛaɣ llaz d faccal,

ɣef ssber ur nettsennid

Skud mazal tarwa leḥlal,
ur as-nkennu i lqid

Akken yebɣa izellez uzellal,

ur nxellef abrid

I yemmaren a tiḥemmel,
ur nfiɣent lǧid

S lasel d ssfa laɛqel,
a nezzwi Lezzayer

Seg uɣuru, Seg ughuru, Seg uɣuru

Guetter un quelconque espoir, ne sert à rien

Et remettons-nous à la patience

Le montagnard ne gouvernera jamais,

fut-il savant et parmi les meilleurs

La main de l’injustice est bien greffée,

les dommages sont récoltés

Le visage de nos ancêtres est taché.

Ils l’ont souillé et vieilli.

Ils n’ont greffé à l’Algérie que la religion et le panarabisme

Trahison, trahison, trahison

Il vous ai arrivé la même chose que

ce sot d’un conte (populaire) qui porta une porte,

Si vous pensez qu’ils lâcheront

la clef (de la gouvernance), vous êtes bons à duper

Car celui qui, une fois a goûté à la chair de

la perdrix, n’en sera jamais rassasiée

C’est pourquoi le moment est arrivé pour se séparer et créer notre propre état

afin qu’arrive un jour, mes frères,

où l’Algérie se relèvera

De la traîtrise, la traîtrise, la traîtrise !

Ce ne fut pas seulement un (colon) qui est venu, et

qui a planté ses griffes chez nous.

Aussitôt un colon qui décampe,
il nous légua ses déchets.

En Algérie la fraternité est

au plus mal, elle est atteinte au plus profond.

La vermine se répand
jusqu’à percer nos montagnes.

L’homme du salut tarde à venir

qui la déchargera

De la traîtrise, la traîtrise, la traîtrise !

Quand dominerait la faim et l’épuisement,

nous refusons de patienter

Tant que naîtront les enfants de la probité,

pas de soumission

Quand nous serions encore secoués,

notre route restera inchangée.

Que de sang a si longtemps coulé,

nous n’avons pas été dépouillés de la dignité

Avec l’identité, la probité et la sagesse, nous sauverons l’Algérie

De la traîtrise, la traîtrise, la traîtrise !

V. Les chansons de l’album « Unsongs »

1. June Fourth 1989: From the Shattered Pieces of a Stone it Begins

Écrite par le poète chinois écrivain et militant, Liu Xiaobo. Paroles en anglais par Pål Moddi Knutsen et Maren Skolem, basé sur la traduction de Jeffrey Yang. Musique par Pål Moddi Knutsen.

2. A Matter of Habit

Écrite par l’auteur israélien Alona Kimhi et musicien Izhar Ashdot. Paroles en anglais basé sur la traduction officielle par Udi Henis.

3. Punk Prayer

Paroles de Pussy Riot, un groupe de punk rock féministe russe, formé en 2011. Traduite par Pål Moddi Knutsen et Maren Skolem. Musique de Sergei Rachmaninoff, nouvel arrangement par Pål Moddi Knutsen.

4. Open letter

Écrite par le chanteur, poète et combattant de la liberté kabyle Lounes Matoub. Traduction par Paul Moddi Knutsen et Maren Skolem. La mélodie est basée sur l’hymne national algérien.

5. Army dreamers

Écrite par Catherine «Kate» Bush, née le 30 juillet 1958 au Royaume-Uni, est une musicienne, auteure-compositrice-interprète, chanteuse et productrice de disques. Son style musical éclectique et ses performances vocales de soprano, ont fait d’elle la chanteuse britannique qui a eu le plus de succès ces 35 dernières années.

6. Our worker

Écrite par le musicien chilien et metteur en scène Victor Jara. Traduction par Paul Moddi Knutsen et Maren Skolem.

7. Parrot, Goat et Roster

Écrite par Mario Quintero, jouée par le groupe mexicain du Nord Los Tucanes de Tijuana. Traduction par Pål Knutsen et Maren Moddi Skolem. Nouvelle mélodie par Pål Knutsen Moddi.

8. Eli Geva

Écrite par Richard Burgess, à l’origine jouée par Birgitte Grimstad. Nouvelle mélodie par Paul Moddi Knutsen.

9. Strange fruit

Paroles et musique par Abel Meeropol, né le 10 février 1903 dans le Bronx à New York et mort le 30 octobre 1986. Plus connu sous le pseudonyme Lewis Allan, il est l’auteur et compositeur de la chanson Strange Fruit popularisée par Billie Holiday.

10. Strange fruit

Paroles et musique par Abel Meeropol, né le 10 février 1903 dans le Bronx à New York et mort le 30 octobre 1986. Plus connu sous le pseudonyme Lewis Allan, il est l’auteur et compositeur de la chanson Strange Fruit popularisée par Billie Holiday.

11. Where is my Vietnam?

Écrite par Viet Khang (Võ Minh Trí). Traduction par Pål Moddi Knutsen et Maren Skolem. Viet Khang, né en 1974 à Tien Giang, est un chanteur, compositeur et membre fondateur de vietbamita, Ligue « patriotique de la jeunesse » du Vietnam. Il a écrit beaucoup de chansons sous les noms de Vo Minh Tri et Viet Khang.

12. Oh! my father, I am Joseph

Paroles de Mahmoud Darwish, Nouvelle mélodie par Pål Moddi Knutsen. Mahmoud Darwish est poète, né le 13 mars 1942 à Birwah en Palestine et mort le 9 août 2008 à Houston (États-Unis). Il est une des figures de proue de la poésie palestinienne.

Racid At Ali uQasi

Source : lematindz.net

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